Média et terrorisme : La Jordanie, passante du sans souci du printemps arabe

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« Mal nommer les choses, c’est ajouter aux malheurs du Monde » (Albert Camus).

Texte d’une intervention de l’auteur au colloque « Balancing Counter-terrorism and Human Rights Challenges and opportunities » Genève 16-17 Février 2015, organisé par Global Network for Rights and developpment (GNRD), une organisation non gouvernementale norvégienne dont le siège social est à Stavanger (Norvège). Le signataire dédie son texte aux participants à ce colloque, en les assurant, sans malice, de toute sa sympathie

Prologue : Songe d’une nuit d’été (1)

Le nec plus ultra du renseignement sur le point le plus aigu de la polémologie contemporaine, le terrorisme, et, à portée de voix et de doigt, un panel prestigieux de chefs de services de renseignements de pays à la réputation légendaire dans la gestion rugueuse du djihadisme planétaire (Afghanistan, Pakistan, Turquie, Jordanie, Belgique,France). Avec, en toile de fond, d’honorables correspondants dévissant aimablement sur les avantages comparatifs du terrorisme et des droits humains. Tous protestant de leur bonne foi dans leur dévouement à l’éradication du phénomène majeur de l’époque contemporaine, de ses effets pernicieux de sa prolifération cancéreuse… Le spectacle qui s’est offert au signature de ce texte lors de son passage à la tribune de ce colloque, a fait naître en lui l’illusion de vivre un songe d’une nuit d’été. Un court laps de temps.

Face à un tel aréopage, quel pouvait être, quel devait être, en effet, le comportement d’un observateur solitaire, sans attache partisane, sans adossement à la moindre structure pour sa substance intellectuelle et sa subsistance matérielle ?

Puiser en lui les ressources de sa démonstration. Articuler son argumentation sur les propres données fournies à lui par les… données de la vie et de la naissance : un journaliste d’origine arabe, de naissance africaine, de culture et de nationalité française, avec pour viatique, son mode opératoire, une lecture fractale de la géostratégique planétaire, loin du conformisme ambiant, fondée sur une expérience professionnelle tri continentale (Afrique, Asie, Europe), pour une démonstration sans concession.

En somme le contraire d’une vision hémiplégique du journalisme de révérence, le phénomène majeure de l’époque contemporaine, sans doute le plus corrosif pour la survie de la démocratie, particulièrement dans sa connivence avec le phénomène terroriste.

Pour ce songe d’une nuit d’été, l’auteur a décidé de donner pour titre à son intervention : « La Jordanie, passante sans souci du printemps arabe »(2). Un peu de poésie dans un monde de brutalité ne paraît pas superfétatoire.

La Jordanie, passante sans souci du mal nommé « printemps arabe »

Dans un paysage aussi dévasté que le Moyen Orient, se meut, en arrière plan, un personnage sinon trouble à tout le moins troublant, une ombre. Furtive. Subreptice. Tel un passant du sans souci, à l’image de cette figure classique de la littérature française. Nullement comparse.

Mentionnée épisodiquement, d’une manière incidente et périphérique. Toujours pour des faits glorieux, jamais pour ses faits pernicieux. Toujours d’une manière marginale, rarement pour son rôle principal dans l’ampleur du phénomène djihadiste.

Ce passant du sans souci est le Royaume Hachémite de Jordanie, au palmarès pourtant consistant du « septembre noir » palestinien (1970), à la rendition, la sous traitance pour le compte de son maître américain de la torture des prisonniers, à son rôle tremplin à l’invasion américaine de l’Irak, en 2003.

La première mention de la Jordanie en ce « printemps arabe » a été faite à propos du camp de Zaatari pour souligner la méritoire contribution du Royaume au drame humain représenté par l’afflux des réfugiés syriens dans ce camp de personnes déplacées entassées dans la zone frontalière syro-jordanienne.

La deuxième mention s’est produite à l’occasion de la présence du couple royal jordanien… Avec les exclamations rituelles des gazettes mondaines sur « La Belle Reine Rania » – à l’hommage mondial organisé à Paris dans la foulée du carnage du journal satirique Charlie hebdo, le 10 janvier 2015.

La troisième mention s’est signalée à l’occasion de la carbonisation d’un pilote jordanien capturé par Da’ech lors d’un raid contre les positions de l’état islamique, c’est à dire en janvier 2015, soit sept mois après le surgissement du phénomène Da’ech.

