Nouvelle tentative de meurtre de Hâfèz

10 janvier 2008

Le candidat meurtrier, Monsieur de Fouchécour, actuellement en fuite … vers le Saint-Esprit, reçoit un prix prestigieux

Contestation bouffonne en un acte et plusieurs voix

 

 Pirouz Eftékhari 

 

 

Devant le rideau

Le gros flic, maquillé en travesti, polissant son crachat avec la manche de son uniforme, exhibant les poils de ses jambes, jouant avec ses jarretières, chapeau melon, moustache proto-hitlérienne XIXe siècle, venu expressément du commissariat du 4ème arrondissement, accompagné de son vieux copain, Lourdoreil, pantin, hâche à la main, burlesquement maquillé en de Fouchécour, dont le grand souci est de comprendre ce quil croit entendre, ou de feindre de ne rien comprendre. Dans sa tentative de pervertir constamment pour se défendre ce que disent les autres , Lourdoreil réussit si peu que nul ne le prend au sérieux.

 

Le gros flic travesti. Sifflant fortement dans son sifflet – Silence ! Silence ! Un moment d’attention !

 

Sur ordre de l’ex-Préfet de son ex-Majesté qui restera à jamais dans les annales pour sa passion des malversations et des confitures, généreusement financée par la Mairie de Paris, un certain de Fouchécour, alias DFCH, friand de majuscules, est recherché pour Crime De Lez-Poésie Des Troubadours (CDLPDT).

 

Lourdoreil. Jouant avec sa hache – Suis-je télé-commandité ? Mon Ami, si j’ai bien compris, vous dites que j’ai lésé la poésie de Hâfèz ! Soit ! Ce que j’ai écrit sur «la relation de l’Aimé et de l’amant», ne rappelle-t-il pas tout particulièrement notre Amitié ? Ecoutez : «cette relation de longue date implique un devoir, qui semble, aux yeux de l’amant, bafoué par l’Ami». Ça vous suffit-il comme réponse, ou exigez-vous que j’enregistre mes déclarations sur CD et vous l’envoie par la Poste?

 

Le gros flic travesti, crachant sur son crachat – Par l’autorité pesante de notre propre proéminence, reflet divin des protubérances aplaties du Nouveau Chef, dûment élu récemment par les médias, marchant de biais par tics électriques, directeur-prestidigitateur-vendeur de tickets-producteur-percussionniste-nettoyeur des cages et ami des tiques-acrobate-chef de la promotion médiatique-robot dopé-Napoléon IV au Cirque des Tempêtes Financières (CTF) ; vu la politique d’Atrophie Culturelle du Monde Global (ACMG) dictée par les publicitaires, à l’ère du contrôle bio-informatique et d’étouffement des voix par toutes sortes de manipulations, le Pouvoir Bien-Veillant (PBV) a ordonné d’anéantir la poésie d’amour, et, par la même occasion, les amoureux. Dans ce but, un grand prix, le Prix International de la Déformation (PID) est créé, destiné aux assassins des poètes amoureux.

 

Lourdoreil. Balançant son unique sourcil – Suis-je Fantassin des Exégètes Langoureux ?

 

Le gros flic travesti – Parmi les violences qui submergent le monde, il est permis, mieux, il est convenable, mieux encore, il est impératif de récompenser les auteurs de tels crimes. Aussi, le PID est-il décerné à DFCH, en toutes majuscules, pour son œuvre salutaire! La Médaille d’Or des Légionnaires (MOL) lui sera remise au plus tard demain, dans l’après-midi !

 

Lourdoreil – Pardi ! Qu’ai-je fait samedi ? Ai-je travesti une belle Barcarolle en Précepte Religieux ?

 

Le gros flic travesti – Selon les informations obtenues de mouchards, voici le portrait robot du fuyard lequel rappelle d’ailleurs étrangement Lourdoreil que vous avez sous les yeux : taille variable, yeux sans couleur, presque sans visage pourtant marqué d’un sourcil, domicilié rue des Mauvais Garçons, au-dessous du Commissariat dont je suis le gros chef. Chauve-souris, chauve et souris, en fuite vers le Saint-Esprit.

 

Lourdoreil – Sapristi ! Sachez que pour le ghazal hâfézien commençant par :

 

«Des boucles de Ta chevelure l’effluve me tient sans cesse en ivresse»,

 

j’ai présenté le commentaire suivant : «c’est un poème de dévotion à l’Aimé, où le poète use avec raffinement des images et des motifs qui lui sont familiers

 

Jugez! Comme Hâfèz, je sais rimer !

 

Le gros flic travesti – Par la présente, il lui est expressément ordonné d’avoir à se présenter pour interrogatoire, demain matin au plus tard, muni de sa carte de saigne-jour ou d’Adamtité, ou, à défaut, de son récit-pissé, ainsi que du formulaire dûment rempli des Fichiers Centraux (FC), avec majuscules. Il devra impérativement présenter son test ADN et le certificat médical timbré mentionnant impérativement son sexe, sur lequel figurera la signature d’un jury de Docteurs de la Loi Assermentés, avec majuscules !

 

Lourdoreil – Suis-je un Imposteur qui Recule ? Un Tartuffe sûrement ?!

 

Le gros flic travesti – Sur ordre du Nouveau Chef, la population est informée que cette comédie bouffonne en un acte et plusieurs voix sera elle-même une pièce à conviction annexée au lourd dossier du susdit lauréat, lequel dossier se trouve aux Archives Préfectorales (AP). Précisons : l’Enseignant De Fouchécour (EDF), de foi (deux fois) suspect, est fonctionnaire d’Etat au CNRS, Département des Pillages Littéraires (DPL), Centre des Recherches Serpentées (CRS), section 76, couloir 54, porte 33, Cabine 2.

 

Lourdoreil – Ah bon, je suis Creux !! Et pourtant, pour le ghazal de Hâfèz commençant par le vers :

 

«Hier, le Maître marchand de vin – que loué soit Son Nom ! –

«me dit : «Bois du vin, oublie le chagrin du cœur !»

 

j’ai tenté d’atteindre la plénitude absolue ! J’écrivis : «Le ghazal 96 est un «conseil» plus qu’il n’y paraît. Car il vient du Maître marchand du vin qui fait perdre le renom, parce qu’il dépouille de l’inutile qui semble essentiel aux gens ordinaires».

 

Ne méprisez donc pas mon génie de haut rang ! (Après une pause) Mais qu’ai-je dit ? Hareng ?

 

Le gros flic travesti – Tout citoyen louche ou loyal disposant d’informations sur le dit personnage est dans l’obligation légale de fournir toute indication en sa possession à propos des charges et présomptions de culpabilité définies par la Loi. Toute négligence à l’égard de cette sarko-sainte obligation d’Etat sera l’objet de poursuites judiciaires.

 

Lu en public, ce 14 juillet 2007. Vive la République !

 

Lourdoreil – Ah bon! Ah bon! J’ai tout vu de Travers, en Oblique !!

 

Au lever de rideau, annoncé par les godillots du gros flic poilu chapeau melon moustache proto-hitlérienne XIXe siècle, le décor est la fourmilière dite bibliothèque des Langues-ZOO. Interviennent dabord quelques voix contestataires, critiques de l’œuvre de Charles-Henri de Fouchécour, Hâfez de Chiraz, le Divân, Œuvre lyrique d’un spirituel en Perse au XIVe siècle, paru en 2006.

 

Sous le nez autoritaire des fonctionnaires et bibliothécaires fourmili-taire-s, les autres chercheurs et lecteurs, pris dhorreur, parfumés préventivement contre la puanteur de la plupart des ouvrages orientalistes, munis de leurs propres notes en fuck(yoo)-similé, sombrent après lecture de l’ouvrage de DFCH dans lévanouissement, puis relèvent progressivement la tête, soit pour défendre DFCH, soit pour appuyer l’accusation de tentative de meurtre, et dénoncer la machine destructrice des cultures, des pays, voire de continents entiers !

 

Tonnerres, rafales et fracas, bombardements, tirs, cris et pleurs rappellent aux spectateurs le chaos du monde qui baigne la tentative de DFCH. Puis, simpose un silence mortel.

 

Premier contestataire. Brisant le silence puant de la biblio-fourmilitaire des Langues-ZOO – Spiritualisme sur-âné ! Prestidigitation épiscopale ! Extrapolation-décontextualisation habituelle des orientalistes ! Massacrer un grand poète amoureux, le réduire à la dévotion mystique, l’étouffer dans des commentaires déformants ! Tenter une fois encore, après tant d’autres croque-mort, de l’ensevelir sous les délires du code de l’érudition !

 

De Fouchécour, orientaliste comme d’autres, tant iraniens qu’occidentaux, idéologues de la grande machine de colonisation, réduit tout, en matière de littérature, à des sophistications savantes. Leurs machinations, dont les preuves sont cataloguées ici en Langues-ZOO, s’inspirent, gracieusement, de l’ordre colonisateur qui s’est toujours mimétiquement appuyé sur le discours clérical dans les pays colonisés !

 

Dans le terme yâr qui, universellement dans la poésie persane désigne la bien-aimée, DFCH prétend chez Hâfèz découvrir une signification spirituelle qui renvoie à «l’Ami» !

 

Un joueur de mots – A Dieu, quoi ! Esprit, Esprit, Spirigonzalesse ! Amen ! (Après une pause) Et puisque aucune voix dans la salle ne reprend mon Amen, applaudissons le contestataire !

 

Le contestataire – Pour DFCH, comme pour l’orientalisme, il n’y a de compréhension qu’au travers de concepts théologiques ! La grande variété des 500 poèmes hâféziens est réduite à un mysticisme quasi-monolithique ! DFCH méconnaît le devenir social et individuel ; pour lui, le travail de l’individu sur son devenir à partir de l’imaginaire, est futilité ! Il est insensible à la recherche et au renouveau du sens entrepris par Hâfèz. Il réduit la vision du monde et le vécu du poète amoureux à une essence théosophique, conformément au discours des doctes locaux !

 

Le joueur de mots – Like Henry Carbeen’s to discourse… !

 

Un écolo malin – Les orientalistes? Quelle pollution, quel effet de serre ! DFCH est un bulldozer; il arrache arbres, fleurs, jardins, prairie, enfouit plaisirs et désirs pour construire un temple de béton ! Son chantier pue la destruction et la désolation !

 

Deuxième contestataire. Dans lambiance pestilentielle, les spectateurs se sont bouché le nez – Cette étude est hautement platonicienne, oui, parfaitement plate-onicienne ! Il déraille, le mec ! Que de tours de passe-passe ! A propos de l’un des qazals de Hâfèz (présenté à la page 970), DFCH reconnaît que c’est «une composition bachique sur le thème khayyâmien bien connu : « buvons avant que le monde ne disparaisse», et, quelques lignes plus loin, ajoute : «Or l’œuvre bonne est de se «vouer au vin» (bâdè-parasti). La question se pose donc de la nature de ce vin que nous sommes invités à boire. Hâfez nous laisse faire la réponse» !

 

Le joueur de mots – Le malin sait comment mêler l’eau et le vin ! Quel jongleur de mots ! Quel curé ! Sa tante-hâtive constante est de tourner le péché en Bien !

 

Lourdoreil. A part – Yes !!! C’est bien ! Ils veulent couler mon Ouvrage en Bronze, pour avoir aussi tenté d’Embarquer Khayyâme dans mon Spiritualisme.

 

Le deuxième contestataire – DFCH est proche des médiévistes d’antan qui réduisaient l’amour courtois et la finamor à l’amour platonique et religieux. Il en reste au stade des rêveries pudibondes des commentateurs, aux odeurs rances du XIXème siècle, penchés, au travers de leur petite moustache proto-hitlérienne, sur les chansons d’amour des troubadours, et n’y voyant qu’une manifestation religieuse codée !

 

Lourdoreil. Le sourcil en forme de Z – Mon Appréhension serait Démodée ?!

