« 60 ans départementalisation: Politiques
 mémorielles et ambivalence de l’événement »

par Mylène Priam

Harvard University

 

Au cours de l’année 1992, nombreux furent les ressortissants des départements d’outre-mer (DOMs), ces régions ultraperipheriques de l’Union européenne, à s’être élancés sur l’air d’un « Voici le lou, le lou ki ké dévoré nou » (en français : « Voici le loup, le loup qui va nous dévorer ») plein de dérision, à l’unisson d’un fameux groupe antillais qui à l’époque, avait concocté cet entraînant refrain pour signifier la crainte qui habitait ses membres de voir leur identité et la culture de leurs régions respectives se fondre irrémédiablement dans celle de la République jusqu’au point d’aller se perdre totalement dans celle l’Union. Dans un tel contexte, que l’on fasse référence à la Métropole ou à l’Union européenne, il n’est pas certain que l’on puisse affirmer -contrairement au Président Jacques Chirac, 10 ans plus tôt, dans une allocution prononcée à l’occasion du 50ème anniversaire de la loi sur la départementalisation- que le temps de l’assimilation soit de l’histoire ancienne.

En 1948, l’esclavage est aboli dans celles que l’on aime à appeller aujourd’hui les quatre vieilles colonies de la France, à savoir la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane et la Réunion. Ce qui ne suffira bien évidemment pas à marquer la fin de cet « esprit colonialiste » donr parle Jonas Rano (85). Selon le critique et en dépit d’initiatives législatives diverses, cette raison va réussir à perdurer grâce à l’implantation d’un certains nombre de structures réglementaires lourdes de conséquences, telles que la ratification en 1937 par la France du travail forcé, -structure régie depuis 1930 par l’organisation internationale du travail-, l’« introduction de l’oeuvre scolaire sans adaptation préalable, [l’]introduction des principes de pensées sans  limites, [l’]obligation militaire de désagrégation de la culture traditionnelle chez les Noirs, les Indiens et Chinois aux Antilles et [l’]organisation des premières émigrations vers la France continentale… » (Rano 85-86). Au sortir de la Deuxième Guerre Mondiale, les quatre vieilles colonies exsangues, opteront pour la départementalisation. 60 ans plus tard, dans de nombreuses collectivités de métropole et d’outre-mer, il est question dévaluer la départementalisation en tant que champ événementiel conflictuel, tant du point de vue de sa revendication, de sa réception et de son développement que de celui des modalités de son évocation.

De quelle manière les communautés des départements mentionnés saisissent-elles la portée de cet anniversaire particulier et commémorent-elles l’événement qui en est l’objet ? De quelle manière différentes instances (étatiques, locales, culturelles, etc) aménagent-elles son souvenir et en dévoilent la teneur? Comment ces mêmes instances leur permettent-elles d’appréhender le souvenir comme cet objet par le biais duquel la question du devenir de ces régions dans, avec ou peut-être sans la France pourrait  s’envisager? Enfin, quelle conduite ces DOMs doivent-ils adopter face à un centre métropolitain qui persiste à poser le lien qui les unit sur la base de structures d’alignement à lui-même se devant d’être appliquées sur le plan inter-régional mais aussi intra-régional ? D’autant que ces dernières sont loin d’avoir une perception parfaitement homogène de leurs identités -et cela en dépit d’un statut juridique qui aurait tendance à vouloir annuler les effets de cette hétérogénéïté-, ni ne partagent nécessairement un même vœu pour l’avenir.

C’est pourquoi nous avons choisi, pour nous orienter, de nous intéresser principalement au lien qui unit la départementalisation à la mémoire et au territoire. Ce positionnement devrait nous amener à examiner la départementalisation en tant qu’événement afin de sonder aussi bien les origines de sa sollicitation, ses fondements intellectuels, que les modalités de sa réception. Ce premier essai d’observation nous permettra ensuite d’explorer l’espace sémantique de la mutation statutaire, celui de sa mise en application et celui de son évocation par le lexique du souvenir (commémorations, hommages, débats, colloques et conférences, etc.). Ces trois catégories, contrastées, ambiguës, voires ambivalentes, recouvrent des significations dont la portée va au-delà d’une simple question de parenté institutionnelle à la République, l’objectif ultime étant pour nous de parvenir à determiner si en dépit du lien statutaire et malgré les effets de son application ainsi que les diverses expressions de son souvenir, « l’ultramarin » sera parvenu à demeurer lui-même.

 

Ambivalence de la mémoire, dualité de l’événement 

La départementalisation est une constante de la sémantique ultramarine. Car lorsqu’il y a 60 ans, la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion sont devenus des départements d’outre-mer, ce changement de statut a imprégné de manière profonde l’existence  de ces quatre communautés désormais régionales (d’où l’acronyme DOMs-ROMs, Départements et Régions d’outre-mer). Au cours des six dernières décennies, des unions mais aussi des tensions de diverses natures ont vu le jour, notamment sur le plan mémoriel. Ces tensions sont liées pour certaines, au caractère ambivalent de l’empreinte laissée par l’événement de 1946, ambivalence générée par cette dualité présente au coeur de l’interprétation des trajectoires qu’il aura pu dessiner.  Ainsi a-t-on pu observer la mise en place de synonymies singulières et discordantes : départementalisation et assimilation, égalité et francité ; européanisation et régionalisation. Ce premier constat nous conduit dès lors à interroger le rapport de l’ultramarin à ses identités juridique et culturelle, mais surtout à sa mémoire, contenue à l’intérieur des données locales et nationales.

