Air France : ce bénéfice qui ne fait pas les affaires de la direction

Air France planes are parked on the tarmac of Charles de Gaulle airport on September 24, 2014 in Roissy during an Air France pilots strike. AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN
Air France planes are parked on the tarmac of Charles de Gaulle airport on September 24, 2014 in Roissy during an Air France pilots strike. AFP PHOTO / STEPHANE DE SAKUTIN

Le groupe Air France KLM a dégagé un bénéfice record au troisième trimestre… mais il ne reviendra pas sur son plan d’économies.

Voilà une amélioration qui ne tombe pas à pic ! Air France-KLM n’a jamais dégagé d’aussi gros profits trimestriels depuis la fusion des deux compagnies en 2004. Avec les 480 millions d’euros de bénéfice net, ou les 898 millions de résultat opérationnel qu’il affiche entre juin et septembre, Alexandre de Juniac, le président de AF-KLM, a deux options :

  • Se réjouir de ce retournement attendu depuis des années et célébrer les bons résultats de son plan premier plan d’économies, le plan Transform 2015.
  • Faire une crise de colère : comment va-t-il maintenant justifier le nouveau plan d’économies, le plan Perform 2020, qu’il continue à juger indispensable ?

La direction de la compagnie savait depuis des mois que les résultats de la fin d’année seraient bons et que cela allait compliquer ses négociations avec les syndicats : c’est d’abord la chute du prix du pétrole qui a fini par se faire sentir sur les comptes. Dans les premiers mois, cette chute était camouflée par ce qu’on appelle les « couvertures » : la compagnie contracte des assurances pour se prémunir contre une hausse du kérosène… mais cette assurance l’empêche aussi de profiter de la baisse.

Au fil des mois, ces contrats de couverture se dénouent, et elle peut acheter son kérosène au prix du marché. Par ailleurs, l’été s’est bien passé, avec des avions quoi ont enregistré des bons taux de remplissage, même si le prix des billets a baissé en raison de la concurrence de plus en plus vive dans le secteur. Et par ailleurs, Air France et KLM engrangent les premiers effets de leurs plans de productivité : le personnel a été réduit de 5.500 personnes, les salaires ont été modérés et même si les pilotes ont pour le moment refusé de faire des efforts, la situation est donc moins critique.

Un message audible ?

Alors, ces profits records vont-ils permettre de revoir le nouveau plan de suppressions d’emplois annoncé début octobre pour 2016 (environ un millier), et celui envisagé pour 2017 (au moins 2000 de plus) si aucun accord n’est trouvé avec les syndicats d’ici la fin de l’année ? Absolument pas :

Cette progression ne permet cependant ni de combler le différentiel de compétitivité avec nos concurrents ni de disposer des moyens de financer la croissance du Groupe. La mise en œuvre du plan Perform 2020 est donc indispensable car la baisse des coûts unitaires est le principal levier dont Air France-KLM dispose pour trouver une croissance rentable dans un environnement concurrentiel. La reprise rapide des négociations avec les organisations professionnelles, à laquelle la direction de l’entreprise les invite, est un élément essentiel de la réussite de ce plan », a simplement commenté le PDG Alexandre de Juniac.

Les compagnies comparables à Air France, comme Lufthansa et surtout British Airways, ont commencé leurs cures d’embellissement financier bien avant elle et elles sont donc en meilleure forme. Idem pour les concurrentes plus agressives comme la low cost Easyjet et les compagnies du golfe, bien plus rentables. Même avec ses bénéfices record, Air France KLM ne dégage pas le cash-flow suffisant pour ouvrir de nouvelles lignes ou investir dans de nouveaux avions plus modernes, et plus rentables. Il lui faut donc réellement trouver de nouvelles sources de revenus, ou d’économies pour tenir le choc.

Ce message-là est-il acceptable par le personnel après quatre ans de vaches maigres ? Le gouvernement va-t-il continuer à soutenir la direction face aux syndicats ? C’est toute la difficulté pour Alexandre de Juniac, qui a perdu l’oreille de son personnel à la suite de plusieurs provocations inutiles qui ont cabré les salariés.

Salariés / direction : un fossé de plus en plus large

Le dialogue social est devenu encore plus compliqué dans la compagnie depuis l’affrontement avec le DRH Xavier Broseta, et l’arrestation chez eux des salariés concernés par l’épisode de la chemise : l’intersyndicale refuse toute reprise du dialogue tant que les procédures continuent contre les salariés en question. Les nouvelles mesures de productivité réclamées par la direction sont désormais refusées aussi bien par les pilotes que par les hôtesses et stewards.

Alexandre de Juniac, qui n’a pas fait preuve jusqu’ici d’un immense talent dans la pédagogie, n’a donc pas encore gagné son combat. Les pilotes estiment déjà que « maintenant l’urgence est moindre somme toute », selon leur porte-parole Emmanuel Mistrali, alors que, de leur côté, les dirigeants restent fixés sur le même diagnostic :

Notre personnel ne comprend toujours pas que notre avenir est menacé si nous n’agissons pas », estime un membre de la direction.

On dirait que le fossé n’a jamais été aussi large entre salariés et direction.

Claude Soula

Source: http://tempsreel.nouvelobs.com/economie/20151029.OBS8549/air-france-ce-benefice-qui-ne-fait-pas-les-affaires-de-la-direction.html

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