 

Le deuxième contestataire – Une fois écartée la fantasmagorie romantique au sujet de la poésie médiévale, une fois abandonnée la manie des médiévistes qui considéraient la poésie des troubadours comme sui generis (d’où le mot «troubadour»), une fois dénoncés les médiévistes actuels qui la renvoient à la mythologie celte, il devient clair que la finamor et la poésie hâfézienne relèvent d’un même courant universel.

 

Dès le départ, la poésie d’amour arabo-persane s’inspire de la civilité face à la société patriarcale, face à un islam de plus en plus instrumentalisé par le pouvoir. L’aspiration à la civilité, après l’avènement de l’islam, s’inspirait en fait, au Hédjâz déjà, du geste des femmes qui revendiquaient leur autonomie. La poésie d’amour exprime dès lors et de plus en plus le devenir dans la cité, l’aspiration à la civilité et à l’individualité dans la ville ; elle rompt avec la poésie tribale, devient le jeu d’amour axé sur la poéti-cité. Dès le VIIIème siècle, les thèmes du jeu d’amour sont bien établis dans l’architecture sonore fascinante de poètes amoureux comme Omar ibn Abi-Rabi’a ou Bachchâr, le poète aveugle, d’origine iranienne. Le jeu d’amour est le fruit de la transformation de l’imaginaire : images poétiques amoureuses dans la cité.

 

Tout un fond du jeu d’amour qui remonte à l’antiquité, existe d’ailleurs dans les représentations collectives ; on en connaît des traces dans ce qu’il faut appeler le triangle de l’amour : une aire géographique qui s’étend d’Ecbatane à Suse (madâ’ine), de Persépolis au Yémen ; la troisième aile du triangle s’étend du royaume du Saba (Yémen) à Hérâte. Dans ce triangle de l’amour, dont la plus haute expression est la poésie ouzri, s’élabore, dès l’antiquité, le roman de Madjnoune, «fou» de Laylâ. Le Divâne de Madjnoune Layla, du IXème siècle, fort probablement œuvre de plusieurs poètes, est un manifeste rénové de la représentation collective de l’époque au sujet du jeu d’amour.

 

Ainsi, dès les temps anciens, la poésie d’amour arabo-persane, inspirée des incantations magiques et des chants de métiers, cultivée surtout dans les madâ’ine, centres civilisationnels au sein du triangle dont je viens de parler, se conçoit comme un jeu d’amour qui transforme l’imaginaire ; un jeu caractérisé par la théâtralisation, destiné aux banquets littéraires, souvent organisés par les femmes, tout comme plus tard les banquets littéraires animés par les reines et courtisanes du Moyen Age accueillaient les troubadours.

 

Le joueur de mots – Pour détourner la formule de Lavoisier : rien ne se perd, tout se réinvente !

 

Lourdoreil. Le sourcil sursautant – Diantre ! Je roule comme une boule sur une pente !!

 

Le deuxième contestataire – Ainsi, le jeu d’amour en poésie arabo-persane au VIIIème siècle, est une dramatisation qui crée l’espace d’une civilité tolérante au sein de la société patriarcale, face à la Loi et aux interdits. C’est un mouvement qui, partant du Hédjâz, a parcouru le monde, traversé aussi bien la poésie persane après l’islam que la poésie occidentale à travers l’Espagne, pour devenir l’amour courtois. Le jeu d’amour par poésie se propage partout en Méditerranée, prend diverses formes et civilise le monde. Aujourd’hui, il lutte contre la barbarie. Dans cette perspective, Denis de Rougemont a beau considérer la chanson et le cinéma comme des formes putréfiées de l’amour, qu’il fige dans la mythologie celtique et la symbolique Cathare, la chanson et le cinéma perpétuent la tradition de l’éternel jeu d’amour.

 

Aujourd’hui encore, en Iran, le Divâne de Hâfèz est plus populaire que le Coran ; il est consulté pour tirer les augures. Hâfèz ouvre le moment littéraire de toute fête de famille.

 

Ainsi, les incantations magiques des temps très anciens se sont transformées en aspiration à la civilité à partir de la cité, ont porté la quête d’autres rapports humains à partir de l’imaginaire.

 

Le joueur de mots – Magie-image, image-magie… anagrammes de l’amour!

 

Le deuxième contestataire – L’imaginaire des orientalistes ? Dans leur fantasmagorie théocratique, ils tentent constamment de retourner en arrière, de figer la poésie et les autres manifestations culturelles des pays à l’est de l’Europe dans des incantations magico-religieuses. Leur tentative est de compenser symboliquement l’effacement de l’Eglise à partir de la révolution française pour se tailler une religion !

 

Optant pour un orientalisme traditionaliste poussiéreux, DFCH propose une exégèse fondée sur les préceptes mystico-théocratiques ; son tour de main burlesque pour l’emploi abusif de la majuscule vient de sa servilité vis-à-vis du Saint-Esprit, au détriment de la sensibilité poétique ! Il est insensible au jeu d’amour. Dans son gros ouvrage, vous ne trouvez pas une seule allusion à Goethe, qui, fasciné par Hâfèz, a composé un Divân en hommage au grand poète d’amour de l’Iran.

 

Le joueur de mots – DFCH procède par s(téréoty)piritualisation quand il ignore totalement Goethe: il ne tolère pas que, dans son ouverture d’esprit, Goethe ait défendu le Hâfèz-poète amoureux dans le faux débat : était-il mystique ou lyrique? Goethe perd sa pas-science et insulte avec les mots de Hâfèz lui-même, les erre-u-dits comme DFCH. Voici le «mystère manifeste» de Goethe, un poème de son Divân, traduit en français par Henri Lichtenberger:

 

MYSTÈRE MANIFESTE

 

«Ils t’ont, saint Hafiz,

«Nommé la langue mystique,

«Et ces experts de la Parole

«N’ont rien compris à ta parole.

«Ils te nomment mystique

«Parce qu’ils croient lire en toi leurs sottises

«Et distribuent en ton nom

«Leur vin impur.

«Mais toi, tu es mystiquement pur

«Parce qu’ils ne te comprennent pas,

«Toi qui, sans être dévot, fus bienheureux !

«C’est ce qu’ils refusent de t’accorder.»

 

Troisième contestataire – Hâfèz joue certes avec l’équivoque et les niveaux de significations ; ainsi, yâr désigne d’abord la bien-aimée, il peut ensuite désigner le prince auquel s’adresse le panégyriste. DFCH fait de yâr le «Compagnon», le convertit en une notion abstraite qui totalise et «l’Aimé» et le prince et l’«Ami». Par ses abus, DFCH évacue ainsi l’amour de la poésie hâfézienne ; son intention est d’affirmer l’omniprésence divine.

 

Ignorant la beauté universelle de la poésie d’amour (alors que les recherches sur le sujet aujourd’hui ne manquent pas), figeant tout dans le traditionalisme, DFCH mérite de figurer de son vivant au Musée de Cire, à côté des momies égyptiennes !

 

Lourdoreil – Ma Robe de Mamie Péripatéticienne ! Mon Habit de Pantin en est donc Tissé ! Je ne le savais pas ! Merci du Renseignement !

 

Quatrième contestataire – Comment oser faire de Hâfèz un curé, un piéteur de piété ?! Un dévoteur, un dévot à l’image de ceux que Hâfèz lui-même dénonce ?!

 

«Ne répands tes baisers, Hâfèz, que sur les lèvres de l’amante et de la coupe ;

«Il est absurde de les déposer sur la main des marchands de dévotion !»

 

Lourdoreil. Le sourcil horizontal – Ce que vous dites, je ne le comprends pas. Ça ne m’intéresse d’ailleurs pas ! Mais voici la Traduction que j’ai proposée pour Ce vers:

 

«Hâfèz, ne baise que les lèvres de l’Aimé et de la Coupe de vin :

«baiser la main des vendeurs d’ascèse est une faute!»

 

Le joueur de mots – C’est bien une faute! Une énorme «faute» de prétendre «baiser les lèvres de l’Aimé» ! Une grosse connerie, même !

 

Le quatrième contestataire – L’esprit clérical de DFCH le conduit ici à traduire khatâ, «erreur», par «faute», tirant ainsi le sens vers la culpabilité et le péché !

 

Lourdoreil. Le sourcil vertical – Grave Accusation! Les Fonds Iraniens n’ont pas grossi la Comptabilité de mon Archevêché !

 

Un historien collectionneur de poèmes définitivement perdus – DFCH ne comprend pas qu’au XIVème siècle, le peuple iranien avait une vision apocalyptique ; c’était la fin du monde, on attendait l’avènement du Mahdi, le Douzième imam; les révoltes paysannes et citadines étaient fréquentes ; Hâfèz vivait dans un Chirâz relativement libéré, dans un univers instable. DFCH a certainement lu chez Ibn Battûta que les femmes étaient très présentes dans la ville.

 

«Ah ! Ces tziganes séductrices, malicieuses et amusantes, agitent de leur beauté la ville !», dit Hâfèz.

 

DFCH a certainement lu combien Chirâz aimait le vin, et prenait plaisir aux rencontres dans les jardins ! Il a certainement lu que le rèndi, libertinage-défi au pouvoir et aux religieux y avait droit de cité ; il sait que, dans les rues, hommes et femmes se permettaient des jeux de regard et de séduction. Il n’ignore certainement pas l’importance du premier regard dans la finamor ! Mais, voilà ! Il déforme la grande occurrence chez Hâfèz du polysémique nazar, «regard», mais aussi «opinion» et «thèse», au profit du code de l’érudition en interprétant, après son maître Henry Corbin, nazar-bâzi, «jeu de regard», uniquement comme regard de l’expert, de l’érudit, du théosophe.

 

A vrai dire, DFCH adopte une vision surannée de l’histoire, alors que les sources pour saisir plus ou moins précisément le contexte historique du temps de Hâfèz ne manquent pas. Il se proclame adepte de «l’histoire événementielle», afin d’évacuer tout savoir historique et littéraire qui pourrait rendre plus intelligible la poésie d’amour de Hâfèz. Sa page d’histoire est en fait digne de tests scolaires : quelques dates, quelques noms de princes, un arbre généalogique des Turcs et des Mongols même – peut-être désire-t-il affirmer son ascendance, dès lors qu’il entend massacrer Hâfèz ! DFCH n’a pas entendu parler de la critique de «l’histoire évènementielle»!

 

Lourdoreil. Le sourcil rond – Quoi ! Mes Commentaires ne sont que des Déboires Pénitentiels ?!

 

Lhistorien collectionneur – Que de choses n’apprend-on pas chez DFCH ! Voyez page 561 :

 

«Aujourd’hui mon Turc assassin de Ses amants est sorti ivre»

 

Qui savait que Dieu est un ivrogne, un «Turc assassin de ses amants» ?! Théosophie bigote qui déguise Dieu de mille façons et change systématiquement le vin en eau bénite ! Hâfèz ne manque certes pas de le faire par ironie provocatrice ; il change le gourou soufi en maître de cabaret et le vin en eau de paradis. L’exégète a-t-il pour autant le droit de convertir l’ironie hâfézienne en symbolisme clérical? N’est-ce pas idiotie ?

 

Lourdoreil. Le sourcil carré – Comment, donc ! Suis-je dans l’Enfer de l’Orthodoxie ?!

 

Lhistorien collectionneur – DFCH récidive d’ailleurs, lisez p.325 :

 

«Ce Turc au visage de péri qui nous a quittés la nuit dernière,

«quelle faute a-t-il vue ? Il est parti par erreur !»

 

Dans cette traduction malhabile, DFCH déforme le nous d’auteur et remplace l’énonciateur-amoureux par un nous pluriel ; il traduit par un simple «quitter» là où Hâfèz dit explicitement «quitter nos bras» ; si l’objet était de rendre la plainte de l’amoureux qu’expriment les mots de Hâfèz, une transposition eût été plus souhaitable :

 

«Notre belle bien-aimée a quitté nos bras hier soir ;

«Qu’avons-nous fait pour mériter un tel sort ?»

