« La reconnaissance de la Palestine arrive vingt ans trop tard »

Une manifestante pro-palestinienne à Paris, le 26 juillet 2014. (AFP PHOTO / BORIS HORVAT)
Une manifestante pro-palestinienne à Paris, le 26 juillet 2014. (AFP PHOTO / BORIS HORVAT)

Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières qui enseigne aujourd’hui à Sciences Po, salue l’initiative des députés français, mais la juge dépassée. Interview.

Les députés ont adopté, mardi 2 décembre, sans le soutien de l’opposition, une résolution socialiste sur la reconnaissance de l’Etat palestinien. Un texte non contraignant pour le gouvernement, mais qui a une portée hautement symbolique.

L’ancien président de Médecins sans frontières (MSF) Rony Brauman, auteur récemment de « Pour les Palestiniens » (éd. Autrement, septembre 2014), salue l’initiative des députés français. Mais il la juge malheureusement dépassée.

Le vote du parlement français en faveur de la reconnaissance de l’Etat de Palestine va-t-il changer quelque chose ?

– Cette reconnaissance est à la fois souhaitable et dépassée. Souhaitable car elle contribue à conférer une légitimité politique, celle d’une dignité étatique, aux Palestiniens qui se battent depuis longtemps pour cela. Il est bon que l’Europe admette à son tour l’existence d’un Etat qui a déjà été reconnu par les deux tiers des pays du monde. Il est délirant de la part des Israéliens de critiquer une telle initiative. Leur négociation avec les Palestiniens se limite aux frontières, à Jérusalem, au sort des réfugiés et à la colonisation. Ce n’est pas à eux, mais à la communauté internationale, de reconnaître un Etat palestinien.

Mais cet objectif me paraît par ailleurs dépassé. Car les Israéliens n’ont jamais cessé de coloniser la Cisjordanie. Ce territoire, qui devait permettre à deux Etats de cohabiter en paix, a été presque entièrement avalé par tous les gouvernements israéliens successifs, à l’exception de celui de Yitzhak Rabin qui d’ailleurs en est mort. Il n’y a plus aujourd’hui d’espace viable pour un tel Etat.

On est face à une situation tragique : cette initiative à laquelle on ne peut qu’adhérer arrive avec vingt ans de retard.

Si la solution à deux Etats n’est plus possible, quelle est l’alternative ?

– L’alternative, c’est une sorte de statu quo intenable. C’est un Etat binational d’apartheid. Les populations qui vivent sur le territoire de l’ancienne Palestine mandataire sont soumise à l’autorité politique, juridique, policière de la seule Israël qui n’a accordé aux Palestiniens qu’une sorte de délégation de pouvoir municipal.

Les Israéliens disposent de tous les droits d’un Etat démocratique alors que les Palestiniens n’en ont aucun, puisqu’ils continuent de vivre, du moins enCisjordanie, sous la loi martiale. Cette situation d’apartheid est insupportable pour ceux qui en sont les victimes. Elle provoque de profondes tensions aussi bien en Israël que dans son environnement immédiat et lointain, à cause de l’inconfort moral, des dissonances cognitives qu’elle suscite.

En raison de ces différents facteurs, on va aller vers un dépassement de cette situation et déboucher sur une sorte de fédération ou de confédération. Ce n’est pas à moi de dire quelle forme cette entité prendra. Je constate seulement qu’un nombre croissant d’Israéliens et de Palestiniens se situent dans une perspective post-nationaliste. J’espère seulement que l’on parviendra à une telle solution par des voies pacifiques et pas au prix d’une guerre civile.

Propos recueillis par Christophe Boltanski

Source: http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20141202.OBS6714/la-reconnaissance-de-la-palestine-arrive-vingt-ans-trop-tard.html

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