Vandana Shiva : « Ils ont transformé l’agriculture en guerre chimique »

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Alors que la Marche Mondiale contre Monsanto se déroulera ce samedi 21 mai, une de leur plus grande opposante, Vandana Shiva, nous livre ses réflexions sur l’agriculture chimique et le culte de la rentabilité. Retour sur le portrait d’une femme aussi exceptionnelle qu’engagée.

L’engagement sans faille d’une indienne cultivée

Vandana Shiva est une Indienne qui a eu de la chance. Contrairement à beaucoup de petites filles de son pays, elle a pu avoir accès à une haute éducation, sa famille appartenant à une des castes supérieures du système inégalitaire qui régit encore l’Inde de nos jours. Et c’est sans doute sa formation qui lui a permis d’être ce qu’elle est aujourd’hui : dans sa jeunesse, elle étudie d’abord la physique-chimie, avant de se lancer dans des études de philosophie, dont elle est diplômée d’un doctorat en 1978, pour finalement se spécialiser dans les politiques environnementales. Lier sciences et questions morales, c’est bien là tout l’engagement de Vandana Shiva.

Agir pour son pays mais aussi pour la planète 

Consciente très tôt des dangers que présente l’industrie de l’agroalimentaire, elle a ouvert dès les années 80 une ferme biologiques dans sa région d’origine, à Dehradun. Depuis plus de trente ans, elle mène ainsi un combat écologique sur plusieurs plans. Sa priorité ? Protéger les graines libres de droit, et en faire le cœur de l’agriculture de demain. Avec son association Navdanya (ou « neuf graines »), elle a aidé à la création de plus de 120 banques de semences en Inde, et de centaines d’autres dans le monde.

Celle qui est souvent appelé la « Pierre Rhabi indienne » favorise aussi la formation et l’accès à cette agriculture plus responsable : elle a ainsi permis à 500 000 fermiers indiens de mieux appréhender et mettre en place une agriculture durable. Ce sont toutes ces actions positives qui l’ont conduite recevoir le prix Nobel alternatif en 1993.

Les mensonges de l’industrie agroalimentaires

La lutte de Vandana Shiva se concentre contre les grands groupes de l’industrie agro-alimentaire, avec, en première ligne, Monsanto. Son combat : faire comprendre au monde que ce n’est pas en produisant plus et de cette manière que l’on va réussir à nourrir la planète. Selon notre prix Nobel, bien que l’industrie agroalimentaire produise des quantités astronomiques de nourriture, très peu finit en réalité dans notre assiette : « La réalité, c’est que dans le monde, 30 % de la nourriture vient des fermes industrielles, et 70 % des petites fermes. Par ailleurs, une grande partie de l’agriculture industrielle est destinée à l’élevage et aux biocarburants. Ce n’est donc pas un système destiné à nourrir la planète, loin de là ».

Autre terrain de combat de Shiva : les pesticides et OGM.  Alors que les grands groupes comme Monsanto défendent qu’on ne peut s’en passer, la penseuse indienne rappelle : « Rappelons d’abord que beaucoup de ravageurs et de mauvaises herbes sont le symptôme d’une agriculture déséquilibrée et sans biodiversité. Les céréales Bt vendues pour contrôler les ravageurs ont de fait généré des résistances chez les ravageurs visés et en ont aussi attiré de nouveaux ». Lorsqu’on sait que 70 millions d’hectares sont aujourd’hui envahis de « super mauvaises herbes », on ne peut qu’être d’accord avec Vandana Shiva : « Ils ont transformé l’agriculture en guerre chimique ».

Produire plus pour polluer plus 

A la pollution chimique s’ajoute la pollution écologique globale : l’agriculture industrielle détruit les sols, l’eau, la biodiversité et le climat. Lors qu’on sait qu’elle est à l’origine de 40% des gaz à effet de serre, il devient évident qu’il faut changer nos modes de consommation. Pour Shiva, s’en est trop : « L’agriculture industrielle génère 30% de notre nourriture mais 75% de la destruction écologique au niveau mondial. Si on passe à 40% de notre nourriture d’origine industrielle, on aurait 100% de destruction, c’est la recette pour une planète morte »

Contre une privatisation des ressources alimentaires

Mais ce que cette leader indienne pour l’agriculture responsable exècre le plus dans l’agriculture industrielle, c’est la mainmise des grands groupes sur des graines grâce aux brevets déposés. Modifiés par leurs laboratoires, Monsanto et d’autres posent des brevets sur des denrées alimentaires qui devraient être accessibles à tous. Lorsqu’un représentant de la firme déclare que « la moitié du prix de vente du coton Bt transgénique re(lève) des redevances de brevet », on en conclue, par un calcul rapide que ces brevets coûtent 10 milliards par an aux fermiers américains.

Contre cela, Vandana Shiva se bat pour conserver certaines espèces de graines libres de droits, estimant qu’il est scandaleux qu’une ressource appartienne à quelqu’un ou un groupe. C’est pour cela qu’elle a crée le Mouvement Mondial de Liberté des semences (Global Seed Freedom), qui mène de nombreuses actions aussi bien au niveau local qu’international.

Malgré tout, son espoir en demain 

Malgré toutes les entourloupes des géants de l’industrie – la dernière en date étant le rachat par Monsanto des centres de recherche sur les abeilles, afin de museler la recherche, dérangeante, lorsqu’elle révèle l’influence néfaste de leurs pesticides –, Vandana Shiva garde espoir. Selon elle, l’agriculture écologique et biologique va l’emporter. A ses détracteurs affirmant qu’on ne peut nourrir le monde au bio – car trop cher et pas assez productif –, elle répond que : « nous pourrions nourrir adéquatement deux fois la population indienne avec juste des fermes biologiques. Les coûts dérivés de l’agriculture industrielle ne sont jamais pris en compte lorsqu’on parle de sa soi-disant « productivité » : ces coûts environnementaux et sociaux cachés sont de 1,2 billion par an en Inde, sans parler des coûts de santé. »

Présente à Paris lors de la COP21 afin de donner des conférences et récolter des signatures pour son Pacte citoyen pour la Terre, la reine indienne de l’écologie pense surtout que tout un chacun peut contribuer à la sauvegarde de la planète, et que c’est par là que passera l’économie responsable de demain.

Sources : Site officiel de la marche Mondiale contre Monsanto / Article de l’Obs sur sa venue à la COP21

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