« Le fondamentalisme est la forme du religieux la mieux adaptée à la mondialisation »

P011-3_477676_757808_largeAssistons-nous véritablement à un retour du religieux ? Comment l’expliquer ? Dans son livre, « La Sainte ignorance, le temps de la religion sans culture », Olivier Roy apporte une réponse documentée, claire et critique à ces questions, et à bien d’autres encore… Aperçu.

04/10/2014

Malraux avait raison. Le XXIe siècle marque le retour du religieux. Ce dernier se développe partout (Amérique latine, Amérique du Nord, Afrique de l’Ouest, Maghreb, etc) et anime les débats sociétaux dans de nombreux États modernes (avortement, mariage gay, peine de mort, port du voile). Le constat apparaît d’autant plus incontestable qu’il est appuyé par une dimension visuelle : le religieux se voit plus, et s’il se voit plus c’est qu’il est en pleine progression.

Cette logique est pourtant fondamentalement imparfaite. Elle ignore la mutation des mouvements religieux et leur adaptation aux sociétés modernes et à la mondialisation. Elle présente une lecture binaire, sécularisme/religiosité qui ne suffit pas à rendre compte de la complexité des rapports entre société, culture et religion. L’ouvrage d’Olivier Roy, spécialiste de la question islamiste, déconstruit cette idée de « retour du religieux » et explique au contraire pourquoi les Nouveaux mouvements religieux (NMR) ne sont pas une réaction à la sécularisation, mais un produit de celle-ci. « En fait, la sécularisation a fonctionné : ce à quoi nous assistons, c’est à la reformulation militante du religieux dans un espace sécularisé qui a donné au religieux son autonomie et donc les conditions de son expansion. La sécularisation et la mondialisation ont contraint les religions à se détacher de la culture, à se penser comme autonomes et à se reconstruire dans un espace qui n’est plus territorial et donc qui n’est plus soumis au politique », écrit Olivier Roy.

(Pour mémoire : François : Que personne ne pense pouvoir faire de Dieu un bouclier)

En d’autres termes, les religions sont devenues globales et accessibles à tous. Il leur suffit de renaître et de se purifier de leurs pêchés passés. Concernant cet aspect, il est extrêmement intéressant de constater la similitude entre les pratiques salafistes et ceux des mouvements « born again ». « Je buvais, je me droguais et puis un jour j’ai rencontré Jésus (ou Allah) » devient un schéma assez topique. « On observe un glissement des formes traditionnelles du religieux (catholicisme, hanafisme musulman, dénominations protestantes classiques comme l’anglicanisme ou le méthodisme) vers des formes de religiosité plus fondamentalistes et charismatiques (évangélisme, pentecôtisme, salafisme, Tabligh, néosoufisme). Or ces mouvement sont relativement récents », analyse-t-il encore.

Comment expliquer que le succès de ces mouvements fondamentalistes à une époque où les valeurs dominantes s’opposent à celui-ci ? « Le fondamentalisme est la forme du religieux la mieux adaptée à la mondialisation, parce qu’il assume sa propre déculturation et en fait l’instrument de sa prétention à l’universalité », analyse l’auteur du fameux ouvrage L’échec de l’islam politique. En clair, le fondamentalisme propose un discours simpliste rendu possible, au niveau individuel, parce qu’il est déconnecté de la vie politique. Cela explique non seulement le succès de ces mouvements mais aussi l’échec des États religieux. « Une société est d’abord politique, jamais religieuse, même si elle mobilise la religion dans la légitimation des rapports de pouvoir. Et c’est pour cela que le surgissement du religieux dans l’espace politique crée autant de tension : parce qu’il ne peut pas aboutir », écrit encore l’auteur.

Mais quelle est la religion qui progresse le plus vite actuellement ? Là encore, Olivier Roy déconstruit une impression dominante, « on incrimine souvent un déclin du christianisme qui serait parallèle avec une expansion de l’islam. Mais dans le monde entier, c’est le pentecôtisme chrétien qui se développe le plus, avec le mormonisme », analyse-t-il encore.

À en croire M. Roy, Malraux avait tort. Au moins partiellement. La religion n’effectue pas un retour, mais une mutation. Cette mutation explique d’ailleurs l’apparition de phénomènes assez hybrides comme le hallal McDonald’s ou le rock chrétien. Le religieux n’est plus opposé à la modernité. Il en est l’un des principaux vecteurs.

Source: http://www.lorientlejour.com/article/889497/-le-fondamentalisme-est-la-forme-du-religieux-la-mieux-adaptee-a-la-mondialisation-.html

 

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