AMIN MAALOUF OU COMMENT PEUT-ON ÊTRE LIBANAIS ?

Les deux plus belles réussites d’Amin Maalouf sont, à nos yeux en tout cas, Le Rocher de Tanios qui restitue toute la complexité ethnographique de la montagne libanaise (dont les invariants ne sont pas si différents de ceux de nos Alpes) et Les Croisades vues par les Arabes, qui a le grand mérite de casser la fausse équivalence monde-arabe/Islam en rappelant certaines des complexités de l’Orient où des Arabes sont Chrétiens catholiques, Syriaques, Grecs-orthodoxes, etc.

Il y a quelques années, on s’était étonné que le nouvel académicien accepte d’accorder un entretien à une chaîne de télévision israélienne (ou plus précisément une chaîne du Likoud), violant ainsi la loi libanaise qu’il ne pouvait ignorer1. Comprenant bien les forces qu’Amin Maalouf cherchait ainsi à ménager, son geste posait néanmoins la question – et dans toute sa maladresse, volontaire ou non – de la « libanité », de « l’être libanais », sinon de l’appartenance à l’Etat-nation libanais.

Juste avant le confinement, un grand ami nous a offert le dernier Maalouf – Le Naufrage des civilisations2 – dont la quatrième de couverture s’ouvre ainsi : « il faut prêter attention aux analyses d’Amin Maalouf. Ses intuitions se révèlent des prédictions, tant il semble avoir la prescience des grands bouleversements de l’Histoire ». Un tel avertissement valait bien qu’on se lance dans la lecture la plus studieuse d’un tel ouvrage, espérant y trouver quelques nouvelles précisions sur les Proche et Moyen-Orient, sinon sur cette « libanité » qui ne cesse de ressurgir et de nous interroger depuis l’éclatement d’une guerre civile qui a duré quinze longues années et dont les fractures sont loin, si loin d’être refermées.

GEOGRAPHIE MOUVANTE

Dès les premières pages, Amin Maalouf nous parle de « l’idéal levantin », à travers ses souvenirs familiaux d’une « géographie mouvante » – « allant d’Alexandrie à Beyrouth, Tripoli, Alep ou Smyrne, et de Bagdad à Mossoul, Constantinople, Salonique, jusqu’à Odessa ou Sarajevo » -, relevant à juste titre qu’une coexistence harmonieuse aurait dû prévaloir alors que « c’est l’incapacité de vivre ensemble qui est devenue la règle ». Dont acte, même si l’on reste sur sa fin concernant l’« idéal levantin », sur lequel la plume reste d’une prudence de Sioux, puisqu’on l’a déjà dit plus haut – il ne faut pas désespérer les collègues de l’Académie et les éditions Grasset, dont les choix éditoriaux passent davantage par Tel-Aviv que la rue des Saints-Pères.

Sans véritablement rappeler les conditions historiques de la naissance de l’Etat-nation libanais – pour lesquelles on ne peut que renvoyer aux deux grands livres du regretté Gérard Khoury3 et à ceux du politologue Georges Corm4 -, Amin Maalouf relève, sans la nommer vraiment, la nature « d’Etat-tampon » du Pays du Cèdre : « au fil des ans, des crises et des guerres, la terre libanaise est devenue un champ ouvert où se livraient, directement ou par personnes interposées, d’innombrables combats : entre Russes et Américains, entre Israéliens et Palestiniens, entre Syriens et Palestiniens, entre Syriens et Israéliens, entre Irakiens et Syriens, entre Iraniens et Saoudiens, entre Iraniens et Israéliens – la liste est longue. Et à chaque fois les belligérants extérieurs obtenaient le concours de telle ou telle faction locale qui, sous prétexte d’excellents prétextes, jugeait habile et légitime de s’appuyer sur eux pour avancer ses propres pions, sans trop se soucier du pays et de ses équilibres fragiles ». Imparable !

