Les Grecs se serrent un peu plus la ceinture

 

Le Premier ministre grec, Aléxis Tsipras, à la Vouli, le Parlement grec, lors du vote de confiance à son nouveau gouvernement, le 8 octobre à Athènes. Photo Louisa Gouliamaki. AFP
Le Premier ministre grec, Aléxis Tsipras, à la Vouli, le Parlement grec, lors du vote de confiance à son nouveau gouvernement, le 8 octobre à Athènes. Photo Louisa Gouliamaki. AFP

Le Parlement doit voter avant demain une nouvelle série de mesures d’austérité afin d’obtenir la suite des prêts consentis. Les retraités vont morfler.

 

Sur les réseaux sociaux grecs, le plus grand site sportif, Gazzetta.gr, se taille la part du lion. Grâce à…un article politique. Son titre : «Foule en délire au sein de Syriza pour célébrer les nouvelles mesures.» Il présente, sur le mode d’une chronique sportive, des visages de supporteurs de Syriza, réjouis, voire pleurant de joie. Mais il détourne ces vues prises pendant la campagne électorale en inscrivant, en guise de légendes : taux de TVA à 23%, hausse des taux d’imposition, recul de l’âge de la retraite à 67 ans…

Toutes ces mesures font partie du projet de loi déposé le 12 octobre à la Vouli, le Parlement grec, et que le gouvernement «Tsípras 2» devait faire passer avant samedi 17 octobre. Elles sont la conséquence directe de l’accord de prêt signé dans la nuit du 12 au 13 juillet par Aléxis Tsípras, version 1. Cet accord, garantissant 86 milliards d’euros de prêts contre l’application d’importantes réformes et économies budgétaires, a provoqué une scission dans son parti, désormais expurgé de l’aile gauche, et des législatives anticipées, le 20 septembre. Le «Tsípras 2», élu avec plus de 35% des voix, et son allié gouvernemental, les Grecs indépendants (droite souverainiste) ont décidé de faire vite… un peu contraints.

Recapitaliser les banques

Ce n’est qu’une fois ces mesures votées que le Mécanisme européen de stabilité versera les 2 milliards d’euros dont le pays a besoin en octobre. En outre, «nous voulons passer les premières lois rapidement, car la recapitalisation de nos banques ne sera possible qu’après l’évaluation des réformes», explique à Libération Giorgos Katrougalos, ministre du Travail et de la Sécurité sociale. Le système bancaire grec se trouvant en mauvaise santé, l’urgence est de mise.

Au programme des 49 mesures : âge de la retraite allongé, baisse des pensions, hausse des cotisations maladies pour les retraités et introduction d’une cotisation de 6% sur les retraites complémentaires. Objectif : économiser 1 point de PIB par an, soit 1,8 milliard d’euros.

Baisse des retraites de 11% ?

« Dans cette perspective, il faut baisser les retraites de 11% en moyenne », indique Savas Robolis, professeur émérite à l’Université Panteion et spécialiste de la sécurité sociale. Un coup de rabot que le ministre Giorgos Katrougalos promet de na pas appliquer uniformément, visant « une redistribution sociale tout en protégeant le niveau de vie des retraités». Mais la hausse des prélèvements va forcément dégrader leur niveau de vie alors que les pensions ont déjà baissé, en moyenne, de 45% depuis 2010.

Par ailleurs, les caisses de sécurité sociale devraient être unifiées. Certaines corporations, comme les avocats, effectuent déjà un lobbying intense pour préserver leur caisse… et les avantages qui y sont liés.

Un autre chapitre des réformes comprend les mesures fiscales qui devraient générer 2,39 milliards d’euros de recettes. Le taux d’imposition des bénéfices devrait passer de 26% à 29%, la taxe sur le luxe de 5% à 13%, la taxe sur la publicité devrait être rétablie. Le taux de TVA est fixé à 23% pour la quasi-totalité des biens. Seuls 40 biens et services bénéficieront du taux réduit de 13%, et seuls trois un taux réduit de 6% (médicaments, livres et billets de théâtre).

Un vote a priori acquis

Syriza et les Grecs indépendants disposant de 155 des 300 sièges à la Vouli, ils devraient faire passer la loi omnibus sans souci ce vendredi. Un député des Grecs indépendants, Nikos Nikolopoulos, laisse néanmoins entendre qu’il s’y opposera. Du côté des créanciers, certains reconnaissent, à micro fermé : «C’est le texte le plus dur que le gouvernement grec a jamais signé !» Les six partis de l’opposition ont annoncé qu’ils s’exprimeraient contre. Quant aux syndicats, ils appellent à manifester ce vendredi soir.

Un autre paquet de mesures est attendu en novembre. «Nous sommes comme un drogué qui attend sa dose et fait n’importe quoi pour l’avoir», s’amuse Margarita, une fonctionnaire grecque. Avant d’ajouter : «Heureusement que nous rigolons. Ça nous permet de masquer notre désespoir.»

Fabien Perrier A Athènes

http://www.liberation.fr/monde/2015/10/16/les-grecs-se-serrent-un-peu-plus-la-ceinture_1405320
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :