Non, l’Arabie saoudite n’a pas sa place dans un conseil des Droits humains

Non, l’Arabie saoudite n’a pas sa place dans un conseil des Droits humains.

PAR CAROL MANN

Il y a une semaine circulait la rumeur, suivie d’articles, y compris dans un site destiné à répertorier les actions de l’ONU, selon lesquels à partir du lundi 21 septembre, l’ambassadeur de l’Arabie saoudite à Genève, Faisal Bin Hassan Trad, avait été choisi pour présider le panel du Conseil des Droits de l’Homme. J’ai immédiatement réagi en publiant un article sur mon blog dans Mediapart[1]

Quelques jours plus tard, de nouvelles informations ont révélé que l’Arabie saoudite n’est pas à la tête de toute la section des Droits de l’Homme aux Nations Unies, mais dirige le panel qui ratifie des propositions de normes en la matière et désigne des décideurs de droits humains En bref, l’Arabie saoudite devient l’arbitre des valeurs éthiques pouvant cautionner la présence de spécialistes siégeant dans un comité à l’ONU. Les experts recommandés par l’Arabie saoudite seraient tenus de se prononcer sur toute la gamme des abus, y compris la violence contre les femmes, l’orientation sexuelle, les choix religieux, politiques, en bref tout ce que ce pays réprime systématiquement avec une barbarie unique parmi les États reconnus.

Certains sites axés sur l’obsession complotiste ont néanmoins crié au ‘Hoax’, à l’intox. Ils ont été beaucoup plus véhéments que les médias qui ont fait preuve de mollesse, pour ne pas dire d’auto-censure délétère. Le fait que l’Arabie saoudite a pu être considérée pour un pareil poste est une aberration en soi qui fait honte à tous les médias, les militants qui se prétendent défenseurs des droits humains et les gouvernements qui siègent à l’ONU.

Les décisions prises par tout conseil dirigé par des Saoudiens ne peuvent être que conformes à leurs propres principes,éventuellement triés dans leur fichier clients. Imaginons un instant quels seraient les candidats retenus par M. Trad pour son panel: on y verrait donc des fonctionnaires du clan du Maréchal Al-Sissi, des proches de l’AKP du Président Erdogan, des Républicains du Bible Belt, pour faire semblant d’être ouvert, il y aura sûrement un représentant de l’extrême droite israélienne et pour montrer l’ouverture envers l’Europe, un candidat proche du Hongrois Victor Orban, un autre issu de l’Aube Nouvelle. Tous partageant des vues racistes, sexistes, anti-immigration, homophobes et ultralibérales, la paix est assurée lors des débats, l’ONU peut dormir tranquillement sur ses deux oreilles.

Ce n’est pas tout, voyons le record de ce pays appelé à choisir des fonctionnaires qui auront leur mot à dire sur l’avenir des droits humains à un niveau mondial. En six mois, l’Arabie saoudite à déjà fait trancher, en public, la tête (au sabre) de près d’une centaine de condamnés, souvent pour des crimes qui théoriquement, même à Riyadh ne requièrent pas la peine capitale. Selon Amnesty, le soupçon parfois suffit aux juges en absence de preuves concluantes…

Je ne vais pas revenir sur tout ce que j’ai dit dans mon précédent article, aisément consultable, ni à cette comparaison avec les accords de Munich qui revient immanquablement à l’esprit.

Dans la semaine qui a vu l’adoubement de M. Faisal Bin Hassan Trad, son pays est revenu à plusieurs reprises dans les informations qui rendent encore plus grotesque, si cela était possible, sa nomination à un poste aussi important.

Le sort du jeune Ali Mohammed al-Nimr, condamné à être décapité puis crucifié, a attiré les foudres de la presse internationale, d’autant que son double crime se résume à avoir manifestépubliquement et surtout d’être le fils d’un dissident chiite notoire. Même la législation pourtant brutale saoudienne n’en réclame pas autant… en principe.
Ensuite plus de 700 pèlerins sont morts à La Mecque, lors de la cérémonie de la lapidation de Satan, point fort du pèlerinage. Selon les autorités saoudiennes, cette bousculade aurait eu lieu lors de la collision de foules allant en sens inverse. On pourrait croire à une meilleure organisation pour une cérémonie bien rodée depuis des décennies, hautement rentable pour Riyadh, d’autant plus importante avec la chute actuelle du prix du baril. 100 000 policiers avaient été mobilisés.
Selon le quotidien libanais Al Diyar repris par quelques rares sites arabophones et Global Research aux Etats Unis,  la vérité serait ailleurs: le drame aurait été causé par la fermeture d’un des passages menant à la stèle pour que le convoi du prince héritier, Mohamamad Bin Salman Al Saoud, avec ses 200 soldats et 150 policiers puisse foncer en trombe pour qu’il puisse faire son devoir religieux tranquillement:  Salman et sa garde ont rapidement été évacués afin de passer ces événements sous silence. Les autorités saoudiennes, pour des raisons évidentes, chercheraient à étouffer l’affaire. De toute évidence, la vie de modestes pèlerins, qui ont souvent  économisé toute leur vie pour venir à La Mecque, n’a pas la moindre importance pour le gouvernement saoudien.

Le même jour, un attentat-suicide avait lieu au Yemen quand un terroriste de Daech, déguisé en femme s’est fait exploser dans une mosquée Chiite, à Taiz, tuant au moins dix fidèles et en blessant une trentaine. Que Daech travaille aux ordres de l’Arabie saoudite au Yemen, n’est un secret pour personne. Là aussi, l’Arabie saoudite se présente en grand défenseur de l’Islam et pourtant…

Le silence des autorités françaises est d’autant plus cohérent quand on se souvient de la grande nouvelle de la semaine, le fait que l’Égypte a acheté les deux Mistrals, grâce aux 950 millions d’euros avancés par l’Arabie Saoudite. Notre président s’était retrouvé avec les deux navires sur les bras qu’il avait refusé de vendre à la Russie pour cause de haute moralité, histoire de protester contre la guerre en Ukraine. Cependant, la probité morale du Pays des Droits de l’Homme et du Citoyen ne résiste pas au parfum des petrodollars.

La France, comme les États-Unis veut-elle réellement continuer à préserver les sensibilités et les bonnes grâces financières du grand allié salafiste en s’abaissant jusqu’à soutenir sa réputation frauduleuse lui permettant l’octroi d’un poste de responsabilité dans les hautes instances de l’ONU ? Il semblerait que la Corée du Nord, l’Erythrée et le Soudan auraient également envoyé leur candidature mais seule celle, nettement plus rentable, de Riyadh aurait été retenue…

N’en déplaise aux détracteurs et aux champions de l’Arabie saoudite qui veulent minimiser cette situation gravissimen’en déplaise à nos gouvernements de pleutres,  cet État odieux, coupable de crimes gravissimes contre ses citoyens (pour ne pas dire contre l’humanité entière par Daech et Boko-Haram interposés), n’a sûrement pas le droit de siéger dans des instances internationales, ne fût-ce au plus minuscule niveau, mais devrait plutôt être officiellement jugé et condamné par l’ONUpour des façons de faire qui vont à l’encontre de tous les principes des droits humains représentés par les Nations Unies.

Carol Mann, sociologue spécialisée dans la problématique du genre et conflit armé, directrice de l’association Women in War

Source: http://blogs.mediapart.fr/blog/carol-mann/270915/non-larabie-saoudite-na-pas-sa-place-dans-un-conseil-des-droits-humains

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