Vers une partition du Liban ? par Thierry Meyssan

[1] “Is the Only Solution to Lebanon’s Woes”, by Joseph Kechchian, Foreign Policy, September 2020. Video: “The Issue of Partition with Joseph Kéchichian”, The Beirut Bayan, September 29, 2020.

Joseph Kechchian, un célèbre politologue états-unien travaillant pour l’Arabie saoudite, a présenté, dans un article publié par Foreign Policy, un projet de partition du Liban[1]. Son raisonnement se fonde sur le constat historique de l’échec du système confessionnel (ou plutôt «consociationaliste» selon la terminologie d’Arend Lijphart). Cependant, il ne propose pas de cartes, juste l’idée de séparer les chiites des autres Libanais et d’instituer une fédération.

Or, depuis plusieurs mois, les négociations conduites par l’ambassadeur des États-Unis à Beyrouth, Dorothy Shea, portent principalement sur deux sujets: l’exploitation du gaz en Méditerranée et sur le système bancaire; ces deux sujets étant liés. Enfin, le réputé républicain de Caroline du Sud, Joe Wilson, a déposé un projet de loi au Congrès pour «Imposer certaines mesures à l’égard des zones dominées par le Hezbollah au Liban et en Amérique latine et imposer des sanctions à l’encontre de hauts responsables politiques étrangers au Liban, au Venezuela, à Cuba et au Nicaragua soutenant le Hezbollah.» (H.R. 8445).

Constatant l’usage par les États-Uniens d’une nouvelle expression: «les banques favorables au Hezbollah», le quotidien libanais Al-Akhbar (proche de la Résistance) émet l’hypothèse que les États-Unis explorent la possibilité de fermer toutes les banques au Sud-Liban, de négocier avec la communauté chiite une quote-part sur les revenus des hydrocarbures en Méditerranée, et de préparer la partition du pays.

Cette hypothèse semble confirmée par l’attitude de la France, qui semblent agir pour le même groupe US.

[1] “Is the Only Solution to Lebanon’s Woes”, by Joseph Kechchian, Foreign Policy, September 2020. Video: “The Issue of Partition with Joseph Kéchichian”, The Beirut Bayan, September 29, 2020.

La mauvaise pièce du président Macron au Liban

Par Thierry Meyssan

Jouant au Deus ex machina, le président Macron est venu distribuer les bons et les mauvais points aux dirigeants libanais. Sûr de sa supériorité, il s’est dit honteux du comportement de cette classe politique. Mais tout ceci n’est qu’une mauvaise pièce de théâtre. En sous-main, il s’attache à détruire la Résistance et à transformer le pays en un paradis fiscal. 

Le président français, Emmanuel Macron, a consacré une de ses rares conférence de presse à la situation dans un pays étranger, le Liban. Il a déclaré: «Le Hezbollah ne peut en même temps être une armée en guerre contre Israël, une milice déchaînée contre les civils en Syrie et un parti respectable au Liban. Il ne doit pas se croire plus fort qu’il ne l’est. Il doit montrer qu’il respecte les Libanais dans leur ensemble et il a montré le contraire ces derniers jours ». Sayed Hassan Nasrallah lui répondra le 29 septembre. 

Réagissant à l’explosion du port de Beyrouth, le 4 août 2020, le peuple libanais et la presse internationale y ont vu un accident imputable à la corruption des autorités portuaires. Pour notre part, après analyse des premiers indices, nous mettions immédiatement en question la thèse de l’accident et privilégions celle de l’attentat. Le président français Emmanuel Macron se rendait en urgence au Liban pour sauver le pays. Deux jours plus tard, nous émettions sur une télévision syrienne, Sama, l’hypothèse de la poursuite de l’opération de mise en œuvre de la résolution 1559.

L’hypothèse de la résolution 1559

De quoi s’agit-il? Cette résolution franco-états-unienne de 2004 a été rédigée sur instruction du président US, George W. Bush, à partir d’un texte rédigé par le Premier ministre libanais d’alors, Rafic Hariri, avec l’aide du président français, Jacques Chirac. Elle visait à faire reconnaître par le Conseil de sécurité des Nations Unies les objectifs formulés par le secrétaire d’État US, Colin Powell:


-chasser la force de paix syrienne issue des Accords de Taëf[1];


-en finir avec la Résistance libanaise à l’impérialisme;


-empêcher la réélection du président libanais, Émile Lahoud.

Or, le 14 février 2005, Rafic Hariri, qui n’était plus Premier ministre et venait de se réconcilier avec le Hezbollah, fut assassiné dans un méga-attentat dont le président libanais Émile Lahoud et son homologue syrien, Bachar el-Assad, furent accusés d’être les commanditaires. La force de paix syrienne se retira et le président Lahoud renonça à se représenter.

Rétrospectivement, il apparaît

-que l’attentat n’a pas été réalisé au moyen d’explosifs classiques véhiculés dans une camionnette blanche, ainsi que l’on feint de le croire toujours, mais au moyen d’une arme alliant nanotechnologie et combustible nucléaire enrichi dont très peu de puissances disposaient à l’époque[2];


-que l’enquête internationale diligentée par les Nations Unies fut en réalité une opération secrète CIA-Mossad dirigée contre les présidents Lahoud et Assad ainsi que contre le Hezbollah. Elle se fracassa lors d’un énorme scandale mettant en lumière de faux témoins recrutés et payés par les enquêteurs de l’Onu[3];

-que toutes les charges contre les suspects ont été abandonnées et qu’un organe de l’Onu, abusivement qualifié de «Tribunal spécial pour le Liban» sans en avoir les attributs juridiques, a refusé d’examiner des preuves et a condamné par contumace deux membres du Hezbollah.