Dans un entretien portant précisément sur les 60 ans de la loi de départementalisation, Patrick Chamoiseau dénonce les effets dévastateurs de l’assimilation. Pour l’écrivain independantiste, celle-ci ne ferait pas qu’affecter l’environnement concret de l’individu, mais toucherait jusqu’à ses « rêves, [s]es idéaux », qui s’en trouveraient alors défaits et ce de manière radicale. Et la mémoire -comme lorsqu’elle est conviée par ces actes indirects de mémoration (conférences, travaux de recherche, etc.), peut-elle reconstruire l’événement ? A ce titre, Aimé Césaire a rappelé l’importance qu’il y avait plus que jamais d’évaluer la temporalité de l’événement dont il est question ici, et par conséquent de penser le contexte de son introduction, à savoir la situation d’extrême pauvreté dans lesquelles étaient plongées, au sortir de la Seconde Guerre Mondiale, les populations des régions concernées. Puis, au centre de l’aménagement statutaire qui fut l’objet des revendications de 1946, seront très rapidement venues se greffer des conduites allant de la défense d’une départementalisation « adaptée » (vue exprimée par ses défenseurs : Césaire, Monnerville, Raymond Vergès, Rosan Girard) ou encore d’un « aligne[ment] à la France » à des voeus d’indépendance ; de la prise en compte d’un vécu autonome, mais « dans son contexte antillais » (Glissant 178) pour reprendre les termes d’Edouard Glissant. D’autres initiatives iront de la mise en place de « pouvoirs locaux, mais dans et avec la France » (Glissant 108) à une posture de dépendance et d’assistanat.

Les héritiers de la départementalisation ont donc entre leurs mains un patrimoine discordant. L’objet de la revendication de ses pères était claire. Néanmoins le ferment de cette revendication, sa forme, son évocation (et plus précisement, la manière dont certaines propriétés de cette évocation sont traitées, notamment en tant qu’outils de patrimonalisation, de  restitution du passé ou de re-construction de l’événement) ainsi que ses trajectoires envisageables pour l’avenir son emprunts d’ambiguïté. Toute la difficulté repose sur la manière dont il faut penser cet anniversaire si problématique dans le temps et dans la durée. En France métropolitaine comme dans les DOMs, diverses initiatives commémoratives ont été mises en place. Or, selon nous, ces opérations éprouvent la praticité du souvenir et les modalités de son rappel. Comment s’assurer, par exemple, qu’une forme d’idéalisation de la mémoire ou à l’inverse d’oblitération ne prenne le pas sur certaines significations essentielles de l’événement, de sa temporalité et de sa spatialité? C’est pourquoi nous pensons qu’il faille identifier en premier lieu la qualité de la mémoire qui est ici conviée afin de pouvoir ensuite  en reconnaître les dépositaires.

 

En fait de mémoire, c’est de mémoires au pluriel qu’il s’agit car deux types de mémoires –sur le modèle du continuum mémoriel de Daniel Nordman (43, 48)- au moins coexistent en effet dans l’esprit des ressortissants des DOMs, et pas nécessairement des plus harmonieusement. La première, omnipotente, apprise, suit les formes et les contours de l’Hexagone. La seconde intime, empirique, ardente en dépit de la posture hégémonique de la première mémoire, épouse l’anatomie de la région. Leurs ancrages respectifs dans l’espace sont posés à l’intérieur de limites qui diffèrent. Les frontières de la seconde mémoire, quoique déterritorialisées et maîtrisées demeurent naturellement souples, amovibles tandis que celles de la première, territorialisées, affectent une malléabilité que leur besoin de maîtrise contredit, sans cesses rappelées par les limites du berceau métropolitain qui garantit leur inaltérabilité, leur géométrie patiemment invariable happant ces îles et ces territoires d’un autre continent. A la Renaissance, précise Nordman, « la France est [] d’emblée, identifiée à la Gaule » (35). En 1946, une semblable juxtaposition prendra forme entre la France et ses quatre nouveaux départements. Le mécanisme de fonte que Debray nomme « ‘processus pare-mort’ » de la nation (Brennan 51, ma traduction) ce sera enclenché :

« Un point d’origine est fixé, la naissance mythique de la Polis, la naissance de la Civilisation []. Ce point zéro ou point de départ est ce qui autorise la répétition rituelle, la ritualisation de la mémoire, la célébration, la commémoration –en bref, toutes ces pratiques magiques signifiant la défaite de l’irréversibilité du temps » (Brennan 51, ma traduction)

Ce que nous conviendrons d’appeler la « Toute-mémoire » s’impose en parvenant à effacer l’écart historique qui la distingue de la « mémoire particulière », la distance géographique les separant naturellement l’une et l’autre se retrouvant réduite à l’expression d’une virtualité. Le « lointain » est désormais le « proche » (Derrida, p73), le « Là-bas », l’ici :