Dans l’intervalle, la Jordanie a constitué, par excellence, un angle mort de l’actualité internationale. Pourtant, le camp de Zaatari a donné lieu à un important trafic sous forme de traite des blanches, matérialisé par l’assaut des lubriques gérontocrates pétromonarchiques sur les pré-pubères syriennes, de l’ordre de 3.000 dollars la transaction pour une fille de 15 ans. L’occasion pour une journaliste d’un journaliste faussement de référence Annick Cojean (le Monde), de vilipender… Le harcèlement sexuel des combattants du Hezbollah sur les Syriennes.

Brookings Institution de Doha, en 2014, dans son rapport annuel sur la Syrie, n’a jamais validé ce fait. Gageons que cette institution américaine, basée dans une dépendance américaine (le Qatar), par ailleurs fer de lance de la contre révolution arabe, -à ce titre nullement suspecte de la moindre sympathie à l’égard de la formation para militaire chiite libanaise-, se se ferait un malin plaisir, si tel avait été le cas, d’en pointer les déviances sexuelles. Au grand étonnement des islamophilistes, elle a, au contraire, mentionner les performances militaires du Hezbollah en de termes si élogieux qui en ferait pâlir de jalousie plus d’un commentateur médiatique :

« Le Hezbollah a réussi à assumer un rôle distinctif croissant dans la direction des opérations de l’armée syrienne lors d’offensives majeurs des forces gouvernementales. À Qoussayr (Juin 2013), le Hezbollah a pris directement en main le commandement des opérations, assumant, parallèlement, la surveillance aérienne permanente du champ de bataille, via des drones ».

http://www.renenaba.com/rapport-syrie-brookings-doha-center-report/

1- La Jordanie, une fonction stratégique identique à la Turquie sur le front sud de la Syrie

La Jordanie peut donner, pourtant, matière à reportage de guerre en ce qu’elle remplit une fonction stratégique identique à la Turquie : Une plate-forme opérationnelle pour le financement et le transit djihadiste vers le front Sud de la Syrie, via Dera’a, quand la Turquie attise le Front Nord, via l’agglomération d’Alep.

Autre motif de reportage, la présence d’un PC commun de l’Otan et des pétromonarchies à Amman, sous l’autorité du prince Salmane Ben Sultan, le frère cadet de Bandar Ben Sultan, l’ancien cappo di tutti cappi du djihadisme erratique planétaire.

L’Hôtel Four Seasons d’Amman et le PC de Mafrak

Pour le lecteur non averti, en vue de faire taire définitivement les cris d’orfraie des affidés jordaniens du trône, en ce que le déni de réalité ne saurait constituer une politique, le Grand Quartier Général islamo-atlantiste était installé au sein de l’hôtel « Four Seasons » d’Amman et le PC opérationnel, incluant la Turquie, aménagé, lui, à Mafrak, à une 50 km de de la frontière syrienne de Dera’a, dans l’ancien PC mixte israélo jordanien de 1988, pour y synchroniser les opérations contre le pouvoir de Damas.

Un pont aérien avait été établi de la Jordanie vers la Turquie pour consolider le Front Nord (Alep) où les djihadistes étaient en mauvaise posture. Le prince Salmane Ben Sultan, demi-frère du prince Bandar, était chargé de la gestion du flux djihadiste depuis la Jordanie vers la Syrie, et la coordination de l’intendance, leur ravitaillement en armes et munitions.
http://www.al-akhbar.com/node/203853

Point de départ des convois protégés de ravitaillement en armes et en munitions via le secteur frontalier de Dera’a, convois encadrés par des agents de a CIA, ce PC a traduit, concrètement, sur le terrain, la connivence organique des grandes démocraties occidentales et des régimes rétrogrades arabes dans la propulsion de la contre-révolution arabe.La Jordanie constitue le point de transit des djihadistes de et vers la Syrie. Zohrane Allouche, chef de Jaych Al Islam (armée de l’islam), l’homme lige des saoudiens au sein de la nébuleuse djihadiste en Syrie, qui se propose de restaurer le califat des Omeyyades, coincé dans la périphérie de Damas depuis des mois, en 2015, a pu ainsi s’échapper via la Jordanie pour réapparaître en Turquie, le 20 avril, au plus fort de la guerre saoudienne contre le Yémen, dans un message subliminale monarchique augurant d’une réactivation du conflit syrien dans une opération de dérivation médiatique à propos du Yémen.