 

Lourdoreil. Le sourcil en ovale – Non ! Je n’ai pas tort ! Et je n’ai jamais écrit de travers !

 

Lhistorien collectionneur – DFCH commet en effet cette bêtise très commune chez les orientalistes : il ne tient pas compte du contexte des mots. Comme ses pairs il ignore que Hâfèz recourt souvent à la métonymie pour parler de la bien-aimée et que la traduction mécanique du premier niveau de signification ne passe pas dans la langue d’arrivée. Il est comme le cancre qui, le jour de l’examen, flatte l’examinateur et pompe de mauvaises réponses sur son voisin!

 

Lourdoreil. Le sourcil en point de suspension – Serais-je le Champion de l’Eloquence au Monastère des Sarrasins ? Allez, continuez, ne vous Gênez pas !

 

Un diplomate jamais nommé en poste. Sadressant à lhistorien – Et pour cause, Monsieur ! Et pour cause ! Voyez comment, au temps du chah, en lexicographe obsessif, DFCH brillait tout au long de ses interminables inventaires de La description de la nature dans la poésie lyrique persane du XIème siècle (1969), et comment aujourd’hui, il s’est mis en ménage avec le régime des mollahs ! «Un spirituel en Perse» ? DFCH-l’enturbanné ! Le régime iranien en a fait l’ambassadeur du gouvernement du docte à l’étranger, il organise des journées d’hommage à de Fouchécour, il l’a promu cerveau de son lobby de «chercheurs» quasi-cléricaux en littérature persane, dans le retour triomphal du traditionalisme ! Parcours fascinant !

 

Lourdoreil, tout fier – Oui, j’ai Voyagé plusieurs fois en Iran. J’y suis très bien Accueilli. Pourquoi ?

 

Le diplomate jamais nommé en poste – Nombreuses sont ces girouettes – surtout iraniennes – qui tentent, en tournant leur veste, de survivre dans le fascisme de la République islamique. Hier encore, sous le chah, intellectuels avant-gardistes super-occidentalisés, aujourd’hui ils sont devenus «pieux, dévots et prélats», comme disait ‘Obèyde Zâkâni, le grand satirique, compagnon de route de Hâfèz, dans Du Chat et de la souris. Pour mieux attirer et dévorer les souris, le chat pleure d’avoir péché en les mangeant, et promet d’être désormais un saint chat !

 

Le joueur de mots – Ou chah !

 

Lourdoreil – Mensonge ! Je n’ai fait aucune Allusion à Sacha Oucha ! Qui est- celui-là ?

 

Le diplomate – Ces girouettes évoquent la misère des intellectuels sous l’oppression nazie ! D’ailleurs cette affaire d’un Dieu turc assassin m’inquiète. Elle pourrait fournir aux Américains le prétexte pour manigancer une guerre entre la Turquie et l’Iran, parce qu’un poète iranien a insulté les Turcs !

 

Le joueur de mots – L’ayatollâh de Fouchécour fait timbrer sa feuille de service par le Gouvernement du docte, il est le Pôle d’imitation des orientalistes novices, chef de file des nains bigots, Père des nonnes biga …, etc., etc.

 

Monsieur C(N)RS, alias DFCH, du fil de sa hache prétend que Hâfèz, poète, vit dans la «Cité de l’amour». Platon n’aurait pas aimé ! Les poètes étaient exclus de la Cité plat-tonique. Le fondateur du plat-oni(ri)sme préférait, dit-on, les pédo-bordélophiles !

 

Lourdoreil. Le sourcil en forme de point d’interrogation – Que je sois l’un d’Eux passe encore, mais de là à être Puéril. Je vous laisse faire la Réponse !

 

Un mysticiste myope, réveillé par le bruit, éternuant – Oui ! Hum ! Atchoum ! Les mystiques musulmans, renversant le jeu d’amour arabo-persan, font tout pour associer le sacré au désir profane, et exprimer l’érotique dans le pathétique. Autrement dit, ils retournent aux très anciens procédés chamanistes. DFCH joue l’eunuque ! Il ramène systématiquement éros à agapè !

 

Lourdoreil – Pour tout vous dire, dans le ghazal 58 parmi d’autres, j’ai préféré employer carrément «Lui» plutôt que la bien-aimée :

 

«Je sais qu’Il passera sur notre délit, car Lui,

«s’Il ressemble à une péri, a le tempérament d’un ange.»

 

Comme vous le voyez, je suis plus innocent qu’UN Mésange !

 

Le mysticiste myope – Assis à l’envers sur le cheval de bataille spiritualiste, qui avance, qui recule ?

 

Par cette anacoluthe, j’entends que DFCH n’a pas pleinement pris en considération l’évolution du mysticisme. Au XIVe siècle, la beauté féminine était devenue un paradigme de la mystique iranienne, elle était symbole de la beauté divine.

 

Le joueur de mots – Goethe a bien saisi la caisse-tion : Hâfèz n’hésite pas à détourner le sens mystico-religieux et ramener le beau dit-vain en beauté féminine; pour cette raison, Goethe re-vendique la primauté de la vision du poète amoureux (à l’époque Goethe était d’ailleurs amoureux) ; dans les poèmes qu’il n’a pas voulu intégrer dans l’édition de son Divân, dans ses «pièces posthumes», il expli-cite :

 

«Ne pourrais-je pas user d’un symbole

«A mon gré,

«Puisque Dieu, dans les yeux de ma bien-aimée,

«Se donne lui-même en symbole ?»

 

Le mysticiste myope – DFCH reconnaît l’idée de la transcendance par la beauté féminine, mais chasse la femme de la poésie d’amour de Hâfèz ; avec elle, il chasse aussi, dirait-on, Adam du paradis, ce paradis dont Hâfèz, après Khayyâme, se moque si souvent !

 

Lourdoreil – Nom de Dieu! Je rétorque ! Dans mon Divân, au sujet du ghazal 246 de Hâfèz qui commence par : «Voici la Nuit de la Destinée, la Lettre de séparation est enroulée», vous lirez ceci : «C’est la Nuit heureuse par excellence, puisque, selon les exégètes, c’est la nuit où la révélation du Coran fut faite une première fois entièrement au prophète. Tout vœu fait en cette nuit sera exaucé !» Enfin, je ne sais plus ce que je dis. Ai-je dit que la poésie s’est dans mon Sahara fracassée ?

 

Le joueur de mots – Déformer un si beau poème d’amour ! Quelle hypocrisie dévote ! Le régime iranien devrait l’engager pour monter sur le manebar lors de la prière du vendredi !

 

Le mysticiste myope – DFCH ignore le tournant pris, au XIIe siècle, par la littérature persane à partir de Khayyâme justement, rénovateur du contre-courant mystique. Le courant mystique mortifiant le corps aveugle les orientalistes, platoniciens chatouilleux qui abusent du symbolisme soufi et interprètent toute la poésie persane au profit de la sainteté religieuse. Après d’autres, Sa’di, par exemple, prédécesseur de Hâfèz à Chirâz, tirait clairement le sentiment mystique vers la beauté féminine et l’amour profane.

 

Lourdoreil – Je ne suis pas un Sourd Mélomane !

 

Le mysticiste myope – La lecture de la longue introduction (72 pages) et des commentaires de DFCH, convainc des contradictions et incohérences du propos. Dans l’introduction, DFCH adopte une position spiritualiste cléricale ; dans les commentaires, au contact du poème, il se voit obligé de nuancer ses extrapolations abusives. Ceci dit, à chaque pas il tourne la poésie hâfézienne dans un sens théosophique.

 

Le joueur de mots. Lourdoreil, au paroxysme de l’émotion, lance sa hache en lair – Une visée néo-syphilitique, plutôt ! DFCH théocratise, grâce à de ça-vents détours, les expressions hâféziennes du désir. Par son jeu d’amour, Hâfèz transgresse les misères de l’existence dans la société où il vit. L’intention de DFCH est tout autre. On peut imaginer que dans sa mor(t)alisation cléricale DFCH serait même enclin à voir dans les films pornos de hautes manifestations de la spiritualité !

 

Le mysticiste myope – Dans son Divân, DFCH fait de l’objet d’amour une instance masculine : «l’Aimé», ou encore «le Bien-Aimé»; c’est la chose la plus grave. Nullement en reste avec les majuscules, il écrit en outre : «Ses lèvres», «Ses cheveux», «Ses boucles», «Sa taille», etc., figeant ainsi Hâfez dans un symbolisme théocratique. Abus à faire éternuer tout lecteur.

 

Lourdoreil. Le sourcil en point dexclamation – Comment je ne tiens pas compte de tous les Vecteurs ?!

 

Le joueur de mots – Tous les matins, DFCH-le-Déformateur répond au bonjour de sa concierge par : «Bonjour, Monsieur !»

 

Lourdoreil – C’est vrai ! Ma Démarche est, à travers Hâfèz, de regarder les Cieux !

 

Le mysticiste myope – Par exemple, dans un qazal où, en songe, l’amante vient au chevet de l’amant, DFCH, ignorant le contexte, choisit «Il», avec majuscule, au lieu de «elle», l’amante (p. 159, sq.), ce qui crée la confusion. DFCH se fourvoie d’ailleurs ainsi dans une impasse ; dans le même poème, quelques vers plus loin, lorsqu’il est question de Dieu, il se doit d’employer encore une fois le pronom «Lui», avec majuscule. Dans cette confusion déformante, la bien-aimée de la poésie d’amour s’efface tendanciellement chez DFCH au profit de l’instance divine.

 

On ne sait plus à quoi s’en tenir. Que peut penser un simple lecteur de DFCH? Manifestement, notre tradutore-comentatore-traditore, théocrate androcentrique, est frappé de majusculite aiguë !

 

Lourdoreil – Me voici à présent en Salvatore Retapé, en Néophyte imbu d’idées saugrenues ! Quoi encore ?

 

Le mysticiste myope – N’en déplaise aux spiritualistes «saugrenus», l’amour mystique est fondamentalement ambigu. J’en éternue ! On dirait que Mon … (il éternue) … que Mon … Atchoum !  que Mon… sieur de Fouchécour ignore – est-ce une ruse? – la généralité universelle de la mystique. Pour plaire aux mollahs, il fait mine de méconnaître la simple différence entre affection mystique et mysticisme spéculatif ! Il reprend un très vieux truc de l’Église catholique dans la récupération de l’amour courtois !

 

Confondre la religiosité poétique de Hâfèz avec la dévotion mystico-cléricale ! Hâfèz exprime des sentiments mystiques, de là il fait le pont entre profane et sacré ; il n’est pas mysticiste pour autant … Myope non plus, d’ailleurs ! Il éternuerait certainement en lisant DFCH !

 

Lourdoreil. Le sourcil agité comme une mouche – Je proteste ! Non Monsieur ! Au contraire de l’auteur de cette bouffonnerie, mes mots, je ne les remâche pas !

 

Un observateur parfois attentif – DFCH légitime son interprétation en s’appuyant sur un mystique du XIVème siècle, Chabestari ! Quel recul par rapport aux horizons de la recherche contemporaine !

 

A vrai dire, dans sa chasteté savante, DFCH fonde son interprétation sur quelques études traditionalistes. Exemple significatif : des travaux encyclopédiques de Mohammade Mo’ine il ne retient que le versant mystique, au détriment des autres dimensions que Mo’ine souligne. Il ignore même le chapitre de cet auteur sur les atrocités mongoles. Ne parle guère des dénonciations de ‘Obèyde Zâkâni dans son histoire de l’Iran. Il cite de façon anodine un titre de Zâkâni : Du Chat et de la Souris. Il parle d’autres sources encore, sans tenir compte de ce qu’elles impliquent de savoirs et de méthodes pour mieux connaître Hâfèz. Par exemple, il fait allusion à ‘Abd-ol-Hossèyne Zarrine-Koube pour s’en moquer explicitement. Alors que ce chercheur qui a modernisé les études littéraires iraniennes, a tenté de replacer au cours de plus d’une étude la vie et la poésie de Hâfèz dans le contexte social et politique de Chirâz au XIVème siècle.

