Espionnage USA : nos alliés israéliens ont dépassé les bornes

L’espionnage de l’Etat hébreu aux Etats-Unis serait sans égal.Newsweek décrit la panique au sein des services secrets américains. Ces révélations ont aussi provoqué un débat parmi les médias israéliens.

NEWSWEEK | JEFF STEIN

Dessin de Bénédicte.
Dessin de Bénédicte.

Il n’y a pas d’honneur entre voleurs. Lorsque le monde a découvert que la National Security Agency (NSA) avait mis le portable de la chancelière Angela Merkel sur écoute, le comportement des Américains a été décrié et jugé indigne d’une nation amie. Aujourd’hui, ce sont les responsables américains du renseignement qui s’élèvent – en toute discrétion et seulement derrière les portes closes du Capitole – contre les opérations d’espionnage de nos “amis” israéliens.

Selon plusieurs rapports confidentiels concernant un projet de loi visant à assouplir les conditions d’attribution de visa aux citoyens israéliens entrant aux Etats-Unis, les manœuvres israéliennes pour dérober des secrets américains sous couvert de missions commerciales et de contrats de technologie de défense ont “dépassé les bornes”.

L’espionnage de l’Etat hébreu aux Etats-Unis serait sans égal et particulièrement déplacé, ont déclaré des spécialistes du contre-espionnage au comité judiciaire de la Chambre des représentants et au comité des Affaires étrangères. Ces activités iraient bien au-delà de celles d’autres alliés proches tels que l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni ou le Japon. En janvier dernier, un membre du personnel du Congrès a qualifié l’un de ces rapports d' »électrochoc alarmant et même terrifiant” tandis qu’un autre jugeait son contenu “dommageable”.

Les secrets techniques et industriels des Etats-Unis constituent la première cible des services de renseignements israéliens.

“Aucun autre allié des Etats-Unis ne se permet de franchir la ligne rouge comme les Israéliens”, a déclaré un ancien membre du personnel du Congrès ayant assisté à une réunion confidentielle à la fin de l’année 2013. Plusieurs auditions de la sorte, organisées par le Département de la sécurité intérieure (DHS), le département d’Etat, le FBI et la Direction nationale du contre-espionnage, ont eu lieu au cours des derniers mois.
L’ancien assistant raconte : sans entrer dans les détails, les agences de renseignements ont parlé “d’espionnage industriel, des gens qui viennent pour des missions commerciales ou avec des sociétés israéliennes travaillant avec des sociétés américaines, ou bien des agents du renseignement directement gérés par le gouvernement, ce qui veut dire – je suppose – en dehors de l’ambassade d’Israël”.

Après s’être refusé à tout commentaire, un porte-parole de l’ambassade d’Israël a fermement rejeté ces accusations mardi dernier. “Israël ne mène tout simplement aucune activité d’espionnage aux Etats-Unis, a affirmé Aaron Sagui au journal Newsweek. Et nous condamnons les auteurs de ces allégations aussi indignes que mensongères dirigées contre l’Etat d’Israël.”

Les espions sont aussi présents en Israël

Naturellement, les espions américains sont aussi présents en Israël. “C’est le dernier pays où vous voulez partir en vacances”, résume un ancien haut responsable de la CIA en soulignant l’importance du dispositif de surveillance des services israéliens. Sauf que l’ampleur des opérations israéliennes commence à irriter le contre-espionnage américain.

“Je pense que personne n’a été surpris pas ces révélations, poursuit l’ancien assistant. Mais quand vous réfléchissez un peu et que vous entendez qu’aucun autre pays ne profite plus qu’Israël de nos relations de sécurité à des fins d’espionnage, c’est assez choquant. Les gens doivent comprendre que même après l’affaire Pollard, rien n’a changé”.

Cela fait longtemps que divers groupes israéliens et pro-israéliens font pression sur le gouvernement américain pour demander la libération de Jonathan Pollard, un ancien analyste du renseignement de la marine américaine, condamné à la prison à perpétuité en 1987 pour avoir dérobé des dizaines de milliers de secrets au profit d’Israël. (Les spécialistes du contre-espionnage américains soupçonnent l’Etat hébreu d’avoir échangé une partie de ces informations à Moscou durant la guerre froide pour obtenir l’émigration des Juifs de Russie.) Après avoir nié pendant plus de dix ans être le véritable employeur de Jonathan Pollard, Israël a présenté ses excuses et promis de ne plus jamais espionner les Etats-Unis sur leur territoire. Depuis, d’autres espions israéliens ont pourtant été arrêtés et condamnés par des tribunaux américains.