Le Golan, plate-forme de combat contre la Syrie et non contre Israël

La mort d’un officier israélien sur le Golan a signé concrètement cette connivence jusque-là souterraine. L’officier israélien a été tué le 10 mars 2015 lors d’un assaut de l’armée syrienne contre les milices collaboratrices avec Israël au sud de la Syrie. Selon la télévision israélienne. Johnny participait, en compagnie d’une équipe technique israélienne à une réunion de travail avec les chefs de milices dans la cadre d’une alliance de milices pro israéliennes, baptisée Armée Première (AP) dans la localité al-Fatiane, dans le gouvernorat de Quneitra. Un chef de l’Armée syrienne libre (ASL) Abou Hamza al-Nouaïmi a été tué ainsi que 12 autres chefs de milices. Plus de 80 miliciens blessés dans l’attaque ont été soignés dans les hôpitaux israéliens. Un officier jordanien de la cellule MOC était également présent à la réunion, mais son sort n’a pas été mis au clair. MOC (Military Opération Center) regroupe des représentants de services de renseignement jordanien, saoudien, américain, français et israélien. Il commandite les activités de la milice Première Armée au sud de la Syrie.

Cf à ce propos : Raid syrien sur le PC Golan de la première armée syrienne un officier israélien tué. http://www.al-akhbar.com/node/228230

Cas unique dans la sociologie des conflits, le fait que le vent de la révolte ait fait ployer la quasi totalité des pays arabes à structure républicaine (Égypte, Libye, Tunisie, Syrie, Irak, Yémen), sans souffler la moindre brise sur les monarchies, aurait dû susciter des interrogations légitimes quant à l’immunité monarchique face au courroux populaire. Un fait qui n’aurait pas dû échapper à la sagacité des observateurs de la « Grande Presse » en ce que cette singularité ne relève pas d’un heureux hasard, mais d’une politique bien déterminée des prédateurs occidentaux des économies arabes.

Dans cette perspective, l’entrée en guerre de la Jordanie contre Da’ech a répondu à des considérations qui vont bien au delà d’une simple vengeance d’un pilote carbonisé par les djihadistes. Comment expliquer, sinon, la guerre jordanienne contre Da’ech, parallèlement à une collaboration hachémite sur le front syrien du Golan, avec son rival, le Jabhat An Nosra, pourtant deux versants d’un même chancre ?

Comment expliquer l’engagement de la Jordanie et du Maroc aux côtés des pétromonarchies du Golfe dans la guerre du Yémen, sinon autrement que par réflexe de survie dynastique de cette corporation atlantiste ?

Sur le rôle occulte de la diplomatie souterraine de la Jordanie et du Maroc au service des menées atlantistes cf, http://www.renenaba.com/la-jordanie-et-le-maroc-deux-voltigeurs-de-pointe-de-la-diplomatie-occidentale/

II- La forfaiture des Frères Musulmans… De Jabhat An Nosra au Hamas

Dans ce contexte, comment expliquer la connivence de Jabhat An Nosra avec Israël. En d’autres termes plus explicites, la collaboration de la branche syrienne de la confrérie des Frères Musulmans avec l’état destructeur à répétition de l’enclave de Gaza, fief du Hamas, la branche palestinienne des Frères Musulmans ?

Cas unique dans les annales des guerres de libération nationale, la décision du Hamas d’installer son quartier général politique à Doha a constitué une aberration mentale équivalant, dans l‘ordre symbolique, à se placer sous la coupe de son bourreau, équivalant, pour bien le souligner, à l’implantation du QG du FLN algérien à proximité de Taverny, le PC de la force stratégique aérienne française, ou du ViêtCong vietnamien à Pearl Harbour, la plus importante base américaine de la zone Asie Pacifique.

Un mouvement de libération nationale qui renonce de facto à libérer son pays occupé pour privilégier un alignement sectaire, non sur sa religion, mais sur une école de pensée religieuse, cesse ipso facto d’être un mouvement de libération. Toutefois, le premier percement balistique de l’espace aérien israélien par sa trajectoire transnational de Gaza à Tel Aviv, opéré en riposte à « Bordure protectrice », devait, dans l’esprit de ses dirigeants, rompre la réclusion du Hamas consécutive à son alignement sectaire sur les pétromonarchies rigoristes.