C’est étonnant que DFCH ignore même l’avis des chercheurs de l’Encyclopédie de l’Islam (voyez l’article d’Angelika Hartmann sur Mo’ine). A son époque Hâfèz était apprécié pour être un poète «libre-penseur», il avait été accusé d’hérésie.

Ainsi, l’exégèse de DFCH est tout imbibée du code de pureté ecclésiastique, ancrée dans le code de l’érudition, arrosée de sauce théocratique ! On se demande si son pédantisme ne compense pas l’impotence dont il fait montre dans ses interprétations !

 

Lourdoreil – Extraordinaire ! Telle serait Ma Renommée : faire passer des Odeurs Pestilentielles dans mes Nobles Expressions !

 

Un couple de touristes. Ils se sont trompés dadresse, ils voulaient aller au Musée dOrsay ! – L’étude du milieu et de la place exacte des choses, it’s very important ! Il s’est trompa de place ? That’s right ?

 

Une littéraire sensible au concret – DFCH est un braconnier qui a mis des années pour enfermer un fauve dans une cage et qui, observant le mouvement protestataire de la queue du félin, la prend pour le fouet de l’ordre divin !

 

Il ne comprend ni le mouvement poly-thématique des qazals de Hâfèz, ni sa conception du temps, ni son déchirement ; il procède par jugements de valeur, adopte l’allure prescriptiviste et moraliste des traditionalistes. En fonctionnaire acharné de l’orientalisme, il ramène les poèmes de Hâfèz à un «texte». Les différents types de poèmes – du purement lyrique aux images empruntées à la mystique, procédé lyrique vieux d’un siècle à l’époque de Hâfèz – sont décolorés au profit de l’intertextualité mysticiste …

 

Le joueur de mots – Encore le «texte», toujours le «texte», dirait Edward Saïd !

 

La littéraire sensible au concret – Par souci de cohérence textuelle, DFCH remodèle les cinquante ans de la vie poétique de Hâfèz, prise dans un réseau social et politique miné de contradictions et conflits, avec ses hauts et ses bas, et dans la mémoire collective tourmentée des atrocités mongoles. Hâfèz chante autant son amour que son chagrin, autant ses doutes que son malheur d’être. Monsieur de Fouchécour, que sait-il du malheur d’aimer ?

 

Lourdoreil. Sourcil en forme de deux points – N’avez-vous donc pas lu ma traduction du ghazal 465 ?

 

«Je suis passionné de Toi, Bien-Aimé, et je sais que Tu le sais,

«car aussi bien Tu vois ce qui ne se voit et Tu lis ce qui n’est pas écrit.»

 

La littéraire sensible au concret – Vous avez vraiment du culot, Monsieur ! Manifestement, vous ne connaissez rien aux procédés de traduction que propose André Miquel pour la poésie arabe. Le qazal 465 de Hâfèz développe des images de désir ; vous les théosophisez ; à deux reprises, vous êtes donc obligé de demander à Dieu de faire en sorte que Dieu soit clément ! Vous ridiculisez Hâfèz, vous ne soupçonnez même pas que le procédé esthétique par excellence chez Hâfèz, est l’amplification thématique !

 

Un chercheur bavard – DFCH assortit sa diarrhée verbale de lieux communs ; ainsi, dit-il, «les distiques [de Hâfèz] sont les perles d’un collier». Sans doute, mais il n’approfondit nullement l’esthétique de la discontinuité dans les qazals hâféziens, ne questionne pas le sens de cette discontinuité qui, dès le début, a existé dans la poésie d’amour arabo-persane ; il ne paraît même pas comprendre que la discontinuité dans la continuité du poème hâfézien renvoie aux déchirements de la vie du poète ; Hâfèz est prisonnier de contraintes, celles avant tout de son statut de poète de cour dont il n’est pas fier, dans un Chirâz qui conteste le pouvoir des occupants turcs et mongols, et se tient à distance de puissants qui le rejettent. A l’époque, le peuple iranien ne supporte pas que les paysans soient des serfs, attachés à la terre, que les artisans soient condamnés aux travaux forcés dans les ateliers d’Etat.

 

Lourdoreil. Le sourcil en virgule – Qu’est-ce que c’est ?! J’ai camouflé ma Lésine d’Harpagon dans le Tas ?!

 

Le chercheur bavard – Hâfèz est aussi déchiré par son statut de hâfèz, c’est-à-dire de «récitant, gardien du Coran». Plus d’une fois il déclare que l’amour a dérobé son cœur et l’a libéré d’une éducation religieuse :

 

«De tes sourcils noirs, tu as fait mille percées dans ma religion ;

«Viens, pour que de ton regard passionné, je soulage mes mille douleurs !»

 

Et ailleurs:

 

«Celle qui a appris à Hâfèz son style dans le qazal,

«C’est sa douce amante aux paroles rares !»

 

Lourdoreil – Loin de moi d’être d’amour avare !

 

Le chercheur bavard – Les hâfézologiens, orientalistes et parents proches des théologiens, sont nominalistes, ils s’accrochent au surnom que s’est choisi Chamse ed-Dine Mohammade dans sa poésie. Alors que tout l’effort de Hâfèz est de se dégager de sa formation, de ne s’appuyer que sur la partie poétique et clémente du Coran ; en un mot, Hâfez a tenté de se libérer par le jeu d’amour, à une époque où religion et mysticisme tombent en désuétude ; Hâfèz les dénonce constamment. DFCH oublie que hâfèz signifie aussi «chanteur de poèmes d’amour», que qazal signifie dabord chanson d’amour et poème destiné à la musique. Et, fait très significatif, il est incapable de tenir compte du rapport étymologique et connotatif entre hâfèz et hâfézè, «mémoire» !

 

Lourdoreil. Le sourcil en clé de fa – Je n’ai pas appris de vous mes Tours Magiques et Mes Déboires !

 

Le joueur de mots – C’est le boire qu’il convertit en dé-boire !

 

Le chercheur bavard – Dans sa traduction et ses commentaires, DFCH se montre tellement nominaliste qu’allant au théâtre, il prendrait le poulailler pour la demeure suprême du DieuCoq, parce qu’amphithéâtre supérieur ! Hâfèz part de la poésie profane persane. DFCH l’a étudiée à propos des lyriques persans du XIème siècle, mais il a oublié !

 

Lourdoreil. Trébuchant, sa hache tombe. Il la ramasse aussitôt – Comment ? Quand fus-je Répudié ?

 

Le joueur de mots – Monsieur Alzheimeurt a certainement fauché la mémoire de Monsieur Fauché-court !

 

Le chercheur bavard – Il ne saisit pas dans le poème hâfézien la variation thématique dans un sens analogue aux variations musicales des musiciens iraniens. Remarquez que l’amplification sonore et rythmique est un très vieux procédé en poésie ; il est constaté au moins dès le troisième siècle dans la poésie arabe, perpétuée dans la tradition poétique après l’islam ; Hâfèz était un grand connaisseur de l’ensemble de la poésie arabo-persane et de ses architectures sonores. DFCH ne voit pas que Hâfèz crée constamment, comme en musique, des effets d’amplification, divers types d’amplification ; il se révèle incapable de saisir la démarche esthétique du poète. Comme les autres hâfézologiens, il ne comprend pas que Hâfèz est la mémoire, hâfézè, de la poésie persane, la mémoire de la poésie d’amour persane, située au cœur d’une culture qui résiste et combat depuis des millénaires despotisme et bigotisme !

 

Lourdoreil – Que racontez-vous ? Je ne confonds tout de même pas Sexisme et Erotisme !

 

Le chercheur bavard – Il occulte en fait les doutes métaphysiques du poète, se cache à lui-même d’être en présence d’un dissident parfois triste, révolté, désemparé, qui cherche dans l’amour profane le dépassement du monde où il est pris :

 

«Le jour où je fus à la fontaine de l’amour pour en faire l’eau lustrale de la prière,

«J’ai su comment renier tout ce qui existe !»

 

Lourdoreil – Voilà qu’on m’accuse d’être Marxiste ! Mon Vieux Compagnon, le Gros Flic Poilu, Ici présent, peut pourtant Témoigner combien depuis toujours je me suis Méfié de toute Subversion Utopique !

 

(Le gros flic poilu accélère ses va et vient sur la scène, photographie les intervenants, prend des notes, envoie des SMS, des SOS, en somme des SMOS)

 

Le chercheur bavard – Comme la plupart des chercheurs habitués à renvoyer tout procédé esthétique à un ronronnement monolithique, DFCH doit absolument s’assurer chez Hâfèz d’une pensée unique ; il doit chercher à imposer la cohérence textuelle au monde hâfézien, et rejeter contradictions, incohérences, doutes … DFCH – ô combien a-poétique ! – n’y comprend rien, verse dans une incohérence et une contradiction inadmissibles ! Surtout, il doit gommer la désarticulation, la rupture déchirante entre la poésie hâfézienne et les choses : pouvoir, religion, Loi, tartufferie des soufis de son temps, complices des occupants, spiritualité malade de l’époque qui évoque la spiritualité à l’agonie, de nos jours !

 

DFCH est, parmi d’autres, un curé égaré mais bien intentionné qui prêche des vœux poussiéreux !

 

Lourdoreil. Sursautant, lançant sa grosse hache en lair – A votre abjection impie, j’oppose 1272 pages de litanie !

 

Le chercheur bavard – De l’actualité de Hâfèz, il n’est pas question chez de Fouchécour. Encore moins de la place du poète dans la poésie-monde ; dans l’esthétique universelle des gestes poétiques. Saisir la poésie hâfézienne dans son esthétique est le dernier des soucis de DFCH, absorbé par une explication de texte destinée à ses apprentis-orientalistes !

 

On croirait un mollah de Qom, assis par terre et faisant des sermons aux novices de l’une de ces écoles religieuses, qui prolifèrent sous le régime islamique. DFCH ignore-t-il que les jeunes iraniens, parfois même de jeunes clercs, critiquent les délires des curés agents de l’Etat, les fuient comme la peste ?

 

Lourdoreil – Prétendez-vous que j’ai écrit mes pieux commentaires pendant la sieste ?

 

Le chercheur de plus en plus bavard – Observons les traductions et commentaires de DFCH. Il les oriente d’abord de façon à privilégier un point de vue théocratique, versant souvent dans l’incohérence stylistique, par mélange de registres. Il choisit assez couramment le langage utilitaire, voire une oralité frôlant la platitude, comme s’il voulait à dessein étouffer tout effet poétique chez Hâfèz. Voyez le qazal présenté aux pages 503-505 :

 

«1. Qui vit dans l’intimité du cœur, demeure au sanctuaire [registre théocratique] du Compagnon [majuscule injustifiable; il sagit en outre ici de yâr…].»

«Qui ignore cela [oralité], persiste à le contester [traduction incorrecte].

 

«2. Si notre cœur se mit à détonner, ne le lui reproche pas !

«Grâces soient à Dieu ! il n’est pas resté sous un voile de fatuité [changement de registre].

 

«3. Les soufis ont repris leurs effets mis en gage pour du vin,

«Notre froc, lui, demeura chez le marchand de vin.

 

«4. Les autres hommes [traduction déformante] vêtus de bure passèrent, ivres, c’est tout [expression familière incongrue].

«Telle est notre histoire, qui demeure à tous les coins du bazar !

 

«5. J’eus un froc, il voilait cent défauts cachés.

«la bure fut mise en gage pour Vin et Ménestrel, me resta la ceinture de chrétien [traduction mécanique de la métonymie].

 

«6. Tout Vin rubis que je saisis de Cette main de cristal,

«devint Eau de Tristesse [abus de majuscules], et resta dans les yeux versant leurs perles.»