Inquiétude sur la dispense de visas américains aux Israéliens

Dans le même temps, Israël exerce d’intenses pressions pour figurer sur la liste des pays (38 actuellement) dont les ressortissants n’ont pas besoin de visa pour entrer aux Etats-Unis.

Jusque récemment, le principal obstacle tenait au traitement discriminatoire, et parfois excessivement sévère, des citoyens arabes américains ou américains palestiniens voulant entrer en Israël. L’Etat hébreu manquait en outre à d’autres obligations, comme le signalement rapide de tout passeport [américain] perdu ou volé, indiquent les responsables américains.

“C’est néanmoins la première fois que des représentants du Congrès reconnaissent que la demande d’adhésion d’Israël au programme de dispense de visa suscite des inquiétudes au plan du renseignement et de la sécurité nationale”, souligne Jonathan Broder, journaliste spécialisé dans les questions de défense et de relations internationales pour le site d’information CQ Roll Call. Il cite notamment un haut responsable de la Chambre des représentants disant que “la communauté du renseignement américain craint que l’admission d’Israël au programme de dispense de visa ne facilite l’entrée d’espions israéliens dans le pays”.

Les Israéliens pensaient qu’ils “n’avaient qu’à claquer des doigts” pour trouver des amis au Congrès capables de voter un changement de loi au lieu de passer par la procédure réglementaire avec le DHS, déclare un responsable du Capitole. Face aux réticences américaines, l’Etat hébreu a récemment indiqué qu’il était prêt à travailler avec le DHS.

Les services de contre-espionnage américains auront le dernier mot

La procédure d’adhésion au programme de dispense de visa passe par le DHS peut prendre plusieurs années. Parmi les obligations des pays candidats figurent “l’amélioration de l’application de la loi et du partage des informations ayant trait à la sécurité avec les Etats-Unis ; le signalement en temps utile de tout passeport volé ou perdu et le maintien d’exigences élevées en terme de contre-terrorisme, d’application des lois, de contrôle aux frontières, de normes aéronautiques et de contrôles des documents”, indique le DHS.
Israël est très loin de satisfaire à ces exigences, remarque un représentant du Congrès. “Il faut avoir des passeports biométriques qui ont une puce intégrée. Les Israéliens commencent tout juste à en délivrer à leurs diplomates et à leurs hauts responsables, le reste de la population n’y aura probablement pas accès avant une dizaine d’années.”

Les services de contre-espionnage américains auront le dernier mot dans cette affaire. Et comme il paraît aussi improbable de voir les Israéliens renoncer à espionner les Etats-Unis que de les voir abandonner la matza[la galette azyme] pour la Pâque juive, force est de conclure que l’obligation de visa devrait être maintenue.

Ainsi que le confiait Paul Pillar, ancien responsable de la CIA pour le Moyen-Orient et l’Asie du Sud, il est difficile de se débarrasser de ses mauvaises habitudes : les sionistes envoyaient des espions aux Etats-Unis avant même la création de l’Etat d’Israël pour rassembler des fonds et des équipements pour la cause, puis plus tard pour soutenir le jeune Etat. C’est ainsi qu’Israël a obtenu plusieurs des éléments clés pour sa bombe atomique. “Ils ont mis au point des moyens novateurs et inventifs” pour obtenir ce qu’ils veulent, résume Pillar.
“Si on leur permet d’envoyer librement des ressortissants, comment pourra-t-on mettre fin à cette situation ? se demande l’ancien responsable du Congrès. Ils sont incroyablement agressifs. Ils font preuve d’agressivité dans tous les aspects de leur relation avec les Etats-Unis. Pourquoi leurs services de renseignements seraient-ils différents ?”

Source: http://www.courrierinternational.com/article/2014/05/21/espionnage-nos-allies-israeliens-ont-depasse-les-bornes

 

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