En replaçant la revendication palestinienne au centre du débat international, il visait à sortir de son isolement et à renflouer, simultanément, la branche palestinienne des Frères Musulmans. En renouant ses relations avec ses anciens frères d’armes, le Hezbollah et l’Iran, le Hamas a veillé à se replacer parmi les principaux interlocuteurs de ce conflit. Un exploit technologique réalisé avec le concours exclusif – bien exclusif de l’Iran, du Hezbollah et de la Syrie, c’est à dire «les renégats de l’Islam», selon la nomenclature de l’Islam djihadiste salafiste wahhabite, en gros les pétromonarchies sous tutelle américaine.

Toutefois, en scellant sur le territoire syrien sa connivence avec l’occupant israélien du Golan, le Hamas a mimé sa crédibilité, en ce que cette alliance contre-nature a placé désormais la branche palestinienne des FM, -dont le chef Khaled Mecha’al a été l’hôte de la Syrie pendant 15 ans-, sous la coupe totale et absolue des pétromonarchies, la structure politico-militaire la moins encline aux guerres de Libération. Errare Humanum Est, mais la récidive du Golan, diabolique, lui aura été fatale. Sur l’impasse du Hamas http://www.renenaba.com/qatar-hamas-un-an-apres-hamad-du-qatar-en-rade-et-le-hamas-en-panade/
Sur le rôle souterrain de la Jordanie au service de la stratégie occidentale
http://www.renenaba.com/hassan-et-hussein-le-modernisme-au-service-de-larchaisme/

II- La proclamation du Califat et ses conséquences sur la hiérarchie spirituelle du Monde musulman

Duplicité ? Incohérence ou réflexe de survie ? L’immolation du pilote jordanien capturé par Da’ech a servi de prétexte déclencheur contre un mouvement qui met en péril le principe de sacralité des régimes monarchiques à l’effet de saper à terme les fondements des trônes arabes. La proclamation du califat sur l’ancien territoire des deux premiers empires arabes (Omeyade-Syrie et Abbasside-Irak), dimanche 29 juin 2014, premier jour du mois sacré du Ramadan, au-delà de sa portée symbolique dans l’ordre religieux et politico-historique, a en effet bouleversé radicalement les données de l’échiquier régional.

Sur le plan rituel, l’instauration de ce 5eme califat de l’histoire musulmane, dans la foulée de l’irruption des djihadistes sunnites sur la scène irakienne, a placé sur la défensive les monarques arabes. Par son auto proclamation, acte d’autorité s’il en est, le nouveau calife Ibrahim, de son nom de guerre Abou Bakr Al Baghdadi, a cumulé pouvoir politique et spirituel avec autorité sur l‘ensemble des musulmans de la planète.

Une posture qui l’a hissé, dans l’ordre symbolique et effectif, au rang de supérieur hiérarchique du Roi d’Arabie, le gardien des lieux saints de l’Islam de La Mecque et de Médine, du Roi de Jordanie, descendant de la dynastie hachémite, la famille du prophète, du Roi du Maroc, le commandeur des croyants, d’Ayman Al Zawahiri, le successeur d’Oussama Ben Laden à la tête d’Al Qaida, du directeur d’Al Azhar, la plus prestigieuse Université égyptienne de législation islamique, du président de la confédération mondiale des oulémas sunnites, Youssef Al Qaradawi, le télé prédicateur de l’Otan.

Ah la belle audience califale en perspective. Ah La belle cérémonie d’allégeance des augustes obligés du nouveau calife Ibrahim Abou Bakr Al Baghdadi.

Si les précédents califats ont eu pour siège des métropoles d’empire, -Damas, Bagdad, Le Caire (chiite Fatimide) et Constantinople (Ottoman)-, le dernier venu a planté son pouvoir dans une zone quasi désertique à proximité toutefois des gisements pétroliers générateurs de royalties, les nerfs de sa guerre. De même sur le long chemin du Djihad, des Émirats islamiques ont été institués au Kandahar (Afghanistan), à Falloujah (Irak) et au Sahel, mais aucun n’a jamais songé à planter sa capitale à Jérusalem. Quelle est loin la Palestine des préoccupations de ces joyeux guerriers.