 

«7. Sauf mon cœur qui partit en amant de la prééternité à la postéternité [deux registres],

«jamais nous n’avons ouï-dire que quelqu’un ait persévéré [tournure compliquée].»

 

Le commentaire idéologiquement stéréotypé, trivial et incohérent des vers (bèyte) 3 et 4 révèle bien la contradiction et l’impasse dans laquelle s’est placé Fouchécour-le-Mollâh ; son regard est insensible au vécu, à la situation dont Hâfèz est prisonnier : désemparé par l’angoisse et le délaissement, déçu des soufis et de leur amour pour Dieu :

 

«L’opposition est entre le vin ordinaire que boivent en cachette les soufis hypocrites et le Vin d’amour du vrai «Marchand de vin», l’Aimé du poète. Le beyt 4 montre d’autres hommes que les soufis du beyt 3. Comme ceux-ci, ils sont vêtus d’une bure, ils passent «ivres» et ne font que cela. Mais Dieu sait si l’on parle d’eux ! Hâfèz se compte parmi eux.»

 

Le joueur de motsAllâh-o-akbar ! Quel perversorientalisme !

 

Le chercheur bavard. Reprenant sa logorrhée – DFCH est insensible à la situation du poète. Hâfèz dit, dans le poème que je viens de citer, la différence entre le sentiment d’un amoureux et le discours des soufis. Derrière ce discours se cachent des pratiques louches, les rentes empochées grâce à la complicité avec les pouvoirs turcs et mongols ; Hâfèz se dit désemparé, angoissé, délaissé, dégoûté de l’hypocrisie des mystiques de son temps, de leurs sophistications spéculatives ; il dit ailleurs plus explicitement :

 

«Dans ce monde, les uns bluffent avec la raison, les autres tissent des délires mystiques !

«Viens ! Portons ces pensées et croyances devant l’arbitre de l’univers !

«Si tu cherches le paradisiaque Eden, viens avec nous à la taverne ;

«C’est de là que, près des tonneaux, nous te conduirons vers la fontaine du Paradis !»

 

Je signale que DFCH traduit tâmâte, «délires mystiques», par «paroles extravagantes», certainement pour ne pas créer une contradiction dans l’appareil idéologique mysticiste mis en place pour sa lecture de Hâfèz ! De telles acrobaties sont fréquentes dans ses traductions !

 

Lourdoreil – Dans mon commentaire des vers cités, j’ai préféré dire : «qu’au jugement dernier soit porté devant le Juge le différend qui oppose l’amant et les autres, les rationalistes et les faux spirituels». En effet, je considère qu’il est opportun de faire de Hâfèz le véritable hâfèz-«conteur du Coran» !

 

Un éminent linguiste. Cousin germain des orientalistes, et auteur de cinquante-trois ouvrages sur limportance de la virgule dans lœuvre dIbn Battûta – C’est vrai, DFCH a la nostalgie du ronronnement mysticiste. Quant à l’aphorisme ironique de Hâfèz, il en dilate la syntaxe. Il confond en outre – ce n’est pas la première fois – l’instance énonciative et les autres déictiques, pour les noyer cette fois dans le mysticisme mortifiant, tarte à la crème des soufis :

 

«Enfin, il y a «soi», référence au sujet en tant que son centre d’appropriation, cette «troisième personne» du «je», qui est l’obstacle au pur amour» (p.14).

 

Le joueur de mots – Dans sa bouche, l’amour, c’est la mo(u)rt !

 

Léminent linguiste et intarissable bavard – Le statut que DFCH prête à l’énonciateur est plus protocolaire que poétique ; il reproduit le protocole du code de l’érudition, par un discours dogmatique.

 

Lourdoreil. Le sourcil en forme de N – Non, Monsieur, vous vous Trompez ! Je ne suis ni Cynique ni Enclin à la Perdition !

 

Un partisan scandalisé de DFCH – Il a pensé au grand public français !

 

Léminent linguiste plus scandalisé encore – Comment donc ! Le « grand public français » est-il imbécile? N’est-ce pas condescendance de la part de DFCH ? Ou bien, est-ce son ralliement à la société de l’aliénation programmée télévisuelle ?

 

Une chose est sûre. DFCH paraît avoir acquis une certitude absolue quant au «Comment peut-on être Persan» !

 

Le joueur de mots – Persan ou perd-sang !

 

Lourdoreil. Le sourcil tombant – A présent mon Livre est bien pesant !

 

Un autre novice de la paroisse de Notre Seigneur de Fouchécour. Aussi gros que le gros flic travesti, portant comme lui des moustaches proto-hitlériennes style XIXème siècle, fort probablement son frère jumeau – Vous ne pouvez vous moquer ! Un si grand travail, un si grand chercheur ! Un effort monumental, colossal, fondamental, phénoménal, extraordinal et autres al-s ! Notre Seigneur de Fouchécour y a passé des années! Vous parlez par jalousie !

 

Lourdoreil – Quoi ! j’ai été Désigné Ambassadeur par Sarkozy ?

 

Le plus bavard des contestataires – C’est vrai. 16 ans de travail, selon l’auteur lui-même. Problème, le résultat final : la tentative d’étouffer Hâfèz dans le discours mysticiste. La seule bonne petite phrase de ces 1272 pages, se trouve dans l’introduction : «un ghazal est une coupe de vin qui enivre». Mais DFCH passe immédiatement à la discussion : Hâfèz buvait-il ou ne buvait-il pas?

 

Un Iranien exilé. Réfugié à la biblio-four-militaire des Langues-ZOO – Ça pue l’interrogatoire pâsdârâne !

 

Le touriste égaré – Boire or not Boire, this is the Inquisition !

 

Lourdoreil. Le Sourcil dressé – Oh Diable ! Ils tiennent mes plus Profondes Interrogations pour une simple Procédure de Perquisition ! Suis-je huissier ?

 

L’iranien exilé – Je me demande combien de temps DFCH a mis pour établir l’index des poèmes hâféziens où figure le mot «vin», présent dans la quasi-totalité de ses qazals ! DFCH consacre deux pages de son index thématique à ce mot, autant au mot «amour», etc. Pour ne pas parler d’autres inutilités de ses 1272 pages !

 

L’éminent linguiste. Poursuivant son bavardage – DFCH recourt systématiquement à la majuscule qui n’existe pas en persan. C’est un jeu orientaliste habituel de conceptualisation. Curieusement, il ne transcrit ni le mot amour ni le mot amant avec majuscule ; que signifie cette abstinence exceptionnelle ? Voudrait-il, par équivoque, garder un pied hors de son discours mysticiste réducteur ? Voudrait-il insinuer qu’il n’existe d’amour que pour Dieu ? Ou encore parce que des emplois métonymiques de Hâfèz, je dirais même trans-sémiques, comme sâqar, sâqi, «échanson», tork, «Turc», lui font problème et en conséquence, il les réduit arbitrairement à l’«Ami»? De toutes les manières, son jeu est faux ! Chez Hâfèz, le jeu d’amour est très lié au concret, à l’extase du vin, à l’espace de l’ivresse (la taverne), à tout ce qui est anti-religieux.

 

Lourdoreil – Oui, c’est vrai ; à l’égard des fabricants de la Chari’ate, je ne le cache pas, j’ai été élogieux !

 

Une chercheuse irritée. Sadressant au novice de la paroisse de Notre Seigneur de Fouchécour – Vous vous trompez ! Hâfèz n’est la propriété de personne. La portée universelle de sa poésie, son regard multidimensionnel qui rappelle le diamant, ne permettent aucune monopolisation interprétative. De plus, je ne doute pas des bonnes intentions de l’énorme travail de Monsieur de Fouchécour. Mais cet effort immense est à la mesure de l’amitié d’un ours!

 

Bien que le chercheur domine parfaitement le persan littéraire, il a opté pour une traduction souvent mécanique et déformante ; il gâche tout en s’acharnant à théocratiser la poésie hâfézienne. La poésie d’amour de Hâfèz, chez les hâfézologiens, est l’occasion de rattacher à tout prix le poète à une école ou secte mystique. Ils veulent exhiber leur érudition ! Monsieur de Fouchécour ne loupe pas la stéréotypie orientaliste.

 

Lourdoreil – Mon Gros Flic ! Mon Bon Ami ! Ils m’accusent d’être Fataliste !

 

Le joueur de mots – Jack le fataliste, dit le Ripper !

 

Lourdoreil – Non, je n’ai pas Peur ! De quoi m’Accusez-vous, enfin ? Expliquez-vous au moins !

 

La chercheuse irritée – On ne massacre pas si facilement Hâfèz ! Il cherche à percer le secret du désir-imaginaire ; cette recherche explique la multitude des images poétiques de l’amour. C’est fascinant ! Monsieur de Fouchécour comme d’autres orientalistes confusément, l’entrevoit, mais se garde d’approfondir. Commentant avec minutie, vers après vers, les qazals hâféziens, il n’est guère étonnant que le traducteur déclare : Hâfèz parle de l’amour «d’une même et constante intensité».

 

Lourdoreil – Vous mettez donc en Cause même ma Ténacité ?!

 

La chercheuse irritée – En réalité, les qazals hâféziens, aux accents ironiques et énigmatiques, parfois hamlétiens, expriment de multiples nuances : défi, contraste, désarroi, plainte (pour le cœur impitoyable d’une bien-aimée qui ne cède pas). Parfois le doute s’empare de lui face à l’instance divine :

 

«Les anges frappèrent hier soir à la porte de la taverne ;

«Ils firent de l’argile d’Adam, des coupes.

«Les habitants du royaume céleste, couverts du voile de la chasteté,

«Trinquèrent dans l’ivresse avec moi, ce mendiant des chemins !

«Le ciel fut incapable de porter sa lourde charge ;

«Je fus désigné, moi, le fou, de faire la besogne !

«Ne t’étonne pas alors de la guerre des soixante-douze pays :

«Comme ils n’ont pas saisi la vérité, ils choisirent la voie du mythe !»

«Je remercie Dieu pour la paix entre nous établie ;

«Les soufis, en dansant, trinquèrent par gratitude !

«Le feu n’est pas ce qui fait danser la flamme sur la bougie ;

«Le feu est ce dont furent frappées les ailes du papillon !

«Nul n’a su comme Hâfèz démasquer la pensée,

«Nul n’a pu comme lui peigner par la plume les boucles du langage !»

 

Il est certain qu’à l’ironie et l’humour, Monsieur de Fouchécour ne comprend rien ! Il n’est pas moins certain que dans son Divân, l’orientaliste de Fouchécour s’est largement inspiré du côté méprisant du Coran ; justement au sujet de ce poème, il commente :

 

«Bien sûr, ils [les anges] («le ciel», dit le texte, reprenant le terme du Coran) étaient incapables d’assumer la charge de «garder en dépôt» (amânat, terme repris du Coran, XXXIII, 72) l’amour confié par Dieu. «On tira au sort», lequel tomba sur ce pauvre fou de poète, c’est-à-dire Adam, façon de reprendre les mots du Coran, où il est dit que «l’Homme s’en est chargé, car il est injuste et ignorant de toute loi» (ibid.). Les anges étaient trop hauts, pas faits pour l’aventure de l’amour.» (p.514)

 

Décidément !! Mettre dans le même panier un grand artiste-poète amoureux et Adam ! C’est dégoûtant !

 

Lourdoreil – Je ne réfuterai pas un tel Eloge. C’est vrai, c’était très Difficile ; mais ma Corvée, je L’ai accomplie comme il faut, puisque vous dites que c’est Épatant !

 

La chercheuse irritée – Etonnant de voir qu’un chercheur parmi les plus scrupuleux ne soupçonne pas la dimension principale de la poésie persane : l’esthétique de l’instant poétique dans son éternel retour. Hâfèz porte l’esthétique de la poésie iranienne à son plus haut degré.