« Tout autrement que pour un petit Français de France, la Métropole etait l’Ailleurs, à la fois une place forte et un tout autre lieu. Depuis l’irremplaçable emplacement de ce Là-bas mythique, il fallait tenter, en vain, bien sûr, de mesurer la distance infinie ou la proximité incommensurable du foyer invisible mais rayonnant dont nous arrivaient les paradigmes de la distinction, de la correction, de l’élégance, de la langue littéraire ou oratoire » (Derrida 73)

Cette opération de greffe de la « Toute-mémoire » sur les contours de la frontière hexagonale aurait donc été rendue possible par la mise en retrait des vécus régionaux au profit de la mise en avant d’un Ailleurs devenu proche. Or s’il est vrai que les ressortissants des DOMs ont consenti par la départementalisation à cet acte de pénétration de la « Toute-mémoire » -leur « choix » étant alors perçu comme une des conséquences du nouveau lien statutaire-, il est aussi vrai qu’aujourd’hui ces mêmes ressortissants veulent plus que jamais faire reconnaître l’ipséité de chacune de leurs identités régionales, et par conséquent l’existence d’une mémoire autre que celle de l’Hexagone

Dans cette mesure, que peut bien vouloir signifier pour la départementalisation, cette opération que constitue la mémoire? A mon sens, elle correspond a une réflexion sur l’Histoire (à ses insuffisances comme à ses apports) ; à une soif de dépassement, en célébrant la singularité des identités qui composent ces « nations que l’on pourrait qualifier de naturelles » pour reprendre la formule de Patrick Chamoiseau, à un essai d’observation des écarts entre la responsabilité citoyenne et les voeus independantistes ou autonomistes, de l’influence des conflits politiques et des luttes sociales sur l’activité poétique, littéraire ou critique, mais aussi à une defense de l’héterogène et du composite.

« Tout chez les Martiniquais n’est donc pas français comme le prétend le Général de Gaulle », s’exclame Emmanuel Jos. Puis reprenant cette affirmation de René Ménil, il poursuit : « La culture Antillaise est le produit d’un syncrétisme original qui a combiné des éléments venus des quatre coins du monde, sans être aucun de ces éléments en particulier » (Jos 339).

 

 

Le cas des migrants nationaux

S’il y a bien prévalence d’une mémoire sur une autre, ou disons plutôt, coexistence d’une mémoire préférencielle et d’une autre déférencielle, la première comme la seconde sont néanmoins toutes deux raccordées aux limites du seul territoire national, les facultés d’absorbtion de ce dernier influant par ailleurs sur le sens et la portée de la mémoire déférentielle à tel point qu’il est difficile d’affirmer si l’existence d’une telle relation permette de garantir aujourd’hui le passage vers l’unité nationale, ou si au contraire elle contribue a faire de la départementalisation un calque homogénéisant. Car si l’on admet que le rapport fusionnel que le nouveau statut a généré se proposait d’anéantir la donne hiérarchique, cette même relation ne manquera peut-être pas de s’accompagner aussi de pertes ou de manques face a un régime de specificites qui, promettant l’unite nationale d’abord, aura contribué à engendrer des ambiguïtés qui segmentent.

Nous répondrons à cette question en commençant par observer une catégorie spécifique de ressortissants : les ultramarins domiciliés dans l’Hexagone. Pendant longtemps, ces nationaux d’un genre particulier auront constitué une minorité relativement invisible, que ce soit du point de vue de leur représentation dans les médias télévisuels, la presse, la littérature, sur le « ouèb », dans la création artistique, la publicité, sur le grand écran ou encore dans le milieu associatif. Mais au cours des deux dernières décennies, de nouveaux visages sont peu a peu venus remplir le petit écran afin de dire autre chose que la météo. De plus en plus de revues et de journaux sont consacrés aux communautés ultramarines (sur France 3, chaîne publique nationale, dix minutes quotidiennes sont aujourd’hui consacrées à l’actualité des DOMs-TOMs -contre dix minutes hebdomadaires il y a encore cinq ans). Sur le territoire national comme dans les régions mais également sur le plan international, des colloques et des débats portant sur le devenir de ces communautés sont organisés, des recherches leurs sont consacrées. Sur le plan de la production litteraire, les maisons d’édition parisiennes (y compris les plus prestigieuses) ont appris à se montrer moins frileuses (quand bien même une majorité d’auteurs éprouve encore des difficultes à faire publier leurs oeuvres). Les régions pénètrent en outre le milieu de la publication en encourageant la création de maisons d’édition opérant au niveau local. Ces minorités de plus en plus visibles « crèvent » en outre progressivement la toile. Des émissions populaires y sont diffusées et ont pour audience exemplaire les antillais (de l’Hexagone comme les insulaires), mais aussi de manière plus indirecte, les « métropolitains », donnant ainsi l’occasion à ces derniers de porter un regard plus actuel et moins figé sur ces autres nationaux.