En définitive, plus personne n’osa évoquer à nouveau la fin de la Résistance libanaise stipulée par la résolution 1559.

Cette Résistance s’est formée autour de familles chiites lors de l’invasion israélienne (Opération «Paix en Galilée»), en 1982. Après la victoire, ce réseau est progressivement entré en politique sous le nom de Hezbollah. Lors de sa création, il était fasciné par la révolution anti-impérialiste iranienne et adossé à l’armée syrienne ainsi que l’a révélé son secrétaire général en 2011, sayyed Hassan Nasrallah. Cependant, après le retrait de la force de paix syrienne du Liban, il se tourna presque entièrement vers l’Iran. Il revint vers la Syrie lorsqu’il réalisa qu’une défaite de Damas face aux Frères musulmans ne provoquerait pas seulement la destruction de la Syrie, mais aussi celle du Liban. Durant toutes ces années, il a à la fois acquis un arsenal gigantesque et une expérience du combat, de sorte qu’il est aujourd’hui la première armée non-étatique au monde. Ses succès et les moyens dont il dispose ont attiré à lui quantité de gens qui ne partagent pas forcément ses idéaux. Sa transformation partielle en parti politique lui a fait acquérir les mêmes défauts que les autres partis politiques libanais, corruption comprise.

Aujourd’hui, le Hezbollah n’est pas un État dans l’État libanais, mais en bien des situations, il est l’État à la place du chaos. Face à ce phénomène hybride, les Occidentaux ont réagi en ordre dispersé: les États-Unis l’ont classé comme «terroriste», tandis que les Européens ont subtilement distingué, en 2013, son versant civil avec qui ils discutent de son versant militaire, qu’ils condamnent également comme «terroriste». Pour justifier leur décision face à leurs opinions publiques, les Occidentaux ont développé quantité d’opérations secrètes visant à attribuer au Hezbollah soit des attentats antérieurs à son existence (contre les contingents militaires des USA et de la France lors de la réunion régionale des services secrets alliés), soit des attentats à l’étranger (notamment en Argentine et en Bulgarie).

Terminer l’application de la résolution 1559 [4] signifie aujourd’hui désarmer le Hezbollah et le transformer en un simple parti politique, aussi corrompu par les Occidentaux que les autres.

L’intervention française

Le président Emmanuel Macron a été le premier chef d’État à se déplacer au Liban après l’explosion du port de Beyrouth où il s’est rendu deux fois. Il s’est engagé à ne pas laisser tomber le pays et à l’aider à se réformer. Il a présenté une «feuille de route» qui a été agréée par tous les partis politiques. Celle-ci prévoyait la formation d’un gouvernement de mission chargé de mener des réformes économiques et financières. Cependant, Mustapha Adib, le Premier ministre désigné a constaté l’impossibilité d’y parvenir et a démissionné. Le président Macron a alors convoqué une conférence de presse, le 27 septembre. Il y a conspué toute la classe politique et a explicitement accusé le Hezbollah et le mouvement Amal et implicitement leur allié, le président Michel Aoun, d’avoir fait échouer sa tentative de sauvetage du Liban

Les arguments du président Macron n’ont convaincu que ceux qui ne connaissent pas l’histoire du Liban. Au contraire, nos lecteurs savent [5] que ce pays n’a jamais été une nation et par conséquent n’a jamais pu être une démocratie. Il est partagé depuis la colonisation ottomane par diverses communautés confessionnelles qui y coexistent sans se mêler les unes aux autres. 

Cette division a été institutionnalisée par la Constitution (1926) inspirée par la France, puissance mandataire. Puis, son fonctionnement à tous les niveaux de l’État a été fixé dans le marbre par les États-Unis et l’Arabie saoudite, lors des accords de Taëf (1989) qui mirent fin à la guerre civile. De ce point de vue, il est pour le moins étrange de reprocher au personnel politique d’avoir corrompu l’État alors que la corruption est une conséquence directe et inexorable des institutions qui leur ont été imposées par l’étranger.

Surtout, il est inadmissible d’entendre un président étranger se poser en donneur de leçons et déclarer qu’il a honte pour les dirigeants libanais. D’autant que cet étranger représente une nation qui a une lourde responsabilité historique dans la situation actuelle.

Il semble que dans la pratique, les parrains du Liban ont l’intention de renverser la classe politique corrompue qu’ils ont mise en place et de la remplacer par un gouvernement de technocrates formés dans leurs meilleures écoles. Celui-ci sera chargé de réformer les Finances, de restaurer le paradis fiscal de l’âge d’or libanais, mais surtout de ne pas de casser le système confessionnel de manière à ce que la dépendance du pays vis-à-vis de ses parrains se poursuive. Ce pays serait ainsi voué à rester colonisé sans se l’avouer et à décapiter quelques uns de ses dirigeants tous les trente ou quarante ans.

Dans l’esprit des commanditaires du président Macron, les troubles qui agitent l’Arabie saoudite ont fait échouer le projet d’une zone franche pour milliardaires, Neom. Il convient donc d’utiliser à nouveau le Liban pour échapper à leurs propres obligations fiscales.

Rappelons par ailleurs que lorsque la France s’est dotée d’institutions laïques, elle en a immédiatement privé toutes ses colonies considérant que la religion était le seul moyen de pacifier les peuples qu’elle contrôlait. Le Liban est le seul pays au monde où un mollah chiite, un mufti sunnite et un patriarche chrétien peuvent imposer leurs points de vue aux partis politiques.

