Angela Davis: « On ne peut pas effacer l’Histoire comme une page Web »

Parce qu’à Washington, ce week-end, il n’y avait pas que Madonna pour regretter la défaite du Bien lors des dernières élections ; parce qu’il ne faut pas laisser la politique identitaire de Clinton et de la fausse gauche corrompre les luttes justes et nécessaires ; parce que le combat pour la justice sociale passe aussi par la résistance au racisme, à la misogynie et au réchauffement climatique, nous reproduisons en intégralité le discours d’Angela Davis prononcé lors de la Marche des Femmes samedi à Washington.  (IGA)


 

En ce moment décisif de notre histoire, rappelons-nous que nous, les centaines de milliers, les millions de femmes, les transgenres, les hommes et les jeunes qui sommes ici à la Marche des Femmes, nous représentons les puissantes forces du changement déterminées à empêcher les cultures agonisantes du racisme et du patriarcat hétéro de se relever.

 

Nous reconnaissons que nous sommes les agents collectifs de l’histoire et que l’histoire ne peut pas être supprimée comme une page Web. Nous savons que nous nous rassemblons cet après-midi sur les terres indigènes et nous suivons la voie des premiers peuples qui malgré la violence génocidaire massive, n’ont jamais renoncé à la lutte pour la terre, l’eau et la culture de leur peuple. Nous saluons particulièrement aujourd’hui les Sioux de Standing Rock.

 

Les luttes pour la liberté des Noirs qui ont façonné la nature de l’histoire de notre pays ne peuvent pas être balayées d’un revers de la main. Nous ne pouvons pas oublier que les vies des Noirs comptent [Black lives matter, NDT]. Ce pays est ancré dans l’esclavage et le colonialisme, ce qui veut dire que pour le meilleur et pour le pire, l’histoire même des États-Unis est une histoire d’immigration et d’esclavage. Propager la xénophobie, vociférer des accusations de meurtres et de viols et construire des murs ne va pas effacer l’histoire.

 

Aucun être humain n’est illégal.

 

La lutte pour sauver la planète, pour arrêter le changement climatique, pour garantir l’accès à l’eau, des terres des Sioux de Standing Rock à Flint en passant par le Michigan, la Cisjordanie et Gaza. Le combat pour sauver la flore et la faune, pour préserver l’air… C’est le Ground Zero de notre lutte pour la justice sociale.

 

C’est une marche des femmes, et cette marche des femmes représente la promesse d’un féminisme contre les pouvoirs pernicieux de la violence étatique, un féminisme inclusif et intersectionnel qui nous invite tous à adhérer à la résistance au racisme, à l’islamophobie, à l’antisémitisme, à la misogynie et à l’exploitation capitaliste.

 

Oui, nous saluons le mouvement « Fight for 15″. Nous nous consacrons à la résistance collective, la résistance aux milliardaires qui profitent des prêts hypothécaires et de la gentrification. Nous nous consacrons à la résistance aux corsaires des soins de santé. La résistance aux attaques contre les musulmans et les immigrés. La résistance aux attaques contre les personnes handicapées. La résistance à la violence de l’État perpétrée par la police et par l’entremise de l’industrie carcérale. La résistance à la violence institutionnelle et personnelle de genre, en particulier contre les femmes transgenres de couleur.

 

Les droits des femmes sont des droits humains partout dans le monde. C’est pourquoi nous disons liberté et justice pour la Palestine. Nous célébrons les libérations imminentes de Chelsea Manning et d’Oscar López Rivera. Mais nous disons aussi liberté pour Leonard Peltier. Liberté pour Assata Shakur.

 

Au cours des prochains mois et des prochaines années, nous serons appelés à intensifier nos revendications de justice sociale pour devenir plus militants dans notre défense des populations vulnérables. Ceux qui défendent encore la suprématie du patriarcat hétéro blanc masculin n’ont qu’à bien se tenir.

 

 

Les prochains 1.459 jours du gouvernement Trump seront 1.459 jours de résistance: résistance sur le terrain, résistance dans les salles de classe, résistance au travail, résistance dans notre art et dans notre musique.

 

Ce n’est que le début. Et pour reprendre les mots de l’inimitable Ella Baker: « Nous qui croyons en la liberté, nous ne pouvons pas nous reposer jusqu’à ce qu’elle arrive. » Je vous remercie.

 

Traduit de l’anglais par Investig’Action

– See more at: http://www.investigaction.net/26766/#sthash.MKNb3tcL.dpuf

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