Les murs et la mondialisation, de Roger Nab‘aa

« Les Hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts. » Isaac Newton.

page2image2988304

Côté cour, deux spectres hantent la mondialisation, le terrorisme à la benladen et les flux migratoires, et la frontière entre les deux est plutôt floue. Dans les deuxcas, elle y lit sa perte assurée. Tout entière consacrée à s’en défendre, toute sa philosophie sociale, politique, humaine… toute sa vision du monde a basculé depuisle 11 septembre, pour faire bref. Désormais qu’elle a identifié ses ennemis, les migrants et les terroristes, son système tout entier s’est articulé et seulement autour des meilleurs moyens d’éradiquer ce Mal absolu. Toute la sémantique du discourspolitique telle qu’elle s’est construite tout au long des luttes des XIXe et XXe sièclesest appelé à changer et change : les droits civils et démocratiques sont balayés par les lois dites « patriotiques » pour lutter contre le « terrorisme », les droits syndicauxsont sacrifiés à l’autel de la « liberté » des échanges, le droit des peuples à lutter pour leur indépendance ne se dit plus qu’en termes de « terrorisme », etc.

Côté jardin, la mondialisation se fait visionnaire d’un avenir aux frontières abolies, d’un monde sans frontières. Son discours se veut ouvert d’une ouverture « primordial » et sans concession : l’ouverture, autrement dit l’abolition des frontières,serait comme son prédicat suprême, sans lequel il ne peut y avoir de mondialisationpuisqu’un monde avec des frontières ne serait plus Le Monde.

D’où la contradiction que traîne au fond d’elle-même la mondialisation :comment « s’ouvrir » quand il faut « s’enfermer » ? Comment concilier deux nécessités inconciliables : la nécessité d’abolir les frontières, à la manière du Web,pour les ouvrir à l’infini de la libre circulation des biens, des marchandises, des idées, des personnes, des capitaux et de… l’anglais, et la nécessité de s’« enfermer » pour se défendre contre les nouveaux « ennemis », dans l’attente espérée de leur extermination ?

C’est à ce point extrême que « migrants » et « terroristes » se rejoignent devant les « murs » de la mondialisation. Mais pas devant n’importe quels murs. Bien que l’histoire de l’humanité ait connu quelques « murs » célèbres*, mon propos ne sesouciera que des « murs » en flagrant délit d’antimondialisation pendant que la mondialisation s’instituait en discours du monde qui fait le monde : les murs donc qui se sont érigés récemment ou connaissent un début d’exécution — comme celui de la Cisjordanie, de Ceuta-Melilla (Espagne/Maroc), des USA/Mexique — ou ceuxqu’on projette de construire — comme ceux de Syrie/Iraq, d’Arabie saoudite/Iraq, ainsi que ceux d’Arabie saoudite/Jordanie, du Pakistan/Inde. Bien que certains deces « murs » (Espagne/Maroc ; USA/Mexique) ont pour principale missiond’endiguer (tarir ?) les flux migratoires des Africains du Nord vers L’Europe et desMexicains-Latinos vers les USA, que la mission des autres est d’endiguer le fluxterroriste (Iraq : Syrie/Iraq + Arabie saoudite/Iraq ; Arabie saoudite/Jordanie ; lesmurs d’Israël), que la mission de certains autres enfin (Pakistan/Inde ; Cisjordanie)est de contenir les deux, le migratoire et le terroriste confondus, tous quoique différemment, servent à protéger les pays de l’Empire du Nord ou de ses « postes »alliés de l’« invasion » des migrants du Sud ou de leurs « terroristes » : tous refoulés« en dehors des murs » sinon à mettre à plat l’ordre de la mondialisation — qui n’aplus le choix dès lors que de périr sous les coups des « barbares » du Sud qui sabotentsa marche triomphale ; ou se protéger de par ses murs qu’elle se trouve contrainte d’ériger physiquement et métaphoriquement (toutes les lois « scélérates » et lesmesures « patriotiques »).

On peut, devant cette contradiction qui travaille la mondialisation, se contenter de constater le fait et, reprenant le cri de Hegel devant les montagnes,s’écrier « C’est ainsi ! » ; on peut tout autant considérer que ces murs ne sont qu’unaccident de parcours et n’entament donc pas la substance de la mondialisation, cependant que l’érection des murs se transforme de plus en plus en politiquepublique et mondiale, et comble du paradoxe, par les promoteurs mêmes de la mondialisation. Tout comme, en sens inverse, on peut faire retour sur cettecontradiction pour chercher à comprendre ce qu’elle cache : qu’empêche-t-elle devoir qui devrait être vu ? qu’empêche-t-elle d’expliciter qui devrait l’être ?

Et ce qui s’y dissimule est que la mondialisation n’est un procès d’ouverture et d’inclusion qu’autant qu’elle est un procès de fermeture et d’exclusion ; pire, c’est un monde structurellement hostile à l’altérité qui rejette de son procès tous « ses » autres qu’elle ne peut inclure ou qui refuse de s’y inclure ? Contrairement à ce qu’elledit elle-même, elle n’instaure pas un ordre d’ouverture à l’autre, de reconnaissance

de l’autre et de tolérance (« dialogue des cultures », « échanges paritaires », « partenariat » …) mais l’ordre du Même, ou l’Autre n’est qu’un « référent » discursif glorifié par le discours pour mieux être (dé)nié dans la réalité.

Non ! les murs de la mondialisation ne sont pas un « accident de parcours » mais des structures de séparation entre deux mondes : ils constituent ce qui sépare, instaure ou institue des frontières entre la mondialisation et ses refoulés. Et ces murs ne sont pas seulement une « chose physique ». Etablissant un « murd’incompréhension » entre l’intérieur et l’extérieur, ils constituent autant desymboles de la vérité tue de la mondialisation.

Publicités

armanda dos santos

Armanda DOS SANTOS Tel : +33 6 17 93 15 15 Mail: armanda@blissyou.fr Journaliste & auteure Thérapeute Ayurvedique Praticienne en Panchakarma, Marmatherapie & Réflexologie Redactrice editoriale d'Ayurveda Magazine France, de The Bliss Way Webzine, co-fondatrice de Nature's Diet (UK), et redactrice pour Everyday Ayurveda (US). Executive Editor de la revue internationale JAHM (Journal of Ayurveda and Holistic Medicine). Membre d'Ayurvéda France, Association des professionnels de l'Ayurvéda en France. Membre de l'Ayurvedic Practitioners Association (APA), en UK. Membre de Yoga International. Maitre Reiki (Reiki Level I, Level II, Master Certification) Disciple du Maitre Zen Thich Nhat Hanh Hijama Therapist, Thérapeute en ventouso-therapie

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s