Les attaques réitérées du président Macron contre le Hezbollah vont précisément dans le sens de mon hypothèse: l’objectif ultime des Occidentaux est de détruire la Résistance et de transformer le Hezbollah en un parti aussi corrompu que les autres.

En effet, selon Emmanuel Macron, le Hezbollah actuel est à la fois une «milice», une «organisation terroriste» et un parti politique. Or, nous l’avons vu, il est en réalité à la fois la première armée non-gouvernementale dédiée à la lutte contre l’impérialisme et un parti politique représentant la communauté chiite. 

Il ne s’est jamais rendu responsable d’actions terroristes à l’étranger. Toujours selon M. Macron, il a instauré «un climat de terreur», inhibant les autres formations politiques. 

Or, le Hezbollah n’a jamais utilisé son gigantesque arsenal contre ses rivaux libanais. La brève guerre de 2008 ne l’a pas opposé aux sunnites et aux druzes, mais à ceux qui hébergeaient des centres d’espionnage de puissances étrangères (notamment dans les locaux d’archives de FuturTV).

Durant la conférence de presse, il a également été fait référence à l’exigence du Hezbollah et d’Amal de choisir le ministre des Finances. Cette requête apparemment saugrenue est vitale pour la Résistance. Non pas pour piller l’État, comme certains le sous-entendent, mais pour contourner les sanctions états-uniennes contre la Résistance. Saad Hariri après s’y être opposé, s’y était rallié dès qu’il en a saisi l’enjeu. C’est pourquoi contrairement à ce qu’a prétendu le président Macron, l’échec de la formation du gouvernement n’est pas imputable au Hezbollah ou à quelque autre formation libanaise, mais à la volonté française de casser la Résistance.

Lors de l’élection du président Jacques Chirac, le mandataire saoudien Rafic Hariri finança très largement sa campagne électorale provoquant un incident mémorable au Conseil constitutionnel français. Identiquement lors de l’élection du président Emmanuel Macron, Saad Hariri (fils du précédent) finança sa campagne quoiqu’à moindre échelle. Aussi lorsque M. Macron annonça que la communauté internationale sauverait financièrement le Liban si celui-ci appliquait sa feuille de route, Saad Hariri exigea un retour sur investissement, à savoir 20 % des sommes à venir. Après consultation de son principal donateur, l’États-uno-Israélien Henri Kravis[6], Emmanuel Macron refusa et menaça de sanctions les trois présidents du Liban (de la République, de l’Assemblée et du Gouvernement).

La France calcule à partir de sa connaissance historique de la région. Cependant, elle n’en a pas compris certaines de ses évolutions ainsi que l’attestent ses échecs en Libye, en Syrie, et dans la négociation irano-US. Si elle s’inquiète de l’influence de la Turquie au Liban, elle surestime celle de l’Arabie saoudite et de l’Iran, minore celle de la Syrie et ignore celle de la Russie.

Pour ceux qui observent précisément ce qui se passe, la France n’est pas honnête dans sa sollicitude face au Liban. Ainsi, les voyages du président Macron avaient été précédés de la diffusion d’une pétition appelant la France à rétablir son mandat sur le Liban, c’est-à-dire à le recoloniser. Il fut rapidement établi que cette pétition spontanée était une initiative des services secrets français. Ou encore, le second voyage du président français correspondait au centenaire de la proclamation du Grand Liban par le général Henri Gouraud, leader du Parti colonial français. Il n’est pas bien difficile de comprendre ce que la France espère obtenir en rémunération de son action contre la Résistance.

Thierry Meyssan

Le livre de Thierry Meyssan sur la guerre israélienne contre le Liban, en 2006, est le mieux documenté et le le plus avisé sur cet événement. Vous pouvez le commander directement au Réseau Voltaire.

[1Accord de Taëf»,Réseau Voltaire, 23 octobre 1989.

[2Révélations sur l’assassinat de Rafiq Hariri», par Thierry Meyssan,Оdnako (Russie) ,Réseau Voltaire, 29 novembre 2010.

[3] «La commission Mehlis discréditée», par Talaat Ramih, Réseau Voltaire, 9 décembre 2005.

[4Résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU (Texte et débats)», Réseau Voltaire, 2 septembre 2004.

[5] «Les Libanais, prisonniers de leur Constitution», «Le Liban face à ses responsabilités», par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 octobre 2019 et 21 juillet 2020.

[6] «Envers qui Emmanuel Macron est-il débiteur?», par Thierry Meyssan,Réseau Voltaire, 11 décembre 2018.

Envers qui Emmanuel Macron est-il débiteur?

Par Thierry Meyssan

On présente souvent le président Macron comme un Rothschild Boy. C’est exact, mais c’est accessoire. Thierry Meyssan montre qu’il doit sa campagne électorale principalement à Henry Kravis, le patron d’une des plus grandes sociétés financières globales, et à l’Otan; une lourde dette qui pèse aujourd’hui sur la solution de la crise des Gilets jaunes

Emmanuel Macron ne se destinait pas à la politique. Jeune homme, il espérait devenir philosophe, puis haut-fonctionnaire, puis banquier d’affaire. Pour arriver à ses fins, il fréquenta les bonnes fées de l’Oncle Sam: la French-American Foundation et le German Marshall Fund of the United States.