Ce bouleversement symbolique dans la hiérarchie sunnite sur fond d’exacerbation du caractère sectaire de la rivalité sunnite-chiite a modifié sensiblement les termes du conflit. Un retournement de situation qui a placé en porte à faux leurs bailleurs de fonds, principalement l’Arabie saoudite, qui pourrait pâtir de ce débordement rigoriste et en payer le prix au titre de dommage collatéral. La prohibition par le nouveau calife de la démocratie aux Musulmans va, à coup sûr, combler d’aise les Occidentaux, les parrains originels du djihadisme planétaire, et renforcer leur vive sympathie pour les pétromonarchies rétrogrades.

Fruit de la copulation ancillaire entre Al Qaida et d’anciens dirigeants baasistes happés par la tentation d’un alignement sectaire, le commandement de l’ISIS est exclusivement irakien. Autour du noyau central se sont greffés des membres des tribus sunnites d‘Irak lésés par la disparition de Saddam Hussein, des Frères Musulmans irakiens, des Nachkabandistes. Une structure hétéroclite, scellée par une alliance contre nature liée entre Izzat Ibrahim ad Doury, ancien vice-président du Conseil de la Révolution irakienne et successeur de Saddam Hussein à la tête de la guérilla anti-américaine en Irak, et son ancien bourreau, le Prince saoudien Bandar Ben Sultan, un des artisans de la destruction de l’Irak et des assises du pouvoir baasiste sunnite dans ce pays, en vue de restaurer le primat sunnite à Bagdad, dans l’ancienne capitale abbasside.

Trois des grandes capitales de la conquête arabe des premiers temps de l’Islam échappent au contrôle des sunnites : Jérusalem, sous occupation israélienne, Damas, sous contrôle alaouite et Bagdad, sous contrôle kurdo-chiite. Il était st devenu urgent pour les wahhabites et autres hachémites, de crainte d’être démasqués, de laver cette souillure. Pour la Jordanie de détourner la menace pesant sur un royaume, dont la population est constituée dans sa grande majorité de Palestiniens ayant vocation, à ce titre, à servir de patrie de rechange pour les Palestiniens dans l’éventualité d’un règlement de paix selon les termes d’un diktat israélo-américain.

La Syrie de la décennie 2010 remplit une fonction analogue à celle de l’Afghanistan de la décennie 1980. Une guerre dont l’objet a été de dériver le combat pour la libération de la Palestine et de le déporter à 5 000 km du champ de bataille. Dans la pure tradition de la guerre froide soviéto-américaine. Pour preuve, quatre ans de combat en Syrie ont permis à Israël d’achever de phagocyter la totalité de la Palestine.

Un défouloir absolu du djihadisme erratique que les pétromonarchies préfèrent sacrifier sur le théâtre des opérations extérieures plutôt que le réprimer sur le sol national, avec son cortège de représailles. Un dérivatif au combat pour la libération de la Palestine, la « grande oubliée du printemps arabe ».

À contre-courant du flux de la mondialisation, la guerre de Syrie aura été la première opération de délocalisation sud nord d’une « révolution » en ce que ses meneurs auront été des porteurs de nationalité occidentale, salariés de l’ancienne administration coloniale. Des supplétifs, ivres de notoriété, de vanité et de cupidité.

Le surge de l’ISIS apparaît dans un tel contexte comme un coup de semonce aux Arabes, afin qu’ils cessent d’être des pantins désarticulés, complices de leur sujétion.

III- Les fariboles de Christine Lagarde

Saluer la mémoire du roi d’Abdallah à son décès en le qualifiant d’« homme de progrès » et de « modéré » a relevé de la faribole révélant, par contrecoup, le degré de veulerie de la classe politique occidentale à l’égard du roi du pétrole, d’autant plus choquante que cet hommage a émané d’une grande dame de la haute fonction publique internationale, Christine Lagarde, Directrice du Fonds Monétaire International (FMI).