Quoi de mieux pour bousculer les idées reçues ? Car les originaires de ces départements ont du talent mais aussi de l’humour, bien que pour l’heure, ce soit en priorité le cyberespace, outil et terrain plus égalitaire mais aussi plus vaste qui leur offre la liberté de le dire, globalement. Car pour tout dire, ceux qui composent le public de ces émissions sont ceux-la même qui dans une large mesure, ont soif d’une plus large representativité puisque les médias nationaux ne semblent pas vouloir s’épuiser à diffuser l’information sur ces thèmes. Du « Tchip show », à « Mosaïc », « Teasers » ou « Urban culture » (cette dernière émission nous apprend notamment que le ressortissant des DOMs domicilié dans l’Hexagone est principalement un enfant des villes qui sait porter un regard emprunt d’auto-dérision sur sa double condition), les titres se créolisent mais aussi « s’américanisent». L’ultramarin hexagonal est ouvert sur le monde.

En outre, la question des effets de la départementalisation et de la modernité sur le statut de ces identités est particulièrement importante pour notre propos. « Negxagonaux » ou encore « Négropolitains ». Pourtant, lorsqu’ils font usage de ces néologismes emprunts d’autodérision, les ultramarins de l’Hexagone ne cherchent à masquer ni la complexité de leur condition ni l’amertume que beaucoup peuvent éprouver envers celle-ci. Il serait intéressant d’interroger le sens de ces taxinomies, afin de déterminer notamment si elles constituent des marques d’identification –à la nation dont ces identités qu’elles désignent sont juridiquement issues- ou au contraire, de singularisation. L’identification étant à ce titre plus qu’une réaction émotionnelle ponctuelle. En psychologie, elle témoigne en effet d’un attachement dans la durée qui à une incidence sur la construction identitaire. Quels rôles pourrait jouer ces taxinomies sur la mobilité de cette communauté et cette même mobilité sur les perceptions ? Si en effet les ultramarins sont des nationaux qui se situent -non pas politiquement ni administrativement mais spatialement ou physiquement- en dehors de l’espace national, à quelle communauté de migrants appartiennent-ils ?

 

 

Fred Constant nous rappelle que la départementalisation est un sujet sur lequel beaucoup de choses ont été écrites, notamment relativement à sa « ‘dimension migratoire’ » :

« Posée, à l’origine, comme préalable au décollage économique et solution au déséquilibre démographique des sociétés de départ, la politique française de l’immigration antillaise prend naissance dans une conjoncture nationale, marquée par l’expansion économique, le développement industriel et l’augmentation du nombre des emplois ; conjoncture qui rend nécessaire l’appel à une main d’oeuvre extérieure » (Constant, 97 )

Le politologue ajoute que pourtant,

« l’émigration antillaise prend [] d’emblée un relief particulier non seulement parce qu’elle concerne des ‘nationaux de couleur’ et une insertion socioprofessionnelle spécifique, mais aussi parce qu’elle cristallise l’évolution des pouvoirs publics face au développement de ces départements d’Amérique » (Constant 97)

C’est en quelque sorte, comme le dit Homi Bhabha, « l’ombre de la nation [qui] tombe sur la condition de l’exil » ( Bhabha, Nation and Narration 292, ma traduction). Car si elles ont

« Longtemps officiellement [été] assimilées à une mobilité géographique interne au territoire national, les migrations antillaises sont parties prenantes d’un système de relations complexes qui empruntent à celles qui existent entre le Nord et le Sud mais aussi, au sein d’un Etat unitaire, entre le pouvoir central et les collectivités territoriales » (Constant 99)

Nous allons tenter ici de comprendre ce que cette mobilité et le système de relations complexes qui en découle peuvent nous confier de vérités sur la manière dont cette catégorie particulière de migrants vit son identité franco-antillaise. Car nombre de liaisons sont à étudier, notamment celle qui relie le terme de « domien » ou celui plus nouvellement consacré d’ « ultramarin » à ses différents signifiés, à la langue ou à ces autres taxinomies –« negxagonal », « négropolitain ». La qualité de « migrant », dans le cas de l’ultramarin qui se déplace vers l’Hexagone, doit certainement être comprise de manière exceptionnelle. Car si son mouvement nous invite à le désigner tout naturellement comme migrant, le pays où le conduit sa mobilité est juridiquement, celui de sa naissance et de sa citoyenneté. Ce nouveau lieu de résidence n’est donc pas un pays étranger, bien qu’il puisse être ainsi ressenti sur le plan affectif. Pour Edgard Pisani, le migrant moderne doit se comprendre principalement comme faisant partie d’un « flot humain [qui] vient apporter une capacité de travail, une fécondité dont la terre d’accueil a besoin » (Pisani 40). Appliquée à l’ultramarin, la définition de Pisani nous renverrait davantage à la migration des premières heures du Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’outre-mer (BUMIDOM) où Guadeloupéens, Martiniquais, Réunionnais répondaient présent à l’appel d’une République en manque de fonctionnaires ou d’ouvriers qualifiés, leurs retours au pays survenants au rythme des congés bonnifiés octroyés par l’Etat français (ceux-ci existent par ailleurs toujours). Pour les migrants de la nouvelle génération, le choix de la mobilité est principalement motivé par les études ou la recherche d’un emploi. Leurs déplacements paraissent donc moins liés à la volonté de fournir une capacité de travail au territoire d’accueil, que générés par des manques présents sur le sol d’origine. Ce qui ne signifie pas que leur région d’origine ne puisse se mesurer en termes d’apports, mais plutôt que ceux que la terre d’accueil peut offrir, tout en étant ciblés voire restreints, n’en demeurent pas moins essentiels. Leur mobilité, contrairement à celle des migrants de la première génération du BUMIDOM, est plus souvent motivée par la demande que par l’offre. La majorité de ces migrant espère en outre que leur exil ne sera que temporaire tant la question du retour au pays est pour eux une certitude. Quelles sortes d’enseignements ces comportements nous apportent-ils sur la relation qui unit l’ultramarin à l’Hexagone, relation que 60 années d’une destinée voulue commune ont par ailleurs contribué à façonner ? La réponse à cette question se trouve peut-être dans la gestion du rapport entre citoyenneté et dépendance.