Mais l’éphémère lucidité d’Amin Maalouf atteint vite les limites de l’acceptable pour la préservation de sa position sociale : « et dans les rapports entre les Musulmans et les Juifs, c’est également la méfiance qui prévaut, née cette fois d’une rivalité relativement récente mais extrêmement virulente entre des nationalismes adossés à la religion et qui se trouvent embarqués dans une guerre totale… ». La méfiance ? Depuis la fondation d’Israël en 1948, ce « petit Etat de merde », comme disait le regretté Daniel Bernard – grand diplomate français -, n’a cessé de multiplier agressions et guerres à l’encontre de ses voisins arabes, avec soutiens et armes des pays occidentaux, premiers responsables de l’Holocauste.

Plus loin : « je ne doute pas qu’il se trouve, sous tous les cieux, d’innombrables personnes de bonne volonté qui veulent sincèrement comprendre l’Autre, coexister avec lui, en surmontant leurs préjugés et leurs craintes. Ce qu’on ne rencontre presque jamais, en revanche, et que je n’ai connu moi-même que dans la cité levantine où je suis né, c’est ce côtoiement permanent et intime entre des populations chrétiennes ou juives imprégnées de civilisation arabe, et des populations musulmanes tournées vers l’Occident, sa culture, son mode de vie, ses valeurs ». Que c’est beau ! Courageux mais pas téméraire, Amin Maalouf se garde bien de prendre parti… nous refaisant le coup du renvoi – dos à dos – des deux parties aussi responsables l’une que l’autre… Comme disait Jean-Luc Godard, l’objectivité et l’équilibre, « ce n’est pas une minute pour les Camps d’un côté, et une minute pour Hitler de l’autre, c’est un peu plus compliqué… ».

UNE LECTURE POLITIQUE

Durant la guerre au Liban de l’été 2006, Israël a pris soin de détruire systématiquement toutes les infrastructures du pays – autoroutes, ponts, dépôts de carburant, phares et balises -, affirmant vouloir ramener « le Pays du Cèdre à l’âge de la pierre… ». Mais pas un mot là-dessus de la part de notre académicien. Ce dernier se garde tout aussi bien d’évoquer une seule fois dans son ouvrage le droit des Palestiniens… leur droit légitime, pour eux-aussi, à la construction d’une nation. On note par ailleurs quelques mièvreries humanistes sur la guerre civilo-globale de Syrie, sans rappel des faits, ni analyse, ni mise en perspective. Un peu court pour quelqu’un qui ambitionnait de nous éclairer sur le « naufrage des civilisation » !

Dans Comment peut-on être Breton ? – paru en 1970 -, Morvan Lebesque se livrait à une brillante analyse de l’histoire de l’unification politique et territoriale de la France. Et si ce livre a eu tellement de succès, constamment réédité, c’est justement parce qu’il nous proposait une lecture politique. Qu’on la partage ou non n’est pas la question, le propre de l’essai n’est-il pas de sortir des généralités convenues pour ouvrir la discussion ?

Par analogie, on pensait qu’Amin Maalouf allait examiner la même question transposée aux Proche et Moyen-Orient : Comment peut-on être Libanais ? Malheureusement rien de tel, l’auteur restant empêtré dans sa soupe consensuelle. Durant une dizaine de pages, il va même jusqu’à s’excuser d’avoir été « marxiste », sinon « communiste ». Mais quelle horreur ! Page 100 : « j’ai fait partie de cette cohorte, brièvement ». Ouf, nous voilà rassurés !

Amin Maalouf a quitté le Liban en 1976, après un an de guerre civile. On ne sait ni pourquoi, ni comment. On n’apprend rien sur le déclenchement de cette tragédie, pas plus que sur son « pays d’adoption » – la France -, dont il ne dit rien non plus… Sur son pays d’origine : « dans plusieurs communautés du pays, des milices commençaient à se former, des arsenaux se constituaient, et de nouveaux dirigeants apparaissaient, avec un discours jusque-là inconnu : puisque l’armée n’est manifestement pas capable de remplir sa mission, « les citoyens » s’en chargeront eux-mêmes. Mais les-dits « citoyens » n’avaient pas tous la même vision des choses. Pour les uns, la mission que l’armée aurait dû remplir, c’était de s’opposer aux Israéliens, coûte que coûte. Pour les autres, c’était de s’opposer aux Palestiniens ». Et pour Amin Maalouf ? On ne le saura jamais, alors que telle est bien la question adjacente à celle du Comment peut-on être Libanais ?

