Au centre social de Amel à Haret Hreik : place à l’émotion !

« La France ne lâchera jamais le Liban, mais il faudrait qu’il ne se lâche pas lui-même. » Cette phrase du ministre français des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian, lancée au Dr Kamel Mehanna lors de sa visite du centre social de l’association Amel à Haret Hreik, semble résumer le message que la France a voulu transmettre au Liban. Si les entretiens officiels du ministre français avec les différents responsables qu’il a rencontrés étaient empreints de solennité, au centre de Amel, les discussions étaient placées sous le signe de l’émotion.

Par Scarlett HADDAD

C’était d’ailleurs un événement en soi que le chef du Quai d’Orsay se rende dans le centre de l’association à Haret Hreik, ce quartier étant situé au cœur de la banlieue sud de Beyrouth, considérée comme le fief du Hezbollah. Toutefois, il n’y avait aucun signe de la présence de ce dernier, et c’est sous les drapeaux français et libanais que le ministre a fait son entrée dans le centre.

Accompagné de l’ambassadeur Bruno Foucher et des membres de la délégation venue avec lui au Liban, Jean-Yves Le Drian est arrivé au centre de Amel à 16 heures précises et y a été accueilli par le président fondateur de l’association et les membres de son équipe. Le Drian, dont le pays contribue à financer certains projets exécutés par l’association, a visité les quatre étages du centre, s’intéressant aux différents services et activités qu’il offre aux déplacés syriens, mais aussi aux Libanais dans le besoin. Il faut préciser que lorsque ce centre a été ouvert, il accueillait essentiellement les réfugiés irakiens au Liban, mais que de crise en crise, il a dû adapter ses services aux nouvelles situations provoquées par les guerres, les troubles et les difficultés économiques dont les populations payent le prix fort. D’ailleurs, Jean-Yves Le Drian n’a pas manqué de faire remarquer à son interlocuteur qu’auparavant on s’intéressait essentiellement aux réfugiés syriens, mais que désormais il faudrait surtout penser aux Libanais, ajoutant que dans ce pays, il y a tellement de ressources et de potentialités humaines qui ne veulent que s’exprimer.

Le ministre français a tenu à effectuer cette visite en dépit de son programme chargé, pour faire part de la préoccupation de la France face à la crise sociale que traverse actuellement le pays et de son souhait à l’aider concrètement sur le terrain. Malgré tout, les allusions politiques étaient présentes. Le responsable français, dont la visite est la première d’une personnalité européenne depuis la formation du gouvernement de Hassane Diab, a rappelé à plusieurs reprises que pour que les partenaires potentiels apportent leur aide au Liban, ils doivent avoir confiance en lui. « Or, cette confiance n’est pas là actuellement », a-t-il dit. Il a même affirmé qu’il s’agit d’une visite « de grande alerte », et alors que les Libanais affirment attendre la France pour ce qu’elle peut entreprendre pour les aider, il préfère déclarer que « c’est plutôt la France qui attend le Liban ».Jean-Yves Le Drian a posé au cours de sa visite des questions détaillées sur le fonctionnement de Amel, notant au passage qu’il s’agit d’une association non confessionnelle, qui croit dans l’homme et dans sa dignité, indépendamment de ses appartenances confessionnelles, religieuses, politiques ou géographiques. Il s’est aussi entretenu avec des familles venues se faire soigner au centre ou bénéficier des aides qu’il offre aux démunis, les écoutant attentivement exprimer leurs craintes pour l’avenir et leur angoisse du quotidien. Une fois la tournée terminée, il s’est entretenu avec l’équipe de Amel. Le Dr Mehanna a fait remarquer à son interlocuteur qu’il est médecin depuis pratiquement un demi-siècle et qu’il a toujours travaillé dans l’urgence, tant les crises se sont succédé au Liban et dans la région. Il a affirmé aussi que son objectif est de préserver la dignité de l’homme dans cette région, où hélas elle est souvent bafouée.

Il y avait donc, dans cette visite et dans les conversations qui l’ont jalonnée, une certaine tristesse, due à un sentiment d’impuissance face à l’état des lieux social dans le monde arabe en général, et au Liban en particulier. D’ailleurs, le Dr Mehanna a insisté sur la gravité de la situation au Liban, appelant à la solidarité avec ce pays et rappelant que son effondrement serait une catastrophe pour tout le monde, y compris pour les Européens. Il a ainsi fait remarquer que « Chypre est à deux heures et demie de Beyrouth, et si le Liban devait s’effondrer, il y aurait aussitôt un afflux de réfugiés vers l’Europe… ».

Il faut préciser que pendant cette visite qui a duré près de 35 minutes, le courant électrique s’est coupé plusieurs fois, donnant un aperçu des difficultés que vivent les Libanais en cette période de grande chaleur. Mais pour détendre l’atmosphère, Kamel Mehanna, qui sait alterner les moments de gravité avec des intermèdes plus légers, a raconté une anecdote selon laquelle Adam et Ève auraient finalement découvert qu’ils vivaient au Liban, puisqu’ils n’avaient ni eau ni électricité, alors qu’ils se croyaient au paradis. Le ministre français a répliqué dans un rire : « Mais ils ont quand même survécu et ils sont encore là… » Comme quoi même dans le quotidien le plus sombre, il y a toujours de l’espoir. Mais cette fois, c’est aux Libanais de le construire.

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