Que ne s’est elle contentée de saluer la mémoire du défunt de la ritournelle de « grand homme d’état », sans conséquence sur sa perspicacité, alors que le wahhabite traîne une solide réputation de polygame compulsif (21 épouses, 63 enfants), que les dames du Royaume pâtissent toujours du statut de « dépendante », à la merci d’un tuteur machiste, sans possibilité de conduire, ni de voyager, que le 1/3 des violences sexuelles sur mineur sont d’origine familiale et qu’enfin, l’Arabie saoudite aura été au XXIme siècle, l’incubateur absolu du djihadisme erratique dans toutes ses déclinaisons, responsable par ricochet des supplices des Chrétiens arabes, dont la France, le pays de Mme Christine Lagarde, en est la protectrice pluri-séculaire (3).

Sur les répercussions de la politique occidentale sur le sort des chrétiens arabes, Cf. à ce propos http://www.renenaba.com/france-vatican-les-deux-francois-et-la-chretiente-d-orient/

IV- Le IV me pouvoir et les Droits de l’Homme : La presse complice du terrorisme ?

Du Timisoara à Sebrenica, à la poudre de pirlin pimpin de Colin Powel sur les armes de destruction massive en Irak, aux gazés de Syrie par les lièvres de la DGSE du journal de référence, aux meurtrières perfides des sous marins de l’administration française avec leur cortège de falsifications… Les erreurs de la presse, quoiqu’en disent les figures de la corporation ne relèvent de l’ordre véniel. Elles ne relèvent pas de l’approximation mais de la désinformation.

Une journaliste d’investigation, Leslie Varenne (4), pointera du doigt, lors de ce colloque, un « journalisme de soumission, résultante de l’inconséquence et de l’indigence », déplorant le fait que « la presse se vit ans le court terme, sans investissement sur le long terme en ce que 92 pour cent des reportages en zone de conflits soient le fait des Free lance », les fameux électrons libres de la profession, accréditant l’idée, par contrecoup, d’une corporation en état d’impotence et de stagnation. À l’instar d’une erreur de pilotage, d’une erreur de diagnostic médical ou de striction chirurgicale, les erreurs du journalisme se doivent d’être traitées comme telles. Une faute lourde, à ce titre, passible de sanctions exemplaires. Une profession qui s’érige en censeur de la vie politique ne saurait s’exonérer de la censure en ce qu’un spécialiste qui se trompe sur l’objet de sa spécialisation cesse d’être un spécialiste et se doit, pour l’honneur de la profession, d’en tirer les conséquences.

Victime ou complice ? Au delà de cette interrogation, la presse entretient avec le terrorisme des liaisons dangereuses, matérialisées avec le journalisme embedded, apparu à l’occasion de l’invasion américaine de l’Irak (2003), signe d’une grave dérive, amplifié par les blogs associés apparus à la faveur de la guerre de Syrie (2011-2014); des micro bloggeurs recrutés dans les zones grises de l’administration publique, nichés dans les rédactions, n’appartenant pas au journal mais tirant crédit de la réputation de leur hébergeur pour discréditer leur contestataire, sans droit de réponse… Sans la moindre déontologie.

Dans le cas de la France, deux des journaux d’accompagnement de la diplomatie hollando-fabiusienne dans la guerre de Syrie -Le Monde et Libération- ont implosé par perte de sens et de finance, évinçant dans l’urgence leur directeur : Nicolas Demorand (Libération) par suite d’une motion de défiance et Nathalie Nougayrède (Le Monde) dans la foulée de la démission collective de sept rédacteurs en chef.

Amplificateur multiplex des thèses atlantistes du pouvoir socialiste, le journal Le Monde actera la défaite française, dans son édition du 1 er octobre 2013. « Loin d’être à la remorque des Américains, la France a cherché à les tirer vers une politique plus décisive sur une politique qui a fait 110.000 morts et menace tout le Moyen orient », soutiendra la directrice du quotidien Nathalie Nougayrède. Dans un éditorial intitulé « les limites de l’influence française », elle vantera la fonction de « diplomatie de repère » de la France, confondant sans doute le fait que la France n’assumait pas une fonction de « diplomatie de repère », ni de balises, mais une diplomatie de repaires et de tanières. Point n’était besoin d’abriter au sein de ce journal un agent d’influence des services français, la grande oreille Ignace Leverrier Wladimir Glassman Al Kazzaz, ou celle du Qatar Nabil Ennasri. Un choix fatal à son magistère.