 

 

Patrick Chamoiseau s’est interrogé sur les répercussions, sur le plan de la conscience identitaire, des termes « loi d’assimilation » qui à l’époque de leur introduction faisaient déjà l’objet d’une solide controverse. Pour l’écrivain, il n’y a pas de confusion possible : « on [les Martiniquais, mais ce constat pourrait tout autant s’appliquer aux autres départements] a eu un processus d’amélioration favorable [dit-il] mais on a eu un ressort profond qui a été cassé, un ressort qui nous permet aujourd’hui, une nation naturelle sans Etat de nous accomoder d’un système d’assistanat et de dépendance ». Le journaliste qui interroge Chamoiseau va jusqu’à évoquer la gêne que ressentirait aujourd’hui le Martiniquais à dire « je suis Martiniquais, je suis Caribéen ». Un contraste selon lui, comparé au climat indépendantiste des années 60. Selon Chamoiseau, c’est parce que les partisans de l’indépendance savaient que leurs lieux respectifs contenaient  une « identité naturelle » et constituaient des nations  qu’il qualifie d’ « inédites ». Egalité, Francité, uniformité ? L’équation est certes à verifier. Patrick Chamoiseau quant à lui, considère qu’il n’y a pas de fonte possible :  la Martinique n’est pas la France. « Nous ne sommes pas français, ni par l’histoire, ni par la culture, ni par la géographie », clame-t-il. Ce qu’il ne faut pas ignorer, en revanche, concède tout de même l’écrivain afin sans doute gde arder une certaine cohérence avec l’idée de Créolité, c’est l’existence  d’« un entremêlement ».

« Francisation » (Glissant 53), lança un Glissant contestataire sur la question de la départementalisation. Les mots « assimilation » ou même « européanisation » semblent vouloir venir y faire écho. Dans son fameux Discours antillais, Edouard Glissant mentionne le désir des Martiniquais, il y a 60 ans, de devenir français dans le but d’acquérir enfin cette égalité contenue dans la promesse citoyenne assortie à l’assimilation officielle (74). « A l’idéal du retour à l’Afrique se substitue sans hiatus l’idéal de la citoyenneté française » (107) nous dit-il. Chez le théoricien, la francisation en tant que manifestation serait loin d’être une simple abstraction et Glissant admet que la loi de départementalisation (qui aurait été en marche depuis l’abolition selon lui) n’en est pas le catalyseur mais bien une continuité (108). Cette francisation se manifesterait pour Edouard Glissant –et Chamoiseau lui fait ici écho- « Dans les structures sociales [] Dans les idéaux [] Dans les objets et marchandises, Par les manifestations de prestige, Dans le langage (l’émiettement du créole. Sa syntaxisation par le français.) La francisation artificielle (qui ne suscite pas une participation créatrice) entraîne la mutité névrotique de l’être et son irresponsabilité» (53). Pour le théoricien, le concept d’antillanité viendrait en réponse à la charge qui comprime le tissu identitaire des antillais, la recouvrant d’une couche superficielle qui servira néanmoins et de manière radicale à le déterminer. Où se situe l’Antillais, le Martiniquais, le Guadeloupéen, le Guyanais, le Réunionnais ? Comment est-il perçu et se  perçoit-il ? D’après Glissant, la francisation est un processus qui affecte différentes modalités du réel antillais et dont les conséquences les plus sévères et aliénantes se trouvent dans cette situation de dépendance institutionnalisée ainsi que dans une carence : celle d’une voix propre pour s’exprimer.

Si par ailleurs, on considère que cette francisation se veut absolue, on doit accepter de comprendre qu’elle convie, depuis le début des années 90, une extension des termes du statut de département à l’Europe. Pourtant, si le principe d’alignement à la France était bien un voeu, l’entrée géopolitique dans l’Europe peut-elle engranger autre chose qu’une logique de continuité ? En effet, en 1992, le traité de Maastricht precipita de plein pied l’outre-mer dans cette nouvelle Europe, modifiant ainsi de fait sa carte génétique citoyenne. Les doms allaient-ils devenir ces « nations inédites » enfouies sous les strates de la République et de l’Union ? « La départementalisation a conduit à la brisure du ressort de la Nation naturelle » (Op.cit.), déclare Chamoiseau.  Pour l’écrivain, reconnaître les aspects positifs de la départementalisation reviendrait à reconnaître que la colonisation aurait également comporté des aspects utilitaires, ce qui est pour lui un constat inacceptable. Ces produits et issues « favorables » ne peuvent en effet suffire à empêcher l’événement de 1946 de se poser en frein, un frein à l’élan naturel des communautés ultramarines de se percevoir en tant que nation, d’envisager naturellement leur souveraineté.