C’est dans ce cadre, qu’il a rencontré Henry et Marie-Josée Kravis, dans leur résidence de Park Avenue, à New York [1]. Les Kravis, soutiens indéfectibles du Parti républicain US, comptent parmi les grandes fortunes mondiales qui font la politique hors du champ des caméras. Leur société, KKR, est avec Blackstone et le Carlyle Group, l’un des principaux fonds d’investissement dans le monde.

«La curiosité d’Emmanuel pour la «can do attitude, cette capacité à se dire que si l’on veut on peut, était fascinante. Mais il a une volonté de savoir, de comprendre ce qui marche sans pour autant l’imiter ou le copier qui le fait rester très français», déclare aujourd’hui Marie-Josée Drouin (Madame Kravis)[2].

Muni de la double recommandation des Kravis et de Jean-Pierre Jouyet [3], il intègre le cercle fermé de l’équipe de campagne de François Hollande. Dans un e-mail adressé à la secrétaire d’État US, Hillary Clinton, le directeur de la planification politique Jake Sullivan, décrit les quatre principaux membres de l’équipe de campagne du candidat socialiste, dont l’inconnu Emmanuel Macron. Il précise qu’il devrait devenir le Directeur général du Trésor (« the top civil servant at the Finance Ministry ») [4].

Cependant lorsque François Hollande est élu, Emmanuel Macron devient l’adjoint du secrétaire général de l’Élysée, une fonction plus politique. Il semble qu’il ambitionnait de succéder à Jean-Pierre Jouyet comme directeur de la Caisse des dépôts et consignations, poste qui échut en mai 2014 au secrétaire général de l’Élysée. Il est invité, quelques jours plus tard, au Club de Bilderberg sur proposition des époux Kravis. Il y fera une violente intervention dans un anglais parfait contre son patron, François Hollande. De retour à Paris, il démissionne de son cabinet.

Les époux Kravis sont parmi les principaux piliers du Bilderberg, dont Marie-Josée Drouin-Kravis est administratrice. Contrairement à une idée répandue, le Bilderberg n’est pas un lieu de décision. Ses archives attestent qu’il a été créé par la CIA et le MI6, puis est devenu un organe d’influence de l’Otan qui en assure directement la sécurité [5]. L’intervention de Macron ayant été bien reçue, il devient un des hommes de l’Otan en France.

Ayant quitté la politique, il ne souhaite plus y revenir. Il explique à maintes reprises à son entourage qu’il entend devenir professeur d’université. Avec l’aide de l’essayiste Alain Minc (adoubé en 2008 au Bilderberg), il obtient un poste à l’université de Berlin et un autre à la London School of Economics, mais ne parvient pas à être embauché à Harvard.

Pourtant, en août 2014 —trois mois après avoir « quitté la politique »—, il est nommé par François Hollande sur proposition de Jean-Pierre Jouyet (adoubé en 2009 au Bilderberg), ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique.

Dans un livre paru en 2018, François Hollande assure que ce choix était son idée [6]. C’est possible, mais cela suppose qu’il n’a pas été informé de l’intervention de Macron au Bilderberg. Or, une de ses ministres et amie, Fleur Pellerin y avait également été invitée.

En décembre 2014, Henry Kravis créé sa propre agence de Renseignement, le KKR Global Institute. Il nomme à sa tête l’ancien directeur de la CIA, le général David Petraeus. Celui-ci va poursuivre avec les moyens privés de Kravis (le fonds de placement KKR) —et sans en référer au Congrès— l’opération « Timber Sycamore » que le président Barack Obama avait initiée. C’est le plus important trafic d’armes de l’Histoire impliquant au moins 17 États et représentant plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’armes pour plusieurs milliards de dollars [7]. À ce titre, Kravis et Petraeus sont les principaux fournisseurs de Daesh [8].

Le président du Bilderberg, le Français Henri de Castries, invite le député-maire du Havre, Édouard Philippe à la réunion annuelle, qui se tient cette fois en juin 2015 en Autriche. Il sera à nouveau invité, en Allemagne cette fois, en mai 2016. Lors de la campagne présidentielle en France, Henri de Castries et Édouard Philippe seront des soutiens de François Fillon. Ils le laisseront tomber dès que Jean-Pierre Jouyet [9] aura fourni au Canard enchaîné les documents financiers réunis par l’Inspection des finances sur les emplois douteux de Madame Fillon [10]. Ils se rallieront alors à Emmanuel Macron.

En avril 2016, Emmanuel Macron fonde sa formation politique, En Marche !, dont le marketing est calqué sur Kadima !, le parti prétendument ni-droite ni-gauche d’Ariel Sharon. Son programme, quant à lui, décline les notes de l’OCDE [11] et celles de l’Institut Montaigne, dont Henri de Castries est le président. C’est d’ailleurs dans les locaux de l’Institut qu’il est créé. Mais Castries fait croire à Fillon qu’il ne soutient pas Macron et que c’est pure coïncidence. Il continuera d’ailleurs à lui faire croire durant des mois qu’il est prêt à devenir son Premier ministre.

Initialement, le financement d’En Marche ! n’est pas contrôlé. C’est une simple association qui peut recevoir des dons de l’étranger. Le nom des donateurs n’est pas transmis au fisc. L’archi-milliardaire Henry Kravis est de ceux-là.

Durant sa campagne, Emmanuel Macron rencontre régulièrement l’ancien président du FMI, Dominique Strauss-Kahn (« DSK »). Ces séances de travail seront niées jusqu’à ce qu’elles soient révélées par Le Parisien, bien plus tard, le temps que son image de pervers sexuel se soit atténuée. DSK (adoubé par le Bilderberg en 2000) apporte à la fois le soutien de la haute-fonction publique et celui du patronat français ; l’alliance sociologique qui avait porté à bout de bras le régime collaborationniste de Philippe Pétain et qui s’est reformée dans les années 80 autour de la Fondation Saint-Simon.