QUEL EST L’ENNEMI ?

En effet, pour quoi les Libanais ont-ils été incapables de construire une nation ? Cela supposait un projet commun, une ambition partagée, et, surtout d’identifier l’ennemi, oui – l’ennemi – qui, depuis 1948 a multiplié les actes hostiles envers une nation en construction qui avait l’insolence d’aspirer au pluri-confessionnalisme. L’historien Georges Corm rappelle souvent que dans la nuit du 28 au 29 décembre 1968, un commando héliporté israélien effectue une attaque surprise à l’aéroport international de Beyrouth et détruit 14 appareils de ligne de la MEA – Middle East Airlines -, de la Trans-Mediterranean-Airways et de la Lebanese-International-Airways  (LIA), qui fera faillite à la suite de cette attaque.

On peut aussi mentionner l’opération Litani – du 14 au 21 mars 1978 – au cours de laquelle l’armée israélienne envahit une partie du Liban-Sud dans une profondeur de 40 kilomètres. En 1982, l’invasion du Liban jusqu’à Beyrouth fut des plus meurtrières. Jusqu’en juillet 2000, l’occupation du Liban-Sud a été possible par la création d’une milice de collaborateurs. La torture sévissait alors dans la prison de Khiam et dans d’autres lieux clandestins de détention envers et contre toutes les conventions de Genève. Suivra une occupation particulièrement meurtrière elle-aussi, avant les massacres de Sabra et Chatila, commis par des milices libanaises d’extrême-droite, encouragées par la soldatesque de Tel-Aviv. On pourrait multiplier les exemples d’agressions venant toujours de la même direction…

Avant et après la guerre de l’été 2006, l’auteur de ces lignes – qui avait son bureau à Gemmayzeh – peut témoigner de violations quotidiennes des eaux territoriales et de l’espace aérien libanais par des bateaux et des chasseurs d’à côté. A ce jour, aucune paix durable n’a été signée entre Beyrouth et Tel-Aviv et il est bien clair que l’ennemi numéro-1 du Pays du Cèdre reste bien Israël et ses alliés.

Malgré tout, il se trouve encore des forces politiques – comme le groupuscule d’extrême-droite des Forces Libanaises – pour pactiser avec Tel-Aviv contre l’intérêt national. Quelques-uns de ses représentants utilisent mon pays – la France – pour y diffuser leur propagande pro-israélienne… qui fait tellement de mal au Liban.

L’ancien ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine le dit très clairement : la mondialisation se caractérise par nombres d’évolutions complexes qui voit la multiplication d’acteurs (pas seulement étatiques). Une différence radicale s’opère entre les pays qui savent ce qu’ils veulent – parce qu’ils connaissent leurs ennemis et leurs intérêts clairement identifiés – et ceux qui ne le savent pas, qui ne peuvent pas savoir parce qu’ils ne partagent aucune perception commune de l’ennemi ni de leurs propres intérêts.

ARABES-CHRETIENS

Le Liban est toujours victime de cette indécision chronique, toujours déchiré entre ses fils et filles qui revendiquent leur appartenance pleine et entière au monde arabe – communautés chrétiennes et musulmanes confondues – et ceux et celles qui refusent et récusent cette évidence géographique au nom d’une improbable filiation « phénicienne », pure fantasmagorie historico-démographique.