 

Sur le plan constitutionnel, la Vème République ne fait pas de distinction entre les variables identitaires présentes à l’intérieur de sa société. Cet idéal républicain va donc venir logiquement affecter la gestion des identités culturellement, ethniquement et socialement hétérogènes qui composent les quatre anciennes colonies françaises, et que le regroupement sous l’appellation juridique de DOMs ou DOMs-ROMs va chercher à rendre homogène, voire précipiter dans l’anonymat. Or, nous dit justement James Snead,  « Les Nations requièrent la pluralité » (Snead 232, ma traduction). Néanmoins, comme le souligne par la suite le critique, la pluralité a aussi pour conséquence de « diluer toutes les normes strictes de distinction » et c’est peut-être paradoxalement de ce phénomène de « dilution » –puisque l’intention ici cachée se révélerait en totale contradiction avec les termes mêmes de cet idéal- dont l’idéal républicain chercherait à protéger la nation française. C’est-à-dire que dans une société moderne plurielle, il s’exercerait selon la formule de Snead, « un nécessaire principe de dilution » d’après lequel la nation, « en même temps qu’elle se doit de continuer d’inclure un ensemble de plus en large d’individus », « se doit d’appliquer à sa population des principes de plus en plus généraux » (Snead 232, ma traduction). C’est pourquoi tout en admettant que « La revendication culturelle a acquis une ‘légitimité démocratique’ que jusqu’ici, elle n’avait pas » (156), Edgard Pisani précise néanmoins que dans le contexte d’une planète peuplée d’individus de plus en plus migrants, se posait également « le problème de la coexistence de cultures différentes sous l’autorité d’un même Etat » (156). Un rapport essentiel s’installe au coeur du postulat établit par Pisani : celui qui tantôt rapproche, tantôt désunit le pluriel et le singulier, pluralité et Totalité. Ce rapport ne met pas simplement en lumière cette convergence de destinées multiples vers un centre unique –la « métropole »-, mais souligne aussi cette tension familière entre le particulier et l’universel que le principe de l’unité et de l’indivisibilité républicaines engrange. Une et indivisible, une et incontestable.

Pisani fait une derniere distinction essentielle pour notre propos. Celle-ci oppose les notions de « citoyenneté et [d’] appartenance » :

« Il faut distinguer citoyenneté et appartenance. L’une est liée à la commodité du ‘faire ensemble’, l’autre exprime le sens même de l’être ensemble’. La première répond à une nécessité, elle est question de choix, d’adhésion volontaire. La seconde prend en compte une réalité, elle est question d’héritage» (Pisani 158)

Cette distinction a toute son importance et ceci pour deux raisons. En premier lieu, elle invite à penser que très certainement, il existerait de multiples manières de considérer les ressortissants des DOMs et qu’en outre, certaines taxinomies officieuses ou officielles (« domiens », « ultramarins »), parce qu’elles forcent certaines associations, contribueraient à empêcher que les identités qui se dissimulent derrière ces taxinomies n’expriment ou n’exposent leurs différences intrinsèques. Or, ne manque pas de préciser Alain-Philippe Blérard, « ‘de par le mode socio-économique de leur formation, de par leurs origines ethniques, de par leur patrimoine culturel, Guadeloupéens et Martiniquais constituent deux communautés proches mais néanmoins spécifiques l’une et l’autre, deux entités porteuses d’une identité nationale qui les discrimine en tant que peuples’ » (Jos 340). Dans ce cas, on peut s’interroger sur ce qui permettrait de situer avec précision le point d’ancrage de leur citoyenneté. Est-on est français parce que son passeport l’affirme, ou Martiniquais, parce que ce que ce l’on privilégie, c’est le sentiment de venir d’un lieu qui nous appelle à soi ? La perspective du choix nous paraît shizophrène. Pisani souligne lui-même l’incompatibilité naturelle qu’il y a entre un tel choix et la démocracie : « Dans les nations démocratiques, on devrait pouvoir vivre, en même temps et sans drame de conscience, une appartenance culturelle dans une citoyenneté commune » (158). Cette affirmation laisse cependant entendre que toute citoyenneté entraînerait de fait l’assurance d’une appartenance reussie voire satisfaisante.

Nous abordons ici la deuxième mesure de la distinction établie par Pisani: la conscience nationale. Car bien que toute citoyenneté implique une appartenance de fait et de droit à une nation, il n’est pas certain que cette même citoyenneté en garantisse la conscience. Les problèmes surgissent manifestement quand l’une se pense à l’exclusion de l’autre.  Les valeurs de la République française entendent certes en droit garantir l’intégration de citoyens venus d’horizons divers et issus de cultures toutes aussi diverses en leur promettant l’egalité dans l’expérience de la citoyenneté, mais elles poussent aussi à reévaluer la manière dont citoyenneté et appartenance peuvent se traduire dans les faits.