 

Quelle insensibilité de la part de Monsieur de Fouchécour ! Face à la poésie d’amour, comment ignorer la permanence du battement du cœur, le rythme constant de l’amour chez Hâfèz ? Monsieur de Fouchécour ne connaît-il pas les grands mythes amoureux arabo-persans, Lèyli et Madjnoune, Khosrow et Chirine, que Hâfèz lui-même rappelle dans ses qazals ? La chasteté affichée par Monsieur de Fouchécour est-elle à ce point aveugle ?

 

Liranien réfugié à la biblio-fourmilière des Langues-ZOO – Fouchécour me rappelle le persan mouche è kour, le «rat aveugle» ! Je suis frappé par son pédantisme parfois gratuit. Ainsi, il relie la vision de Hâfèz à n’importe quoi : «On reconnaît ici la pensée plotinienne régnant sur la philosophie médiévale» ! Autre exemple, Hâfèz se plaint de son hâl, de «ce qu’il éprouve», selon la traduction de Mouché Kour lui-même ; mais dans le commentaire qui suit la traduction, il tient à étaler son érudition : hâl, rappelle-t-il, est «un terme technique en spiritualité musulmane et en musique» !

 

Il prétend qu’ «en nous tous il y a de l’oriental», comme on dit banalement qu’il y a du fer dans le sang ; mais c’est là, de sa part un discours de façade pour dissimuler la douleur d’être qui habite la poésie de Hâfèz. Condescendant, DFCH nous fige en orientaloïdes musulmans. Qu’est-il lui-même? Un mammifère catholique ?

 

Lourdoreil. Le sourcil en forme de W – Il ne manquait plus que ça ! Je suis une mégère diabolique !!

 

Une spécialiste de lhistoire des religions, devenue athée – DFCH s’adonne à la redondance facile des séries noires de troisième catégorie ; comme les gribouilleurs qui tentent a posteriori de faire passer du charabia pour de la pensée, il écrit des phrases incolores ; comme celle-ci : «il lui a semblé [à Hâfèz] devoir mettre à son apogée le registre littéraire persan qui restait en son temps à parfaire» ; sans préciser de quelle manière et pourquoi ! L’ouvrage est souvent atonal ; comme s’il murmurait des prières musulmanes.

 

Lourdoreil – Combien de fois dois-je répéter que je déteste les mélomanes !

 

La spécialiste athée – DFCH traduit – allez savoir comment il traduit ! – : «Aux prétentieux ne livrez pas les secrets de l’amour et de l’ivresse» ; à la traduction de ce demi-vers de Hâfèz, il aurait dû comprendre qu’il valait mieux cesser définitivement son travail !

 

C’est une voix assourdie qui parle, presque au seuil de l’extinction, parfois par tautologie:

 

«Hâfez était habité par un secret resté secret à lui-même. L’un des aspects de ce secret fut le comportement de l’être aimé de lui. Cet être ne lui en a rien révélé et l’a beaucoup déconcerté (…) De la vie de Hâfez nous ne connaissons presque rien, il ne reste vraiment que son Divân».

 

Le joueur de mots – Quelle retenue clérico-bureaucratique !

 

La spécialiste athée – Manifestement, DFCH ne veut pas comprendre la vie de Hâfèz; il renie la subjectivité dans son existence.

 

Lourdoreil – Oseriez-vous voir en Moi un Pieux Porteur de Pestilence ?! Un P.P.P. ?! Un pauvre pépé peut-être ?!

 

La spécialiste athée – DFCH abuse, en outre, du genre. Il n’existe en persan, ni dans les sujets toniques, ni dans les accords, ce dont les orientalistes ont l’habitude de faire un usage immodéré. Il parle lui-même de ce phénomène linguistique en persan, mais pour justifier l’abus qu’il en fait !

 

Certains se demandent si l’absence du genre en persan ne renvoie pas à l’androcentrisme. Ce serait une interprétation eurocentrique ; les fonctions linguistiques ne sont que partiellement interprétables au niveau anthropologique.

 

De toutes façons, DFCH gâche ses traductions en abusant et abusant du genre non marqué. Ainsi, parfois il rend les vers hâféziens ridicules. Il brouille les cartes et confond tout chez Hâfèz : l’amour pour la femme aimée, l’amitié et l’affection du poète pour ses compagnons de banquet et son sentiment mystique poétique sont ramenés à l’amour pour l’«Aimé». Dans sa vision brouillée, DFCH n’hésite pas à créer un symbolisme incongru et à parler du duvet de Dieu ! Ainsi, page 796 :

 

«Mon amour du duvet musqué [de Ton visage] ne date pas d’aujourd’hui» !

 

Qui plus est, il désire coucher toute la nuit avec son Dieu (p. 237) :

 

«reposer jusqu’au jour avec Toi, c’est mon ardent désir» !

 

Chorale des Langues-ZOO. Soudain, de tous côtés apparaissent sur la scène les animaux sauvages et domestiques de la biblio-four-militaire des Langues-ZOO ; ils se mêlent aux lecteurs et protestataires pour chanter ; puis disparaissent aussi vite qu’ils sont venus. Le gros flic travesti danse devant eux :

 

– Qu’il est doux, doux, doux, le duvet de Dieu !

Son menton si mignon, Son sourcil si gentil, Son duvet laiteux !

 

Déformer les poèmes des grands troubadours ! Eh ! Parbleu ! C’est le tic des de Fouchécour !

 

La spécialiste athée – Dans le Divân de DFCH, la bigoterie induit une démarche illogique ; il traduit de travers ! Soit le poème hâfézien suivant, un qazal très émouvant, où le songe est devenu souvenir de la rencontre de l’amant avec sa yâr :

 

«Tu me regardais en cachette… Je me souviens…

«Et le signe de ta tendresse était visible sur mon visage.

«Même si tes yeux me tuaient de leurs reproches… Je me souviens…

«Le miracle de Jésus habitait tes lèvres douces.

«A l’aube, nous étions ivres, dans notre intimité… Je me souviens…

«Nous étions seuls, mon amante et moi, et Dieu était avec nous.

«Ta figure était la chandelle au banquet de musique… Je me souviens

«Et mon cœur brûlé n’était qu’un papillon audacieux.

«Dans ce banquet littéraire et créatif… Je me souviens…

«Le rire ivre venait du vin pur (…)

«Ton éclat de rire, émeraude sur la cruche du vin… Ah ! Je me souviens !

«Que de passions entre tes lèvres et les miennes !» (…)

«J’habitais la taverne et j’étais ivre… Je me souviens !

«Et ce qui me manque aujourd’hui à la mosquée, se trouvait là» (…)

 

Dans son commentaire, de Fouchécour-le-Prélat dilue habilement le contenu du dernier vers (où il est question de ce qui manque à la mosquée) dans un paragraphe où tout se mêle :

 

«Le ghazal 200 est la commémoration de ce qui arriva et n’existe plus. «Aujourd’hui» (beyt 8), à la mosquée, le poète n’a plus ce qu’il avait «là-bas» (ânjâ, quand, à la Taverne, il goûtait à l’ivresse. Cette ivresse venait de tout ce dont le poète se souvient, beyt après beyt : le regard de l’Aimé, Ses reproches vivifiants, la protection de Dieu, le trouble du papillon devant Sa chandelle, le rire d’ivrogne que fait le Vin qui est servi aux amants, enfin la majesté du Prince sur sa monture au galop !»

 

DFCH traduit yâr par «Compagnon» et la majuscule crée une ambiguïté en présence du mot Dieu avec majuscule :

 

«En souvenir du temps où Tu eus en cachette un regard pour nous.

«La trace de Ton amour parut sur notre visage !

«En souvenir du temps où, quand Tes yeux me tuaient de leurs reproches

«le miracle résurrecteur de Jésus était sur Tes lèvres délicieuses.

«En souvenir du temps où, à la réception intime, en buveurs de vin de l’aube,

«il n’y avait que moi et mon Compagnon, et Dieu était avec nous !»

 

Le traducteur n’a pas eu le souci de rendre l’émotion de l’amant ; la traduction est mécanique, la syntaxe n’est pas poétique. Le choix du temps narratif est erroné (passé simple au lieu d’imparfait) ; il fige la mémoire. Les erreurs lexicales, jouant avec la polysémie et l’homographie des mots, sont nombreuses et relèvent manifestement d’un choix idéologique plutôt que de l’incompétence linguistique. Hâfèz dit «miracle de Jésus» et non «miracle résurrecteur de Jésus » (version théologique) ; Hâfèz parle de la «chandelle au banquet de musique» et non de «la chandelle de la Joie». Hâfèz parle du «papillon audacieux» et non du «papillon troublé». En outre, DFCH avoue explicitement qu’il a préféré traduire «En souvenir du temps où caractères et bonnes manières étaient à la fête», au lieu du «banquet de la création et de la littérature». Hâfèz parle du «rire ivre du vin» et ne dit pas : «le Vin riait comme un ivrogne».

 

L’interprétation de Monsieur de Fouchécour est, vous le voyez, cléricale et bigote. Dans son commentaire, il commet en outre l’illogisme d’affirmer que rien n’existe plus «aujourd’hui», alors que pour le poète il existe toujours le songe, les souvenirs et l’imaginaire ! La mémoire existe toujours et l’amour, d’où le poème naît !

 

La traduction et l’exégèse aplaties et déformantes de DFCH font ainsi disparaître bien des traits du Divâne hâfézien; Monsieur de Fouchécour produit son propre Divân !

 

Lourdoreil – C’est exact! Chez moi, tout est Divin !

 

Un second linguiste invétéré. Non moins ennemi juré de ses cousins orientalistes – Pour reprendre votre raisonnement, je dirais que dans chaque langue, l’émotion est intimement liée à la connotation et aux particularités sémantiques. La particularité-universalité de la poésie réside en ceci que devant le poème d’un «étranger» comme Baudelaire – comme Baudelaire se qualifie lui-même – tout autre étranger désirant appréhender son esthétique, en ressent fortement l’émotion. DFCH est insensible à l’émotion dans la poésie hâfézienne ; il l’étouffe plutôt. Dans le poème que vous venez de citer, par exemple, Hâfèz adopte le ton solennel émotif de l’amoureux énonçant au début de chaque vers : yâde bâde ânkè. DFCH traduit ce syntagme nominal par «En souvenir du temps où». Soit un contre-sens, yâde bâde ânkè signifie littéralement : «Que soit commémoré le fait que», au moment même de l’énonciation ; il a en effet pour fonction d’introduire les images hâféziennes ; sa répétition et sa résonance sonore amplifient l’émotion de l’amant. Il sert à dramatiser sa parole, dans une sorte de solennité, alors que la phraséologie anodine de DFCH le fige : «En souvenir du temps où Tu eus», etc.

 

yâde est par ailleurs au départ, dans le moyen persan, associé sémantiquement à la poésie comme mémoire et procédé mnémotechnique. Vous voyez donc la liaison intime entre Hâfèz et Hâfézè, «mémoire»…

 

En outre, vous le disiez, adabe est polysémique ; il désigne en arabe comme en persan, en même temps «littérature» et «bonnes manières», «civilité». DFCH ne comprend pas que Hâfèz associe, dans plus d’un de ses qazals, l’amour à la création artistique, à la littérature et à la musique, voire à la conception de la poésie. DFCH ne sait donc pas mettre en valeur cette dimension si importante chez Hâfèz.

 

Un silence.

 

Un poète amoureux. Voix tremblante, masque bouffon. Il a eu traduit des vers de Hâfèz pour ses amis.

 

L’imaginaire : imagine l’air

Dans la «mise en cause de tout ce qui existe» !

Penché sur son image, la tienne,

Sur l’eau douce de la fontaine,

Tire les augures et défie le destin !

Qui se déchire pour dire son désir,

Peuple, ivre, les ondes

De la beauté, de la tendresse féminine.

 

Mémoire itinérante de mes longues nuits d’attente !

Ô ennemi de mes ennuis latents, souviens-t’en !

Par ces temps, l’éclipse de l’art !

Suis-je à l’aube ? Viendra le jour ? Viendra-t-elle un jour ?

Un jour de chants de sirène.