L’auteur de ces lignes se souvient aussi d’avoir été proprement agressé par une tantine d’Achrafieh alors qu’il dédicaçait son livre – La Tuerie d’Ehden ou la malédiction des Arabes chrétiens5 lors du Salon du livre francophone de Beyrouth en novembre 2009. C’est Georges Corm qui lui avait conseillé de parler des « Arabes chrétiens » et non des « Chrétiens d’Orient », afin de bien signifier que les « Arabes » n’étaient pas tous musulmans, le monde arabe complexe et pluriel regroupant bien d’autres confessions. La vieille dame hurlant littéralement en ameutant la foule : « mais voyons, nous ne sommes pas arabes… Nous sommes phéniciens ! » ; comme si le qualificatif d’« arabe » était la dernière des insultes.

Oui au Liban, qui n’a pas l’exclusivité de ce mal , un racisme anti-arabe, profondément ancré depuis des générations, a constitué et constitue encore l’un des principaux obstacles à l’élaboration de la nation. Il ne s’agit pas ici de faire la leçon à qui que ce soit. Avant de s’affirmer comme Etat-nation, la France éternelle s’est étripée, des siècles durant, entre Catholiques et Protestants, après les massacres répétitifs d’Albigeois, Cathares et autres Vaudois hérétiques afin de conquérir de nouvelles possessions territoriales. La loi qui sépare l’Eglise de l’Etat ne date que de… 1905, c’est dire !

Fernand Braudel nous a appris que les édifications nationales sont toujours des processus de longue durée. En Europe, France et Angleterre ont commencé à s’affirmer de « manière nationale » à travers une longue guerre de succession – la Guerre de Cent ans (1337 – 1453). Plus tardivement l’Espagne et le Portugal se constitueront en Etats nationaux par leurs entreprises coloniales respectives, tandis que l’Allemagne et l’Italie s’unifieront plus tardivement en participant au « mouvement des nationalités » qui va, au XIXème siècle, reconfigurer l’ensemble de l’Europe.

Encore une fois relire Gérard Khoury notamment, permettra de voir comment la France – à travers sa confrontation ancestrale avec la Grande Bretagne – a favorisé la création du Liban, mais surtout aussi quel cadeau empoisonné elle lui a légué avec un système politique qui répartit encore les postes gouvernementaux en fonction de l’appartenance confessionnalo-communautaire. Malgré tout, le Liban existe toujours. Heureusement ! Mais la question de la « libanité », du Comment peut-on être Libanais ? se pose toujours !

UN LIBAN SYMPTOMAL

Là où Amin Maalouf a mille fois raison, c’est – en droite ligne de l’allégorie de Jean-Paul II : « Liban, pays message » – de prendre son pays d’origine comme un point de départ, un poste d’observation à partir duquel regarder le monde, son histoire et ses difficultés actuelles. En effet, partant du Liban et de la « libanité », on peut mieux comprendre les difficultés du monde actuel et de la mondialisation. Et en effet, plus qu’un message, le Liban est un « symptôme » de notre condition humaine. Dialectiquement à la fois en retard et en avance, le Liban anticipe, de manière condensée, non seulement les logiques d’une guerre civile permanente, récurrente et généralisée, mais aussi l’impossibilité de construire durablement un Etat Providence régulateur, sinon protecteur. Cet obstacle historique laisse le champ libre à une corruption généralisée des prédateurs mafieux qui prétendent défendre les intérêts de leur « communauté », de leur clan, de leur tribu, de leur région ; une dynamique qui nous ramène aux logiques féodales les plus inégalitaires.

Prisonnier de cette logique du renard dans le poulailler, le Liban et son économie se sont « dollarisés », ses banques aux taux d’intérêt artificiellement gonflés entretenant la fuite en avant d’une économie de plus en plus « financiarisée ». Cette évolution a généré une économie virtuelle perdant progressivement toute espèce de rapport avec la vie réelle et la satisfaction des besoins quotidiens de la population libanaise : crise récurrente des ordures, coupures d’électricité à répétition, absence de santé et de transports publics, éducation privatisée, inflation galopante, chômage structurel, etc. et règlements de compte sanglants récurrents.

De fait, les maux actuels du Liban, annoncent les évolutions morbides et mortifères en passe de se généraliser à l’ensemble de la planète – et ce, bien avant le déclenchement de la pandémie de covid-19 qui va, sans doute, accélérer et amplifier le processus.