En juin 2018, le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer est invité sur proposition d’Henri de Castries à la réunion annuelle du Bilderberg, qui se tient cette fois en Italie. Ce juriste, spécialiste de droit constitutionnel, a toujours lié la science politique et la pédagogie. Il a été l’un des trois directeurs centraux du ministère de l’Éducation, puis directeur de la prestigieuse École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC). Il connaissait depuis longtemps Castries qu’il a fréquenté au sein de l’Institut Montaigne.

Lorsque la crise des Gilets jaunes débute en France [12], il est rapidement évident que le problème est profond et ne pourra pas être résolu sans remettre en cause la globalisation financière, ce que le président Macron ne peut pas faire. Durant sa campagne électorale, il avait surpris ses donateurs lors d’un dîner à New York en faisant le procès de financiarisation de l’économie. C’était de la rhétorique électorale. Il avait été repris par les Kravis : la financiarisation, c’est ce qui autorise les « achats à effet de levier » (leveraged buy-out) qui leur ont permis de devenir ce qu’ils sont.

Il convient donc que face aux Gilets jaunes, le président Macron sacrifie son Premier ministre en victime expiatoire lors des prochaines élections (les européennes de mai 2019 qui seront à coup sûr perdues). Mais, outre qu’il lui faut tenir cinq mois encore, par qui le remplacer ? Lorsque l’on doit le financement de sa campagne électorale et le choix de son Premier ministre à l’Otan, il n’est pas pensable de le remplacer sans en référer à l’Alliance. Le candidat idéal à cette fonction serait donc Jean-Michel Blanquer.

Thierry Meyssan

[1] Cette rencontre s’est probablement tenue en 2007. Par la suite, Emmanuel Macron a systématiquement rendu visite aux Kravis lors de ses déplacements aux États-Unis, tandis qu’Henry Kravis le recevait dans ses bureaux de l’avenue Montaigne lorsqu’il venait à Paris.

[2] « Quand Emmanuel Macron découvrait l’Amérique à 29 ans », François Clemenceau, Le Journal du Dimanche, 22 avril 2018.

[3] Jean-Pierre Jouyet est un ami personnel de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Il a dirigé l’Inspection générale des Finances de 2005 à 2007. Il était alors le supérieur hiérarchique d’Emmanuel Macron.

[4] « Hollande Team », e-mail by Jake Sullivan, May 10, 2012. Source : Wikileaks.

[5] « Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg », par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda (Russie), Réseau Voltaire, 9 avril 2011.

[6Les leçons du pouvoir, François Hollande, Stock, 2018.

[7] « Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[8] « Saisir des transnationales pour reconstruire la Syrie ? », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 14 août 2018.

[9] Jean-Pierre Jouyet est resté ami avec Henri de Castries à la fin de leurs études à l’École nationale d’Administration (ENA, Promotion Voltaire). C’est là qu’ils ont fait la connaissance de François Hollande.

[10] Contrairement à la version officielle, les informations du Canard enchaîné ne sont pas le fruit d’une investigation journalistique. La totalité du dossier a été fournie en une seule fois à l’hebdomadaire par Jean-Pierre Jouyet en violation du secret fiscal.

[11] L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est un des deux organismes issus du Plan Marshall. L’autre, c’est l’Otan.

[12] « Comment l’Occident dévore ses enfants », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 4 décembre 2018.

11 DÉCEMBRE 2018

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C’est dans ce cadre, qu’il a rencontré Henry et Marie-Josée Kravis, dans leur résidence de Park Avenue, à New York [1]. Les Kravis, soutiens indéfectibles du Parti républicain US, comptent parmi les grandes fortunes mondiales qui font la politique hors du champ des caméras. Leur société, KKR, est avec Blackstone et le Carlyle Group, l’un des principaux fonds d’investissement dans le monde.

«La curiosité d’Emmanuel pour la can do attitude, cette capacité à se dire que si l’on veut on peut, était fascinante. Mais il a une volonté de savoir, de comprendre ce qui marche sans pour autant l’imiter ou le copier qui le fait rester très français», déclare aujourd’hui Marie-Josée Drouin (Madame Kravis) [2].

Muni de la double recommandation des Kravis et de Jean-Pierre Jouyet [3], il intègre le cercle fermé de l’équipe de campagne de François Hollande. Dans un e-mail adressé à la secrétaire d’État US, Hillary Clinton, le directeur de la planification politique Jake Sullivan, décrit les quatre principaux membres de l’équipe de campagne du candidat socialiste, dont l’inconnu Emmanuel Macron. Il précise qu’il devrait devenir le Directeur général du Trésor («the top civil servant at the Finance Ministry») [4].

Cependant lorsque François Hollande est élu, Emmanuel Macron devient l’adjoint du secrétaire général de l’Élysée, une fonction plus politique. Il semble qu’il ambitionnait de succéder à Jean-Pierre Jouyet comme directeur de la Caisse des dépôts et consignations, poste qui échut en mai 2014 au secrétaire général de l’Élysée. Il est invité, quelques jours plus tard, au Club de Bilderberg sur proposition des époux Kravis. Il y fera une violente intervention dans un anglais parfait contre son patron, François Hollande. De retour à Paris, il démissionne de son cabinet.