Les populations originaires de ces départments d’outre-mer forment une communauté qui aujourd’hui plus que jamais fait l’expérience du racisme et subit notamment la discrimination au travail, et cela en dépit des débats récents mais néanmoins controversés concernant l’établissement de lois sur la discrimination positive sur le modèle nord américain. Jonas Rano s’inquiète d’un type de ségrégation en particulier:

« Ma crainte qu’il existerait une ségrégation intellectuelle en France se justifie au vu des deux dernières décennies. Les Afro-Antillais se trouvent pris en otage malgré eux. Depuis 1968, aucun homme politique antillais ou africain-français ne s’est illustré véritablement, en France, excepté l’immense Gaston Monnerville qui a marqué de son empreinte la cinquième République française, d’une manière particulière, mais essentielle aux côts du Général de Gaulle » (Rano 21)

On peut par conséquent se demander s’il est ou non hors sujet d’employer aujourd’hui le terme d’intégration eut égard à la situation de ces communautés ultramarines présentes sur le territoire hexagonal. Selon la définition qu’en donne le Trésor, l’intégration est une « Phase où les éléments d’origine étrangère sont complètement assimilés au sein de la nation tant au point de vue juridique que linguistique et culturel, et forment un seul corps social ». Ainsi comprise, l’intégration devrait être une issue naturelle et directe de la départementalisation. Le terme ne devrait en l’espèce avoir ni à s’employer ni son objet à se conquérir. Dans le cas de l’ultramarin, l’intégration ne devrait donc pas être un processus qui se mette en marche à chaque migration, mais bien représenter un acquis. Or, est-ce le cas dans les faits ?

Si « A la tête de la colonie il n’y a non pas un prefet mais un gouverneur, lequel personnage symbolise aux yeux des assimilationistes, le régime d’exception » (Blérard 198), la simple mise en place de ce régime d’exception est en elle-même la marque d’une singularisation, son instauration constituant la preuve même de la reconnaissance de ces différences. La départementalisation à son tour, n’a empêché ni annulé cette relation. Bien que le gouverneur ait été remplacé par le préfet et que les départementalistes aient obtenu « l’intégration sans entrave au champ legislatif métropolitain », l’établissement de certains champs politiques –tels que le Ministère de l’Outre-Mer- et leur perennité pousse à s’interroger sur les implications de ce statut relativement à l’application de certains principes constitutionnels. La création du Ministère de l’outre-mer sous sa forme actuelle date de 1962, mais selon les informations disponibles sur le site officiel du Ministère, ce dernier est l’

«héritier du Bureau des Colonies fondé par Richelieu. Dans sa forme actuelle, le ministère de l’Outre-mer relève pleinement des structures gouvernementales mises en place sous la Vème République. Il est cependant l’héritier de formations administratives beaucoup plus anciennes dont le développement s’est fait au gré de l’expansion française en outre-mer »

Pourquoi un Ministère de l’outre-mer et non pas aussi de la Corse ni de la l’Alsace-Lorraine ? Certes, le nouveau gouvernement de Nicolas sarkozy a sorti cette instance de son isolement en continuant de confier sa gestion à un ministre unique, dont cependant il ne constitue plus la seule charge. Le 18 mai 2007, Michèle Alliot-Marie s’est en effet vue confier la direction de trois cabinets ministeriels dont celui de l’Intérieur et bien évidemment, celui de l’outre-mer. Alors que comprendre de cette décision ? Doit-on y voir un pas vers la reconnaissance de l’obsolescence de cette institution? Un premier mouvement vers sa possible dissolution? En effet, on pourrait choisir de voir dans ce rapprochement des missions, un signe des temps nouveaux : l’outre-mer ne serait plus ce gros dossier, l’affaire d’un seul homme ou d’une seule femme qui se doit de lui être entièrement dévou(é). Ou peut-être, pourrait-on y lire un second message politique, celui-là signalant de manière indirecte que l’outre-mer est aujourd’hui proche de la France de « l’intérieur ». Peut-être, mais dans ce cas, manifestement pas tout à fait assez pour en constituer une partie si intégrante qu’il n’aurait plus besoin d’être géré par le régime de la spécificité. Ce n’est par conséquent pas un hasard si Bernard Pons, ancien ministre de l’outre-mer, en est venu lui-même jusqu’à conclure, lors de son passage sur le plateau de Réseau France outre-mer, qu’« Il fa[llait]  envisager la suppression du ministère de l’outre-mer » .