A travers le temps-désir-imaginaire, pars !

Au pays du jeu t-d-i, je serai, je suis, je te dis

Je dis toi, toi, mon temps, ma vie !

 

Le jeu d’amour est la création de soi dans la construction de l’Autre; le temps-désir-imaginaire est l’espace esthétique-utopique où le poète ouvre ses ailes !

 

Quant à l’étude de l’amour chez Hâfèz, en fin de compte, les «spirituels» se rangent derrière la «sagesse» légaliste, collent au discours du pouvoir-religieux, passent à côté de la tentative hafézienne de renouvellement du sens grâce à l’amour pour la femme, cet Autre de lui-même. Ils ne comprennent pas que le poète mêle épicurisme khayyâmien et sentiment mystique amplificateur de la transcendance dans l’amour. Amplifier la tendresse, transcender la vie humaine par l’amour, tel est le jeu particulier que joue Hâfèz dans le contexte social et historique de son temps. Dans son jeu d’amour, il s’appuie sur les valeurs humaines. Hâfèz inscrit sa poésie d’amour dans une perspective utopique :

 

«Viens ! Eparpillons partout des fleurs et versons du vin dans la coupe !

«Viens ! Fendons le plafond du ciel, formons un projet nouveau !

 

«Si l’armée de la tristesse mène campagne pour verser le sang des amants,

«Nous nous unirons, l’échanson et moi, nous l’anéantirons !»

 

Ainsi, dans son jeu d’amour, Hâfèz s’appuie sur les valeurs humaines. Il tente constamment de se libérer de la tristesse qu’induisent les pressions et les oppressions du pouvoir-religieux. Transgressant sa formation et les conditions dans lesquelles il est pris, il tente de dépasser le machisme, le despotisme et le mysticisme en perte de sens.

 

Lourdoreil. Le menaçant de sa hache – Bien évidemment, Tout est réductible à l’essence !

 

Lécolo malin – Et aux vapeurs de gasoil ! Dont les éléments mortels sont appelés par les experts industriels pervers : «particules fines» !

 

Le poète amoureux – Au plan de la construction esthétique, Hâfèz recourt à l’équivoque, renverse la démarche des mystiques musulmans qui partent de la poésie d’amour arabo-persane profane pour promouvoir l’amour de Dieu.

 

La stéréotypie ronge l’esprit orientaliste comme une lèpre. Dès lors que le désir-imaginaire est ramené à l’ «amour platonique», dès lors que l’on tend à tout renvoyer au ciel, la stratégie discursive du poète amoureux est bafouée. Les orientalistes sont la machine d’aliénation, les «Assis» de Rimbaud ; ils broient l’amour, aliènent l’Autre.

 

Lourdoreil – Me voici devenu Apôtre !

 

Le poète amoureux. Il commence à trembler sérieusement – Hâfèz crée un nouveau sens du sacré dans sa transgression à partir de l’amour profane :

 

«Elle me fascine par l’extase de son regard, que ses yeux fixent vers les cieux ;

«Plus joyeuse qu’elle je n’ai pas vu sous cette voûte turquoise !

«Je me sacrifierai à ses lèvres framboise, car dans le jardin de l’imaginaire,

«Le jardinier de l’univers n’a jamais cultivé une plus belle fleur !

«Grâce à ton amour, Hâfèz devint généreux comme Salomon offrant tous ses biens ;

«Si bien que même de notre union, il ne lui est resté rien dans la main !»

 

La chercheuse irritée – Voyez avec quelle bigoterie, quelle gaucherie, quelle indifférence à la passion amoureuse, Monsieur de Fouchécour traduit ces mêmes vers !

 

«À l’exception de Ce narcisse langoureux – que le mauvais œil ne l’atteigne pas ! –,

«sous cette coupole de turquoise nul n’a reposé en paix.»

«Puisse mon âme être immolée à Ta bouche, car au jardin du regard,

«le Jardinier du monde n’a rien noué de plus beau que Ce bouton de rose.

«Par la fortune de son amour pour Toi, Hâfez est devenu un autre Salomon,

«je veux dire que, de son union à Toi, il ne garde en main que le vent !»

 

Lamoureux masqué – De même, pour ce qui est du vin, Hâfèz opère une transgression par rèndi, il emploie la combinaison bâdè yè azal, «le vin du jour du pacte (avec Dieu)» ; il en fait le vin que le poète a bu depuis toujours, depuis la création du monde, le vin qu’il a bu dès le début avec le consentement de Dieu. Dans le poème suivant, par exemple, inspiré de Khayyâme, l’énonciateur boit parce qu’il n’est pas maître de son destin :

 

«Saisis la chevelure d’une belle figure, au lieu de te lamenter par des récits !

«Car le bonheur et le malheur sont sous l’influence de Vénus et de Saturne.

«Personne ne pourra trouver Hâfèz en sérénité,

«Tant il est ivre du vin qu’il a bu depuis le jour de la Création!»

 

Le gros flic travesti. Ajustant ses jarretières, crachant sur son crachat et envoyant des SMOS – Vive la nation !

 

Lourdoreil – Mon Bon Gros Ami, la Poésie de Hâfèz me rappelle bien l’Incarnation !

 

Le poète tremblant – Comme dans le dernier demi-vers que je viens de citer, dans le vers suivant Hâfèz combine à nouveau expression mystique et langage amoureux, opère une inversion des symboles théosophiques des soufis qui ramènent le vin et l’amour à l’extase pour Dieu ; il crée ainsi un nouveau sens poétique :

 

«Au jour de la Création, l’échanson de tes lèvres de rubis

«Me donna une goutte d’une coupe dont je suis encore ivre !»

 

D’autres poètes iraniens s’étaient avant lui essayés à de telles combinaisons, ils n’étaient cependant jamais parvenus à la beauté imagique et sonore qu’atteint Hâfèz.

 

Le second linguiste invétéré – Pour vous faire trembler davantage, je dirai que chez Hâfèz, le paradigme du vin et celui de l’amour s’ouvrent sur le rejet du monde, du pouvoir politique, religieux ou mystique. Hâfèz insiste beaucoup sur le principe de rèndi, libertinage, dissidence, folie amoureuse, transgression, défi au pouvoir et à la religion :

 

«Puisque dès le premier jour, nous avons choisi le rèndi et l’amour

«Il nous faut leur rester fidèle et faire notre chemin dans cette démarche.»

 

Comment DFCH commente-t-il ce vers ? Il évacue le principe premier que Hâfèz s’est choisi, à savoir le rèndi, et ramène tout à l’amour pour Dieu :

 

«Le ghazal 365 est l’expression d’un poète-amant plein du désir de rejoindre la Taverne (beyt 1), tout à l’amour de l’Aimé vécu comme une vocation d’origine (beyt 2)» !

 

Comme bien d’autres orientalistes hâfézologiens, DFCH ne tient aucun compte du contexte d’une unité significative ; pour yâr même, on l’a dit, il choisit une signification théocratique ; à ses yeux, yâr est «l’être qui accompagne et aide le poète. Surtout, il est souvent le Compagnon du poète, Son Aimé. Traduire par Compagne, voire, femme, c’est trahir le poète» (p.15).

 

Le joueur de mots – Trahir les machos louches, veut-il dire !

 

Le second linguiste invétéré – Dans ce drôle de drame, les signes ne se distinguent ni par leur contexte ni par leur opposition ou contraste, ils ne sont pas davantage situés à travers leur distribution complémentaire. Le sens est ainsi bafoué ! D’où une cacophonie atomiste ! C’est à n’y rien comprendre !

 

Le joueur de mots – DFCH est comme celui qui ayant déclenché par inadvertance un incendie dans la maison, plutôt que d’appeler les pompiers, appelle un taxi !

 

Lourdoreil. Son sourcil en forme de SS – Ah ! Coquin ! Je vous ai cette fois bien saisi ! Dans mes traductions, j’ai effectivement converti tout ce qui pourrait évoquer le sexy !

 

Un psycho-pepsi-canaliste fervent des gazeuses – Si quelque jour, de Fouchécour lit cette contestation bouffonne et voit se répéter tant de fois son sobriquet DFCH en toute majuscule, sans nul doute, s’évanouira-t-il en toute minuscule !

 

Dans sa conduite, sans doute faut-il voir un complexe de la majuscule. Sans doute ! L’emploi abondant et injustifiable qu’il en fait est symptôme de refoulement, mais tant que je ne me serais pas penché sur son Inconscient, je ne pourrais en dire davantage, sans doute ! Toujours est-il qu’il semble suivre aveuglement l’autorité d’un Père castrateur.

 

Lamoureux tremblant – DFCH rappelle Denis de Rougemont. En dépit de son explicitation, à vrai dire lacunaire, de la circulation de la poésie arabo-persane jusqu’en Europe, de Rougemont – qu’il faudrait certainement surnommer DRGM – fond l’amour dans le mytho-mystique. Le cœur rongé par les atrocités des deux guerres mondiales, il est rejeté loin de la tendresse et de la civilité de la poésie d’amour, créatrice de liberté.

 

Le psycho-pepsi-canaliste fervent des gazeuses – Sans doute ! Quant à DFCH, grâce à lui, j’ai enfin découvert le complexe de la majuscule que je pourrais appeler syndrome des orientalistes ! Sans doute ! Je vais courir enregistrer ma découverte à la Fondation des Inventions Fictives, FIF!

 

Lourdoreil – Enfin un peu de Reconnaissance, même si je passe pour un Chétif !

 

Le psycho-pepsi-canaliste fervent des gazeuses – Pour y voir plus clair, je pose cette question : quelle idée DFCH se fait-il de l’amour et de la femme ? Voyons comment il se projette dans l’interprétation qu’il donne de Hâfèz. Il profère sans rougir dans l’introduction des contre-vérités :

 

«Même machuqa («aimée), féminin arabe employé en persan (machuqe), n’est pas nécessairement féminin dans le {Divân}. Ceci permet au poète d’évoquer en même temps masculin et féminin, de se placer à un plan plus haut qu’une opposition où le féminin impliquerait de traiter du sexuel.»

 

Une lectrice assidue de Hâfèz, inscrite à lANPE – Incroyable! C’est faux, pervers ! DFCH détourne les métaphores hâféziennes ! N’a-t-il pas lu les complaintes de Hâfèz ?

 

«Amis, souvenez-vous des compagnons du vin de nuit !

«Souvenez-vous de l’amitié pure et de la tendresse !

«Quand vous vous amusez, souvenez-vous des soupirs et des plaintes des amoureux,

«En reprenant le chant et la mélodie du lyre et du violon !»

 

Lourdoreil – Ma Position serait-elle comparable aux Ruses des Colons ?!

 

Un voyou casqué. Monsieur de Fouchécour l’aurait pris pour un grand spirituel en Perse – Vous direz de ma part à ce Maux-cieux d’écouter plusieurs fois «Gare aux gorilles !» de Brassens et de faire très, très attention ! Il en va de son honneur et de son intégrité !

 

Mais, enfin, quel voyou ! Je peux l’imaginer dans sa vie de tous les jours : même désœuvré, il marche à reculons dans les rues, chapeau melon collé au cul. Lorsqu’il voit passer des jeunes femmes, il les prend pour des nonnes annonant des Ave Maria ! Il prend ensuite le RER à cause des majuscules. Après quoi il monte dans un Bus, à l’Arrêt de Nulle Part. Enfin, il entre dans un Bar, demande un Scotch et une Eau Plate, mélange, avale d’un trait, puis prétend n’avoir bu que l’eau, et, sans payer, file à la dérobée, platement !

 

Lourdoreil. Excédé – ÔÔÔÔÔÔ Mon Dieu ! ÂÂÂÂÂÂ Mon Ami ! Ils doivent avoir repéré Ce que je fais tous les Jours grâce aux Caméras installées un peu Partout ! ÔÔÔÔÔÔ Mon Dieu ! ÂÂÂÂÂÂ Mon Ami ! Quelle Époque ! Quelle Infamie !