Les époux Kravis sont parmi les principaux piliers du Bilderberg, dont Marie-Josée Drouin-Kravis est administratrice. Contrairement à une idée répandue, le Bilderberg n’est pas un lieu de décision. Ses archives attestent qu’il a été créé par la CIA et le MI6, puis est devenu un organe d’influence de l’Otan qui en assure directement la sécurité [5]. L’intervention de Macron ayant été bien reçue, il devient un des hommes de l’Otan en France.

Ayant quitté la politique, il ne souhaite plus y revenir. Il explique à maintes reprises à son entourage qu’il entend devenir professeur d’université. 

Avec l’aide de l’essayiste Alain Minc (adoubé en 2008 au Bilderberg), il obtient un poste à l’université de Berlin et un autre à la London School of Economics, mais ne parvient pas à être embauché à Harvard.

Pourtant, en août 2014 —trois mois après avoir «quitté la politique»—, il est nommé par François Hollande sur proposition de Jean-Pierre Jouyet (adoubé en 2009 au Bilderberg), ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique.

Dans un livre paru en 2018, François Hollande assure que ce choix était son idée [6]. C’est possible, mais cela suppose qu’il n’a pas été informé de l’intervention de Macron au Bilderberg. Or, une de ses ministres et amie, Fleur Pellerin y avait également été invitée.

En décembre 2014, Henry Kravis créé sa propre agence de Renseignement, le KKR Global Institute. Il nomme à sa tête l’ancien directeur de la CIA, le général David Petraeus. Celui-ci va poursuivre avec les moyens privés de Kravis (le fonds de placement KKR) —et sans en référer au Congrès— l’opération «Timber Sycamore» que le président Barack Obama avait initiée. C’est le plus important trafic d’armes de l’Histoire impliquant au moins 17 États et représentant plusieurs dizaines de milliers de tonnes d’armes pour plusieurs milliards de dollars [7]. À ce titre, Kravis et Petraeus sont les principaux fournisseurs de Daesh [8].

Le président du Bilderberg, le Français Henri de Castries, invite le député-maire du Havre, Édouard Philippe à la réunion annuelle, qui se tient cette fois en juin 2015 en Autriche. Il sera à nouveau invité, en Allemagne cette fois, en mai 2016. Lors de la campagne présidentielle en France, Henri de Castries et Édouard Philippe seront des soutiens de François Fillon. Ils le laisseront tomber dès que Jean-Pierre Jouyet [9] aura fourni au Canard enchaîné les documents financiers réunis par l’Inspection des finances sur les emplois douteux de Madame Fillon [10]. Ils se rallieront alors à Emmanuel Macron.

En avril 2016, Emmanuel Macron fonde sa formation politique, En Marche!, dont le marketing est calqué sur Kadima!, le parti prétendument ni-droite ni-gauche d’Ariel Sharon. 

Son programme, quant à lui, décline les notes de l’OCDE [11] et celles de l’Institut Montaigne, dont Henri de Castries est le président. C’est d’ailleurs dans les locaux de l’Institut qu’il est créé. Mais Castries fait croire à Fillon qu’il ne soutient pas Macron et que c’est pure coïncidence. Il continuera d’ailleurs à lui faire croire durant des mois qu’il est prêt à devenir son Premier ministre.

Initialement, le financement d’En Marche! n’est pas contrôlé. C’est une simple association qui peut recevoir des dons de l’étranger. Le nom des donateurs n’est pas transmis au fisc. L’archi-milliardaire Henry Kravis est de ceux-là.

Durant sa campagne, Emmanuel Macron rencontre régulièrement l’ancien président du FMI, Dominique Strauss-Kahn («DSK»). Ces séances de travail seront niées jusqu’à ce qu’elles soient révélées parLe Parisien, bien plus tard, le temps que son image de pervers sexuel se soit atténuée. DSK (adoubé par le Bilderberg en 2000) apporte à la fois le soutien de la haute-fonction publique et celui du patronat français; l’alliance sociologique qui avait porté à bout de bras le régime collaborationniste de Philippe Pétain et qui s’est reformée dans les années 80 autour de la Fondation Saint-Simon.

En juin 2018, le ministre de l’Éducation nationale et de la Jeunesse, Jean-Michel Blanquer est invité sur proposition d’Henri de Castries à la réunion annuelle du Bilderberg, qui se tient cette fois en Italie. Ce juriste, spécialiste de droit constitutionnel, a toujours lié la science politique et la pédagogie. Il a été l’un des trois directeurs centraux du ministère de l’Éducation, puis directeur de la prestigieuse École supérieure des sciences économiques et commerciales (ESSEC). Il connaissait depuis longtemps Castries qu’il a fréquenté au sein de l’Institut Montaigne.

Lorsque la crise des Gilets jaunes débute en France [12], il est rapidement évident que le problème est profond et ne pourra pas être résolu sans remettre en cause la globalisation financière, ce que le président Macron ne peut pas faire. 

Durant sa campagne électorale, il avait surpris ses donateurs lors d’un dîner à New York en faisant le procès de financiarisation de l’économie. C’était de la rhétorique électorale. Il avait été repris par les Kravis: la financiarisation, c’est ce qui autorise les «achats à effet de levier» (leveraged buy-out) qui leur ont permis de devenir ce qu’ils sont.

Il convient donc que face aux Gilets jaunes, le président Macron sacrifie son Premier ministre en victime expiatoire lors des prochaines élections (les européennes de mai 2019 qui seront à coup sûr perdues). 