La loi sur la départementalisation dispose que les lois de la République s’appliquent à celles de ses anciennes colonies, or il n’existe pas de « parfaite superposition hexagonale du Territoire, de la Nation, de l’Etat, de la langue et de la Patrie » (Pisani 158). Ce qu’il faudrait, c’est « une alternative vraie entre indépendance et reconnaissance interne. A quelles conditions les peuples identifiés comme tels pourraient-ils accepter de vivre au sein d’entites politiques dans lesquelles ils ne constituent qu’une minorité ? » s’interroge Edgard Pisani (161). Pour Jean Pierre Sainton, le mot départementalisation signifie « dépendance globale », le terme se référant donc pour l’historien à un mécanisme absolu et généralisant de clôture tant sur le plan symbolique que tangible, au point de mettre en péril les chances de dialogue entre les départements et l’Hexagone. Dialogue y compris politique puisqu’il est prouvé dans l’excellent article de Fred Constant que sa conjoncture aurait une influence sur les politiques d’insertion ainsi que les décisions juridiques relatives à la gestion des ultramarins candidats à l’émigration.Ce dialogue ne demanderait qu’à permettre d’évaluer  la puissance du lien qui unit l’Hexagone à ses régions ultramarines tout en éprouvant les limites de la definition de la citoyenneté fournie par Jacques Chirac lui-même, à savoir comme étant cette « volonté d’être Français et de le demeurer ».

 

 

 

 

CONCLUSION

Pour Jean-Pierre Sainton, il s’agit pour l’heure de comprendre la place de ces départements d’outre-mer à l’intérieur de notre Totalité planétaire, car pour l’historien, nous vivons aujourd’hui à une époque à laquelle « il possible de prendre la mesure des choses et distinguer [] un statut politique d’une réalité plus globale ». Patrick Chamoiseau considère à cet effet que désormais c’est aux élus des DOMs que revient la tâche de construire une politique harmonieuse, c’est-à-dire dans le sens où l’entend le romancier martiniquais, « qui tienne du prosaïque [] mais aussi du poétique », cette dernière ressource étant pour lui, ce qui donnerait aux populations de ces régions « l’enthousiasme [] la volonté, l’énergie [] [l]a capacité d’idéal » dont elles ont besoin pour construire les schémas originaux qui leur permettraient d’être perçues -du point de vue de leur representativité régionale-, comme des identités mobiles et non plus simplement en tant qu’unités intégrées à la continuité européenne. Certes, pour cela, ces communautés doivent oser envisager à partir d’initiatives concrètes,  les formats à prendre pour l’avenir. 60 ans après, le défi consiste à adopter une posture harmonieuse entre l’affirmation des spécificités régionales, et les dangers du communautarisme. Si le statut départemental est appelé à perdurer, un principe de collaborationn inter-régionale doit pouvoir s’envisager sur la base d’un engagement égalitaire –en droit et en pratique- avec l’Hexagone, en ne se laissant plus assujettir par un moment historique et sociétal jugé primordial, mais en prenant soin au contraire de l’articuler au fil d’un devenir commun mais néanmoins hétérogène.

OUVRAGES CITES

Bhabha, Homi K.  “DisseminNation: Time, Narrative, and the Margins of the Modern Nation, ” dans Homi K. Bhabha (ed.). Nation and Narration. Routledge: London, New-York: 1990, 2006. pp. 291-322.

Bhabha, Homi K. The Location of Culture. Routledge: Oxon, New York. 1994.

Glissant, Edouard. Le Discours antillais. Editions du Seuil : Paris, 1981.

Blérard, Alain-Philippe. « La Citoyenneté française aux Antilles et ses paradoxes », dans Pierre Nora (dir.). Les Lieux de mémoire. La Nation II. Gallimard : Paris, 1986. pp. 193-221.

Brennan, Timothy. “The National Longing for Form,” dans Homi K. Bhabha (ed.). Nation and Narration. Routledge: London, New-York: 1990, 2006. pp. 44-70.

Constant, Fred. « La Politique migratoire : Essai d’évaluation », dans Fred Constant, Justin Daniel (dir.). 1946-1996: Cinquante ans de départementalisation outre-mer. L’harmattan : Paris, 1997. pp. 97-132.

Jos, Emmanuel. « Identité culturelle et identité politique : le cas martiniquais ». dans Fred Constant, Justin Daniel (dir.). 1946-1996: Cinquante ans de départementalisation outre-mer. L’harmattan : Paris, 1997. pp. 335-371.

Nordman, Daniel. « Des limites d’Etat aux frontières nationales », dans Pierre Nora (dir.). Les lieux de mémoire. La Nation II. Gallimard : Paris, 1986. pp. 35-61.

Mayeur, Jean-Marie. « Une Mémoire-frontière : L’Alsace », dans Pierre Nora (dir.). Les Lieux de mémoire. La Nation II. Gallimard : Paris, 1986. pp. 63-95.

Pisani, Edgard. Une Certaine idée du monde. Editions du seuil : Paris, 2001.

Rano, Jonas. Créolitude. L’Harmattan : Paris, 1997.

Snead, James. “European Pedigrees/African Contagions: Nationality, Narrative, and Communality in Tutuola, Achebe, and Reed,” dans Homi K. Bhabha (ed.). Nation and Narration. Routledge: London, New-York: 1990, 2006. pp. 231-249.

Weber, Eugène « L’Hexagone », dans Pierre Nora (dir.). Les Lieux de mémoire. La Nation II. Gallimard : Paris, 1986. pp. 97-116.

Weinstock, Daniel.  «Vivre la citoyenneté», dans Yves Boisvert, Jacques Hamel, Marc Molgat (dir.). Vivre la citoyenneté : Identité, appartenance et participation. Éditions Liber : Montréal, 2000.

 

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