Oui, le Liban est « symptomal » parce qu’il résume, de manière extrêmement condensée, l’un des scénarios les plus noirs de la destinée humaine. Mais, dialectiquement, l’autre face du message ramène à une incroyable résilience et capacité à faire vivre ensemble des communautés ethniques et religieuses différentes. Problème : le Liban, c’est deux départements français et son confinement géographique explique plusieurs de ses malédictions historiques « condensées » à l’extrême.

Face à la configuration des Etats de la région, découpés à la règle par les anciennes puissances coloniales en fonction d’intérêts pétroliers, d’axes de communication et de profondeur stratégique, la question de la géographie n’a cessé de se poser. Cette problématique fondamentale sera à la base de la philosophie politique d’Antoun Saadé6 et de son approche visionnaire du Croissant fertile et de la Grande Syrie, méthodiquement occultée par les anciennes puissances coloniales, comme par les pays arabes et Israël.

Pourquoi le nom d’Antoun Saadé a-t-il disparu des livres d’histoire et des études scientifiques consacrées aux Proche et Moyen-Orient ? Justement, parce qu’il reprenait la cartographie du grand royaume arabe (avec Damas pour capitale) promis par Londres au Cheikh de la Mecque et à son fils Fayçal après le déclenchement de la grande révolte arabe de 1916 contre l’empire Turc. A ce propos, il faut lire et relire de livre de Régina Sneifer7, ainsi que celui de Philippe Simonnot8, démonstration définitive sur la Déclaration Balfour et l’installation d’un « foyer juif » en Palestine qui devait sonner le glas des promesses britanniques.

Evidemment, ces considérations « non politiquement correctes » n’ont pas droit de cité dans le Proche-Orient et la Libanité d’Amin Maalouf, qui doit tenir son rang dans le landerneau parisien. Du même tonneau, le livre se termine par quelques considérations tout aussi creuses que générales sur le réchauffement climatique, la révolution numérique et les réseaux a-sociaux dont on n’apprendra pas non plus s’ils participent ou non au « naufrage des civilisations ».

LA GUERRE DE TROIE PERMANENTE

En définitive, si nous ne recommandons pas la lecture du dernier Maalouf, nous vous proposons, comme chaque semaine depuis le début du confinement, deux lectures ou relectures de bonheur. D’abord le succulent petit conte de Luis Sepulveda – Histoire d’une mouette et du chat qui lui apprit à voler. Ensuite, La Guerre de Troie n’aura pas lieu de Jean Giraudoux, représentée pour la première fois le 21 novembre 1935 au Théâtre de l’Athénée, sous la direction de Louis Jouvet.

Extrait : « Et ils conviennent que la guerre est le pire fléau du monde, et tous deux, à suivre du regard ces reflets et ces rides sur les eaux, à recevoir sur l’épaule ces pétales de magnolias, ils sont pacifiques, modestes et loyaux. Et ils s’étudient. Ils se regardent. Et, tiédis par le soleil, attendris par un vin clairet, ils ne trouvent dans le visage d’en face aucun trait qui justifie la haine, aucun trait qui n’appelle l’amour humain, et rien d’incomparable non plus dans leurs langages, dans leur façon de se gratter le nez ou de boire. Et ils sont vraiment combles de paix, de désirs de paix. Et ils se quittent en se serrant les mains, en se sentant des frères. Et ils se retournent de leur calèche pour se sourire… Et le lendemain pourtant éclate la guerre… Ainsi nous sommes tous deux maintenant… Nos peuples autour de l’entretien se taisent et s’écartent, mais ce n’est pas qu’ils attendent de nous une victoire sur l’inéluctable. C’est seulement qu’ils nous ont donné pleins pouvoirs, qu’ils nous ont isolés, pour que nous goûtions mieux, au-dessus de la catastrophe, notre fraternité d’ennemis. Goûtons-la. C’est un plat de riches. Savourons-la… Mais c’est tout. Le privilège des grands, c’est de voir les catastrophes d’une terrasse ».

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