Mais, outre qu’il lui faut tenir cinq mois encore, par qui le remplacer? Lorsque l’on doit le financement de sa campagne électorale et le choix de son Premier ministre à l’Otan, il n’est pas pensable de le remplacer sans en référer à l’Alliance. Le candidat idéal à cette fonction serait donc Jean-Michel Blanquer.

1] Cette rencontre s’est probablement tenue en 2007. Par la suite, Emmanuel Macron a systématiquement rendu visite aux Kravis lors de ses déplacements aux États-Unis, tandis qu’Henry Kravis le recevait dans ses bureaux de l’avenue Montaigne lorsqu’il venait à Paris.

[2] «Quand Emmanuel Macron découvrait l’Amérique à 29 ans», François Clemenceau, Le Journal du Dimanche, 22 avril 2018.

[3] Jean-Pierre Jouyet est un ami personnel de François Hollande et de Nicolas Sarkozy. Il a dirigé l’Inspection générale des Finances de 2005 à 2007. Il était alors le supérieur hiérarchique d’Emmanuel Macron.

[4] «Hollande Team», e-mail by Jake Sullivan, May 10, 2012. Source: Wikileaks.

[5] «Ce que vous ignorez sur le Groupe de Bilderberg», par Thierry Meyssan, Komsomolskaïa Pravda (Russie), Réseau Voltaire, 9 avril 2011.

[6]- Les leçons du pouvoir, François Hollande, Stock, 2018.

[7] -«Des milliards de dollars d’armes contre la Syrie», par Thierry Meyssan,Réseau Voltaire, 18 juillet 2017.

[8] «Saisir des transnationales pour reconstruire la Syrie?», par Thierry Meyssan,Réseau Voltaire, 14 août 2018.

[9] Jean-Pierre Jouyet est resté ami avec Henri de Castries à la fin de leurs études à l’École nationale d’Administration (ENA, Promotion Voltaire). C’est là qu’ils ont fait la connaissance de François Hollande.

[10] Contrairement à la version officielle, les informations du Canard enchaîné ne sont pas le fruit d’une investigation journalistique. La totalité du dossier a été fournie en une seule fois à l’hebdomadaire par Jean-Pierre Jouyet en violation du secret fiscal.

[11] L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) est un des deux organismes issus du Plan Marshall. L’autre, c’est l’Otan.

[12] «Comment l’Occident dévore ses enfants», par Thierry Meyssan,Réseau Voltaire, 4 décembre 2018

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Qui détruit le Liban et pourquoi?

Par Thierry Meyssan

23 Décembre 2020

Si la destruction de cinq États du Moyen-Orient élargi au cours des deux dernières décennies a nécessité des guerres meurtrières, celle du Liban a été réalisée par les Libanais eux-mêmes, sans qu’ils s’en rendent compte. La résistance a vu impuissante le pays s’effondrer. Il est en effet possible de gagner une guerre sans avoir à la livrer

En quelques mois, le Liban que l’on présentait souvent —à tort— comme «le seul État démocratique arabe», voire comme la «Suisse du Moyen-Orient», s’est effondré. Successivement, des manifestations populaires contre la classe politique (octobre 2019), une crise bancaire (novembre 2019), une crise sanitaire (juillet 2020), une explosion au port de Beyrouth (août 2020) ont provoqué une disparition soudaine des classes moyennes et une baisse générale du niveau de vie de l’ordre de 200 %.

Du point de vue libanais, cette horreur serait due à la gestion catastrophique du pays par la classe politique, dont tous les dirigeants seraient corrompus à l’exception du responsable de la communauté confessionnelle à laquelle appartient celui que l’on interroge. Ce préjugé absurde révèle une population intolérante et masque la réalité.

Depuis l’occupation ottomane [1], singulièrement depuis l’indépendance en 1942, et plus encore depuis la guerre civile (1975-90), la population libanaise ne forme pas une Nation [2], mais un agrégat de communautés confessionnelles. La Constitution et les Accords de Taëf attribuent toutes les fonctions politiques et désormais tous les emplois publics, non pas selon les capacités des citoyens, mais en fonction de quotas communautaires. 

Chaque communauté a choisi ses chefs, généralement d’anciens seigneurs de la guerre civile, que la communauté internationale a reconnus. Ceux-ci ont géré en leur nom propre les subventions que les anciennes puissances coloniales leur ont offertes pour leur communauté. Ils se sont attribués des redevances mirobolantes, qu’ils ont transférées depuis longtemps à l’étranger, mais ont aussi distribué de très grosses sommes d’argent pour entretenir leur «clientèle» à l’image des antiques sénateurs romains. Il est donc parfaitement stupide de les accuser aujourd’hui de corruption alors qu’on les a célébrés durant des décennies pour le même travail.

Ce système était entretenu par les États-Unis et l’Union européenne. Ainsi le président de la Banque du Liban, Riad Salamé, était célébré comme le meilleur argentier du monde occidental avant d’être accusé d’avoir caché une centaine de millions de dollars sur des comptes personnels au Royaume-Uni. Ou encore, la haute-représentante de l’Union européenne, Federica Mogherini, prétendait octroyer une aide au Liban pour résoudre sa crise des déchets tout en aidant les deux anciens Premiers ministres, Saad Hariri et Najib Mikati, à détourner une centaine de millions de dollars de cette somme [3].

Seuls les Libanais, qui ont été maintenus dans un état d’inconscience politique durant quatre-vingt ans et n’ont toujours pas compris ce qu’ils ont vécu durant la guerre civile, ne s’en rendent pas compte.