 

Le psycho-pepsi-canaliste fervent des gazeuses reprenant ses gazouillis – Sans doute ! Ainsi, DFCH confond le désir, l’amour et le sexuel. Pour lui, le désir ou l’amour est loin d’être le point de départ d’un élan de sublimation de soi et de l’Autre, puisqu’il ramène la transcendance amoureuse chez Hâfèz à la transcendance divine. Or, si le désir et l’amour divin sont si antagoniques chez DFCH et, d’une manière générale, chez les mysticistes, c’est qu’ils se noient dans l’androcentrisme, dans leur amour ambigu et pervers pour un Dieu-masculin, sans doute ! La névrose orientaliste inspirée du puritanisme mystique conduit DFCH à choisir comme devise : «Tu banniras désirs et plaisirs !»

 

C’est manifeste dans maints passages de son introduction:

 

«L’amour a donné la parole à Hâfèz. Il a fait de lui un poète, Hâfèz l’a dit plusieurs fois. Le Divân est la face visible du joyau qu’il possède en son cœur. Du début à la fin de sa vie, il a parlé d’un amour ardent (echq) avec une même et constante intensité. Cet amour a des figures variées, mais un référent unique, l’Aimé. Tout ceci a été possible parce que cet amour s’est trouvé placé dans un registre qui n’est pas celui des amours passagères. Hâfèz n’aurait pas aimé d’une même façon passionnée tout au long d’une longue vie s’il en avait été autrement.»

 

Sans doute «tout ceci a été possible» en raison de l’auto-castration qui paraît mener DFCH au refoulement ; l’analyse critique des contestataires ici présents le démontre bien, Hâfèz a constamment tenté de transgresser les refoulements et les interdits imposés par le discours religieux. L’une des interprétations absurdes de DFCH – un lapsus, sans doute ! – le révèle assez :

 

«Quand le poète âgé déclare qu’il est amoureux d’une jeune beauté de quatorze ans, ce n’est pas une confidence, c’est le fait d’hommes âgés à la place desquels il se met pour faire écho à ce qu’ils vivent, ou pourraient vivre».

 

Pourquoi ces détours ambigus ? Pourquoi pervertir le discours hédoniste ? Incompréhension, sans doute, de la poésie d’amour ! L’image érotique hâfézienne est d’ailleurs présente telle quelle dans la poésie médiévale française ; chez Colin Muset, entre autres, sans doute !

 

Le spiritualisme de DFCH est fait d’un discours de façade refoulant le désir qui le hante ; dans la traduction et les commentaires, il affiche un ton asexué, sans doute ! Parce que sa vision est théocentriste : «Il semble que l’Aimé soit diffusif de soi, Il se répand en figures, et les figures se ramassent en Lui.»

 

Le joueur des mots – En un mot – plusieurs mots ! – il tient le même discours bigot que les clercs de l’Eglise catholique parlant du Cantique des Cantiques !

 

Le psy-pepsi-canaliste très fervent – Sans doute ! La perversion de DFCH est d’occulter dans un délire incohérent, le désir derrière une soi-disant spiritualité, alors qu’ils ne sont pas incompatibles !

 

Sans doute! En présence tant de la poésie d’amour des troubadours que de l’amour chez Hâfèz, les spiritualistes mobilisent leur fantasmagorie théosophique habituelle. Il est vrai que Hâfèz tente de se dégager de sa formation ; les fantasmes hédonistes ne manquent donc pas dans sa poésie ; mais de là à nier le corps, sans doute est-ce de la prestidigitation ! DFCH a peur lui-même de ses propres fantasmes, sans doute !

 

«Le Divân est peuplé de ces fantasmes qui ont hanté Hâfez (…) L’Aimé du poète n’existe pas en corps, il est toujours une imago, image bien comprise comme celle d’un être réel, mais intégrée à ce point au «moi» du poète qu’elle prend le statut de fantasme».

 

L’incohérence du discours est notable, sans doute ! Les métaphores qui désignent dans la poésie de Hâfèz les parties du corps sont nombreuses, et l’investissement libidinal du poète amoureux se porte surtout sur les lèvres de l’amante – ce lieu de désir et de construction de la parole, que DFCH lui-même évoque!

 

Décidément, le peu de cohérence qu’il tente d’assurer, il le noie dans une pudibonderie de mauvais goût !

 

La chercheuse irritée – Monsieur de Fouchécour commet une erreur impardonnable au sujet du corps ! N’a-t-il pas lu chez Mauss que «l’homme est un animal rythmique» ? Est-il si inconscient de l’importance majeure du corps rythmique et mélodique dans la poésie hâfézienne ?

 

 

Le joueur de mots – C’est de la cléricature ! De la gynécophobie perverse ! De la libidophobie au nom de la spiritualité perse !

 

Vous remarquerez que l’occultation systématique de la femme, de l’amante et du désir par DFCH constituent un véritable tabou. D’où vient ce tabou ? Il pourrait bien être lié à un recul passif face aux perspectives de la civilisation excrémentielle que nous impose aujourd’hui l’imaginaire malade du pouvoir global. Ce recul motiverait en partie son spirit(ual)isme ! On saisit alors pourquoi il ne comprend rien à Hâfèz, pourquoi il refoule le poète transgresseur au fin fond d’une idée médiévale clérico-fantasmagorique !

 

(Lourdoreil balance sa hache et son sourcil)

 

Une lacanienne aux ongles bien laqués – Lacan aurait dit de Françoise Dolto qu’elle était une dame culottée ! La même chose pourrait se dire de… De Fouchécour. Encore que le lobby anti-lacanien trouverait que De… De Fouchécour est plutôt déculotté !

 

De… De Fouchécour ne manque pas, bien sûr, de faire allusion au «travail d’une technique des plus raffinées» chez Hâfèz, mais il en reste là ; il se borne à faire défiler au cours de longues pages les structures métriques erronées des traditionalistes ; au début de chaque commentaire, il tient à préciser la rime persane du qazal traduit en français !

 

La création du Prix International de la Déformation par son ex-Majesté le Grand Mangeur de Confiture se justifie ainsi pleinement ! De… De Fouchécour en mérite assurément quelques pots !

 

Le gros flic travesti, chapeau melon, moustaches proto-hitlériennes style XIXe siècle, courant, excité, sur la scène, jouant avec ses jarretières, calepin à la main, prenant des notes, envoyant des SMOS et crachant sur son crachat – Ces déclarations doivent être annexées à nos Archives !

 

Un psycho-pepsi-chiatre lui-même désemparé – J’avoue que je n’ai rien compris au Divân de Monsieur DFCH. Comment peut-il écrire (p.13) qu’un poème hâfézien est «comme le monde du poète, livre ouvert, écrit par Dieu et inachevé jusqu’au Dénouement final» ? J’ai été étonné qu’au sujet de l’amour et de la femme, il lance dans l’introduction un avertissement aussi sévère et aussi rigide:

 

«Il faut dire ici une première fois fortement que le sens littéral [la bien-aimée] est second par rapport au sens métaphorique. La métaphore est le monde dans lequel évolue le poète.»

 

Sans aucun doute, les métaphores et surtout les métonymies de plus en plus élaborées de Hâfèz le portent au sommet de la poésie persane. Que resterait-il d’ailleurs de la poésie d’amour sans une esthétique métonymique ? Le puritanisme bigot de Monsieur DFCH en est-il légitimé? Il rabaisse tant la visée de la poésie d’amour qu’il faudrait tenir le rossignol, symbole du poète amoureux dans la poésie persane, pour du poulet grillé, et son chant, symbole du poème d’amour, pour la voix de Dieu! Le discours de Monsieur DFCH frôle le sermon religieux lorsqu’il mime l’ambiguïté des théosophes androcentriques :

 

«Ainsi, le visage de «Lui», le Témoin de Beauté, est le lieu d’apparition de la beauté divine (distique 780 [chez Chabestari]), le frais duvet qui entoure le menton est l’étendue verte du monde de l’âme, que l’on appellera donc Demeure de la Vie (distique 782)».

 

Sur cette voie, il faudrait prendre la moustache proto-hitlérienne du flic travesti pour une fenêtre ouvrant sur les voix célestes, et les poils de sa poitrine pour le jardin fleuri où Monsieur DFCH trouve son inspiration!

 

La littéraire sensible au concret – Le jeu de Hâfèz est clair. Comme aurait dit Jean Duvignaud, il joue avec les dieux et les normes de la cité. Quant à DFCH, saisissez plutôt son «Dieu caché». Pour justifier sa collaboration avec le régime tortionnaire des mollahs, DFCH construit un poète amoureux plus puritain que les théosophes, parce que justement Hâfèz s’en prend fortement aux religieux !

 

La chorale des Langues-ZOO, inspirée du «Gorille» de Brassens, sous la direction du voyou casqué :

 

Pour se soulager, le Plus Haut

Ordonna soudain à ses vassaux :

– Apportez-moi du bon vin,

Au lieu de cette cruche d’eau

Pourrie, surnommée DFCH

– Ô ! «Gare au Gorille» !

A ce spirituel perçant

Les beaux poèmes de Perse

De ses commentaires bigots

– oh la vache !

Dites de ma part tout haut :

– Ô ! «Gare au Gorille» !

A ce déformateur de Hâfèz,

A ce chaste bigot, juge délirant,

Fleur en plastique au turban

Des mollahs despotes d’Iran,

Dites de ma part tout haut :

– Ô ! «Gare au gorille» !

 

Un silence. La hache tombe de la main de Lourdoreil. Il pâlit, perd son unique sourcil, se ramasse sur lui-même, se rétrécit, devient petite forme ambiguë, puis dune voix stridente et aiguë :

 

A vous dirai-je, Mon Flic,

Ce qui cause ma Panique ;

Papa a dit que l’amour

Est fait pour les grosses nonnes,

Mais moi je veux être une Nonne,

Que l’Bon Dieu me Pardonne !

Et je Vous dis : mes Ronrons

Valent mieux que des Bonbons !

 

Un silence. Puis, du haut de la coupole cristalline, la voix de Hâfèz met fin à cette douloureuse bouffonnerie :

 

[(M)vasf è rokhrè yè khorchide|zè khoffâche|(D)maporse]

[(M)kè dar in â}yénè|hèb nazarâne hèynainde]

[(M)[âqélân|noqtè yè pargâr è (D)vodjoudainde|(M)vali]

[(M)èchq (D)dânade|kè dar in yérè|sar gardânainde]

 

«Ne demandez pas à la chauve-souris de décrire le visage du soleil ;

«Devant ce miroir en éveil, les érudits sont tous consternés !»

«Les sages sont certes la pointe du compas de l’être,

«L’amour sait pourtant combien ils s’égarent dans ce cercle !»

 

Le silence simpose à nouveau sur la tristesse de la scène; avant que les lumières séteignent, dans un dernier éclairage aveuglant, laveu dun vieil amoureux qui savance, le regard tourné vers le soleil de Chirâz – Je citais ce vers de Hâfèz dans une de mes premières lettres à la femme que j’aime ; je pense toujours à sa voix! Je m’en souviens, après tant d’années :

 

[(M)az|sé yè sokhane è|èchq|(D)nadidame khochetar]

[(M)dégâr i|kè dar in gonbad è davvâr|(D)bémânde]

 

«Je n’ai jamais entendu une plus belle voix que celle de l’amour ;

«Aucun autre souvenir ne resta sous cette voûte tournoyante !»

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Un commentaire

  1. Cher Monsieur,

    Quelle traduction en une langue européenne recommandez-vous pour le pauvre Français dont les connaissances en persan sont moins que minimes et qui essaye de lire en bilingue ? et qui écoute au bord de l’évanouissement des interprétations des poèmes de Hâfez sur Youtube ?

    CHDF est d’un certain secours pour cette catégorie. Plus que la traduction de Henry Wilberforce Clarke que l’on trouve sur internet, en tous cas.

    Merci pour vos deux articles se trouvant sur ce site.

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