« Le Monde et Libération, deux bateaux ivres, bientôt fantômes ?», s’est interrogé au vu de ce bilan Jacques Le Bohec, spécialiste de la sociologie des Médias à l’Université Lyon III qui soutient que ce qui menace ces deux quotidiens est une « déchéance et une implosion progressives…» « Deux quotidiens qui furent prestigieux, que l’on consomma avidement et qui ne servent plus que de moyens de pression dans le secteur de la téléphonie mobile ». (Golias hebdo N° 337- semaine du 22 au 28 mai 2014).

Pur hasard ou coïncidence fortuite ?: le chef de meute des islamophilistes français durant la bataille de Syrie, François Burgat, alias « Burqa », le parrain idéologique absolu des thésards -Romain Caillet (IFPO-Liban), fraïchement dégagé de Beyrouth, de l’islamo quatarien Nabil Ennasri (blogueur au journal Le Monde) et Thomas Pierret (blog Médiapart), sera affecté en Jordanie après sa déconfiture libyenne (2012-2013), doté d’un pactole de 2 millions d’euros pour ses vaticinations, avant d’être propulsé à la tête du bureau français du Conseil Européen des Relations Extérieures, le lobby intellectuel de l’Otan. Les plus en vues des atlantistes français, notamment Alain Minc, Bernard Kouchner et Christine Ockrent siègent au comité de parrainage de cette instance chargée de formater les futurs cadres de l’Université Française, par l’octroi d’une allocation de thèse aux aspirants doctorants.

Pour aller plus loin :

les égarements de la presse française :

http://www.renenaba.com/les-islamophilistes-tontons-flingueurs-de-la-bureaucratie-francaise/

http://www.renenaba.com/les-mediactivistes-francais-une-lecture-de-l-histoire-par-le-filtre-religieux/

Le terrorisme au sens moderne est contemporain du journalisme et la « société du spectacle », chère à Guy Debord, n’est désormais plus occidentale, mais universelle. 60% des canaux islamistes incitent à la haine et à la violence faisant de l’émetteur un participant actif à l’exacerbation des antagonismes, alors que parallèlement les violations des droits de la presse ont décuplé durant la dernière décennie et qu’une banalisation de l’état d’exception s’est généralisé, selon les indications fournies lors d’un colloque sur « La protection des journalistes en zone de conflit » tenu à Genève le 18 avril 2014 sous l’égide de l’Institut Scandinave des Droits de l’Homme.

La guerre contre le terrorisme se doit donc de se mener et se gagner dans la clarté : Le texte, le contexte et le prétexte en ce que « la liberté d’information est un leurre, si l’information sur les faits n’est pas garantie et si ce n’est pas les faits eux-mêmes qui font l’objet du débat » (Hannah Arendt) et que « la fonction d’un journaliste est de se ranger, non du côtés des puissants, mais du côté de leurs victimes »(Albert Camus).

1- Le Songe d’une nuit d’été (A Midsummer Night’s Dream) est une comédie de William Shakespeare écrite entre 1594 et 1595. La première inscription de la pièce au registre des Libraires date du 8 octobre 1600. Cette histoire complexe dont l’action se déroule en Grèce, réunit pour mieux les désunir deux couples de jeunes amants. Dans le cas de ce colloque, l’auteur a visé à découpler terrorisme et droits humains, d’une part, et presse et terrorisme, d’autre part.

2- Une passante de sans souci est le titre d’un roman de Joseph Kessel. Indifférente d’apparence, porteuse néanmoins d’un lourd secret, elle est à l’image du traitement réservé par la presse internationale au sombre rôle assumé par la Jordanie lors du mal nommé « printemps arabe ».

3- Pour aller plus loin sur l’Arabie saoudite, Cf. à ce propos « l’Arabie Saoudite, un royaume des ténèbres » René Naba Éditions Golias. http://www.renenaba.com/l-islam-otage-du-wahhabisme/

4- Leslie Varenne est l’auteure des ouvrages suivants : Abobo-la-guerre : Côte d’Ivoire : terrain de jeu de la France et de l’ONU (Fayard) Ségolène : Reine d’un jour, reine de toujours ? (Hugo Doc)

ILLUSTRATION
  • © Louai Beshara, AFP | Le poste frontalier de Nassib était le dernier point de contrôle entre la Syrie et la Jordanie encore contrôlé par le régime Assad.

http://www.madaniya.info/2015/05/25/media-et-terrorisme-la-jordanie-passante-du-sans-souci-du-printemps-arabe/

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