Comment ne pas remarquer que l’effondrement du Liban, fait suite à ceux du Yémen, de la Syrie, de la Libye, de l’Irak et de l’Afghanistan? Comment ne pas remarquer qu’en 2001, le secrétaire à la Défense US, Donald Rumsfeld, et son conseiller, l’amiral Arthur Cebrowski, préconisaient d’adapter la mission des forces armées US au capitalisme financier naissant? Selon eux, il convenait de détruire toutes les structures étatiques de tous les États du «Moyen-Orient élargi» afin que nul —ennemi ou ami— ne puisse empêcher l’exploitation de la région par les multinationales états-uniennes.

Si nous admettons que cette «Guerre sans fin» (sic), proclamée par le président George W. Bush, se poursuit effectivement, nous devons constater que la destruction des structures étatiques du Liban a été réalisée à moindre frais. 

Toutefois, compte-tenu de l’efficacité de la résistance libanaise, il convenait d’atteindre cet objectif par des moyens non-militaires échappant à la vigilance du Hezbollah. Tout avait déjà été décidé en avril 2019 ainsi qu’en a attesté la réponse états-unienne à la délégation libanaise venue visiter le département d’Etat US[4].

Quatre puissances coalisées, les États-Unis, le Royaume-Uni, Israël et la France ont joué un rôle déterminant dans ce plan.


Le Pentagone a fixé l’objectif: détruire le Liban et exploiter les champs de gaz et de pétrole (plan de l’ambassadeur Frederic C. Hof).

Whitehall a fixé la méthode [5]: manipuler la génération postérieure à la guerre civile afin de dégager le système actuel sans le remplacer. Ses spécialistes de la propagande ont ainsi organisé la prétendue «révolution d’octobre» qui, contrairement à ce que l’on a parfois cru, n’avait absolument rien de spontané [6].

Israël a détruit l’économie grâce à son contrôle de toutes les communications téléphoniques (sauf le réseau privé du Hezbollah) et son implantation dans le système bancaire mondial. Il a provoqué la déroute bancaire en convainquant des cartels de drogues sud-américains qui avaient placé leurs avoirs au Liban de les retirer brutalement. Il a privé le pays de son poumon économique, le port, en le bombardant avec une arme nouvelle[7].


La France, quant à elle, a proposé de privatiser tout ce qui pouvait l’être et remis en scène Saad Hariri pour le réaliser. Elle s’est appliquée à verser de belles paroles tout en marginalisant le Hezbollah [8].

En définitive, les vingt prochaines années devraient être consacrées au pillage du pays, notamment de ses hydrocarbures, tandis que les Libanais continueront à s’en prendre à des boucs-émissaires et à ignorer leurs véritables ennemis. 

D’ores et déjà, le port israélien d’Haïfa a partiellement remplacé celui de Beyrouth. À terme, le pays lui-même devrait être divisé et la partie au sud du fleuve Litani rattachée à Israël[9].

Il convient cependant de conserver à l’esprit que la coalition USA-UK-Israël-France n’est pas composée d’États égaux, mais commandée exclusivement par les États-Unis. En Libye, les USA ont seuls empoché le pactole pétrolier. Malgré les promesses qui leur avaient été faites, leurs alliés n’ont eu que des miettes. Le même scénario peut se reproduire au Liban. Aucun de leurs alliés ne pourrait tirer profit de leur crime commun.

[1] Les Libanais ne reconnaissent pas l’Empire ottoman comme une puissance coloniale, ce qu’elle était pourtant. NdA.

[2] Par définition, le Liban n’étant pas une nation ne peut être ni une démocratie, ni une république. NdA.

[3] «Des fonds européens détournés par Mogherini, Hariri et Mikati»,Réseau Voltaire, 24 janvier 2020.

[4] «L’administration Trump contre le Liban», Réseau Voltaire, 2 mai 2019.

[5] Une fuite de documents officiels britannique atteste de ce rôle. Lire Complete infiltrating Lebanon(65,11 Mo). Les résultats ambitionnés ont manifestement été tenus: les Libanais souffrent tellement qu’ils ne voient plus ni l’origine de leurs problèmes, ni les solutions à portée de main, cf. “Taking Lebanon’s Pulse after the Beirut Explosion”, Michael Robbins, Arab barometer, December 15, 2020.

[6] «Les Libanais, prisonniers de leur Constitution», par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 21 octobre 2019.

[7] «Israël joue avec les nerfs des Libanais»,Réseau Voltaire, 30 septembre 2020.

[8] «La mauvaise pièce du président Macron au Liban», par Thierry Meyssan,Réseau Voltaire, 29 septembre 2020.

[9] «Vers une partition du Liban?»,Réseau Voltaire, 8 octobre 2020

armanda dos santos

Armanda DOS SANTOS Mail: armanda@blissyou.fr Journaliste & auteure Thérapeute Ayurvedique Praticienne en Panchakarma, Marmatherapie & Réflexologie Redactrice editoriale d'Ayurveda Magazine France, de The Bliss Way Webzine, co-fondatrice de Nature's Diet (UK), et redactrice pour Everyday Ayurveda (US). Executive Editor de la revue internationale JAHM (Journal of Ayurveda and Holistic Medicine). Membre d'Ayurvéda France, Association des professionnels de l'Ayurvéda en France. Membre de l'Ayurvedic Practitioners Association (APA), en UK. Membre de Yoga International. Maitre Reiki (Reiki Level I, Level II, Master Certification) Disciple du Maitre Zen Thich Nhat Hanh Hijama Therapist, Thérapeute en ventouso-therapie

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